I. HISTOIRE AU ULV-AEUVIEIVIE 81Et:LI
Thiei'i'y et celle de Guizot : « C^ livre, dit-il en lH33, est iiu récit et un système. » Dans son premier volume, il étudie les races qui luttent pour la possession du sol de la Gaule ; on y sent, remarque M. G. JuUian, l'influence d'A. Thierry. Au tome second, Michelct est en possession de sa méthode à lui. Il veut, d'abord, établir la nature à la fois physique -et morale, la géographie matérielle et symbolique de cette France, dans laquelle vont évoluer tant de masses et se heurter tant d'individualités. Cette géographie est restée célèbre; elle est à la fois d'une étonnante sûreté géologique et descriptive, et d'un romantisme saisissant (voir en particulier la Bretagne, l'Auvergne, la Provence). Michelet établit que chaque province a son génie propre, qui s'incarne dans les grands hommes. — Puis il considère la France comme une personne quia une nine, et qui se développe parle travail qu'elle exerce sur elleiiicme. Il ti"(jse ni ne veut attribuer la formation d-» pays ;V aucun élément unique, ni à aucune force déterminée. Il analyse au fur et à mesure les faits, le caractère des grands iiommes, les aspirations populaires, les manifestations de la vie publique ou intime, mœurs, institutions, arts, lettres; mais il attribue la combinaison ou la cristallisation de ces éléments divers à une force mystérieuse, à l'àme même do la France. — On conçoit ce qu'il y a tout à la fois de réel, de précis ei de sgmbolique dans cette Histoire de France. Uu'on rcuvisage dans telle de ses parties (arts au moyeii à;^^, .leanne d"Arc), ou dans son ensemble, elle étonne et elle charme par ce mélange de documentation solide et de poésie. Ajoutons que Michelet éprouve avec une sincérité vraiment touchante les grands sentiments qu'il veut faire partager à ses lecteurs. Sa sensibilité (1), son amour pour les humbles, ses ravissements devant l'art gothique, son respect religieux pour Jeanne d'Arc, ses colères contre l'or et contre Satan, tout cela fait un poème épique des six premiers volumes (lus dans la 1'° édition, car Michelet a par la suite beaucouj) corrigé son texte primitif, pour le mettre d'accord avec, l'esprit nouveau des volumes suivants). — Ainsi Michelet
(1) Lire, dans Km. Faglet Dixncuxiémc siccle), un chapitre sur .la scusibiliié de Miehelet.'
S84 LrlTi-iKATURi-; françaisI';
réalise cette résurrection par le document, le symbole et la poésie.
Dans sa Révolution et dans la seconde partie de y Histoire de y^Varice/Mic'hélef conserve assurément la'plùparï de ses qualités. \Là encore, il chercHë Tes causés prcAbndes âés événements dans l'évolution sociale "'des petitè''"eii; dés humbles ;' il scrute les ' croyances et les ' espérances ' populaires ; il s'inquiète non "seulement des grands faits " de la Révolution, mais de la vie intime de ceux qui rie furent a cette époque ni bourreaux ni victimes. UgaMe.sqn sens du symbole : sa prise de la' Ëastille, ses portraits de Daritori, de Marat, de Éobespierre forment autant dé pages à rétenir. De même son étude du dix-huitième siècle' (réqùèr W pour lui le grand siècle)' Qsi des plus curieuses a îii^e/ quel que soit le parti pris évident qui Tanime. Mats, il faut' l'avouer, les 'généralisations précipitées, les symbole^s' iricôliércnts "abondent dans cette partie. - <. r. ^ i^<^,'r
Lo style dé Michclet a toutes les qualités, et a,ussi ious les défauts du romantisirie. Il est imagé, viv;int, 'poétique; il est exagéré, touffu, parfois '«' apocalyptique » . C'ési un de nos écrivains les plus grands, — c'est un ^es plus inégaux (1). "^'" ^ ^