CHAPITRE IX
ORATEURS ET ÉCRIVAINS POLITIQUES JOURNÂLlStÉS.
Sommaire '
1" Sous la Restauration, l'éloquence politique retrouve une liberté relative. Les principaux orateurs parlementaires sont : Vilh':lé, très clair dans les discussions d àtrairèè ; RoYËR-CoLLAàD, chef dès doctrihairès, â la pairolé grave et chaleureuse; Benjamin Constant, libéral au talent habile et Souple ; le générvl Fov, dont la parole est àoulenué par une ardente conviction libérale et patriotique; Chateaubriand, etc. — Paul-Louis Courier écrit, dans un style concis et a^/i</we, des pamphlets très mordants.
2" Sous Louis-Philippe : CASiMiB PÉRiiîR apporté à la tribu hê beaucoup de fermeté et déloyauté; Gft)iz:oT est méthodique, élevé, hatrtslih; Berryer est tin àvoèât vibràril et enthousiaste; MontaleMbërt pàrfe-âvec une ardeur qui n'exclut jamais l'élégance; Tuiers vaut par l'intelligence et la clarté; Lamartine est poète jusque dans scj» discours, mais ne manque pas de vues politiques.
3" De 1848 à nos jours : Victor Hugo a le style oratoire, mais un peu exagéré; Jules Fàvre est rnO'rdaht et précis; Gambetta est un tribun doué d'une élo(|uence naturelle et passionnée.
4 Journalistes : Akmand Carrel fonde, en 1830, te National: c'est un écrivain de race, qui traité sérieusement les questions politiques, et ([u'uhèmort prématurée empêché dé donner ^a fnesure; Emile dè GiRARDiN fonde la Presse en 1836; c'est le type dU faiseur, « qui a une idée par jour »; Louis VÊut^LÔT est; dans t Univers, un polémiste violent, mais dont le style est aussi remarquable par sa correction que par sa vigueur.
I. — L'Éloquence parleiuentàîre et le Pamphlet sous la Resta:tlration.
La Restauration rendait à la France (1830 nous le fait trop oublier) une certaine liberté politique. Dès 1815, les débats parlementaires, étouffés sous l'Empire, prirent une ampleur
OUATI',URS ET ÉCplVAUXS J'OJ-iTlQpIiS. .lUUUNALlSTKS. §^9
et une vivacité inconnues .djepuis l/i B^^yolutioii. Parmi l.estrès nombreux orateurs qui s,e distiiiguèrA^t enlre 1815 et 1830, et qui .égy-lèrent aussitôt la jeune tribuue française à la tribune anglaise, nous citerons : du côté des royalistes, de Villèle, La Bourdonnaye, Laine, Mqrtignqc : du côté des libéraux de diverses nug^nces, JRoyer-CoUard, Benjamin Constant, Camille Jordan, de Sen'e, Manuel, le général Foy, etc. A part, Chateaubriand. Caractérisons seulement les principaux;
yiUèle (J1773-1854). — Député 4e Toulouse en 1815, le comte Josepb de Villèle devint ministre des Finances en 1821 et président du Conseil en 1822. Il a surtout laissé la réputation d'un politicien trop absolu, sous l'administration auquel furent votées les plus discutables lois de la Kestauration, et qui fit l'impopidciire' expédition d'Espagne. Mais il faut savoir aussi que Villèle est un orateur d'aifaires de premier ordre. Soitcopame député, soit comme ministre, il prononça des discours très serrés, très clairs, animés parfois de beaux mo.uvemepts sur le budget de 1816, sur la guerre d'Espagne ( 1 823) , sur rindemnité aux émigrés ( 1 825) , etc . { 1) .
Martignac (1778-1832) fut dépiité de Bordeaux et successeur de Villèle au ministère en 1828. Orateur élégant, mais vibrant, sorte de ,Giroudin très aristocratique, Martignac se distingua surtout dans la discussion de la loi sur la presse, en juin 1828; le .7 août J.8f)0, il fit .entendre une généreuse protestation en faveur (^e 6];iarjes X, acçiisé « de férocité » (2).
Royer-Collard (17i)3-1845). — Il ayai,t été, en 1797, uienibre (lu Conseil des Cinq-Cen,ts; puis il devint, sous rp]mpire, professeur de philosophie à la Sor|boune. Élu député en 181i3, il fut le plus redoutable adversaire du ministère Villèle. Il resta député jusqu'en 1843. — En politique, Royer-Collard est le chef des doctrinaires; son meilleur e7étJe est Guizot. Ilest légitimiste par principe, çà,r îl né veut a aucun prix du gouvernement populaire ; mais il s^ôppose a toute souveraineté absolue ou aristocratique. Il représente le parti des « parlementaires », ou des « légistes » de l'ancien régime. — Ses discours, d'une méthode qub révèle le professeur, sojjit aniipés
(1) A. CiiAiMiiKn. Ion Orotrur.s politiques, p. 'i(>8 : .T. Reinac.h, te Conciones français, p. lO'i. ^ ■'
(2) A. CuAiMîiKn. f>. :)^i(); .1. l\FiN\4.ir. p. l.^'i.
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par une dialectique puissante fondée sur une généreuse conviction. Les plus remarquables sont consacrés : à V Inamovibilité de la magistrature (1815) et à la Liberté de la presse
(1815, 1822 et 1827) (1).
Benjamin Constant (1767-1830). — Exilé sous l'Empire, Benjamin Constant revint en France avec la Restauration de 1814. Aux Cent Jours, il se rallia à Napoléon, et rédigea pour lui VActe additionnel. D'abord banni* par Louis XVIII en 1815, il est rappelé l'année suivante, est élu député, et se met dans l'opposition libérale constitutionnelle. C'était un orateur fin, délié, à la parole incisive et piquante, ne déclamant jamais. Il est difficile de signaler tel ou tel de ses discours ; car il n'est pas une grande question politique, de. 1817 à 1830, où il ne soit intervenu, et toujours d'une façon vigoureuse et précise. Citons, cependant, ses discours sur la loi électorale (1820 j, sur la cocarde tricolore (1821), et sa participation active aux discussions des lois sur la presse (1822-1827) (2).
De Serre (1776-1824) fut magistrat sous l'Empire, élu député du Haut-Rhin en 1815, président de la Chambre en 1817, ministre de la Justice en 1818 et en 1820. Royaliste modéré, constitutionnel, comme Decazes et Richelieu, il se distingua par son opposition judicieuse et souvent passionnée aux projets de lois du parti ultra. Sur les questions de finances (1816), de presse (1819), il prononça d'excellents discours. Contrairement à la plupart de ses collègues qui apportaient à la tribune leurs discours écrits, de Serre improvisait ; il débutait péniblement, mais s'échauffait peu à peu, et donnait l'impression d'une éloquence naturelle (3).
Manuel (1775-1827), libéral très ardent, est surtout célèbre pour son discours sur l'expédition d'Espagne (1823), qui lui valut d'être expulsé de la Chambre. Mais plus d'une fois, auparavant, il avait soulevé les colères de ses adversaires par l'énergie et la violence do son langage. Manuel est moins un orateur ([u'un tribun (4).
(1) A. Chabuieu, p. M6â533; J.iVEiNACH. p yi.
(2) A. CnvBRiEU, pp. h'4^, ^60; J. Reinach, p. 109. Sur 1>. Couslaiil, loiiiaucier, cf. p. 921.
{?>) A. CiiABRiER, pp. ZiOO, Wi, ^i29: J, Reinach, p. ll.'î. ('0 A. Chabrier, pp. /ir>7, /|62, /i90; J. REINACH, p. 122.
ORATEURS ET ÉCRIVAliSfS POLITIQUES. JOURNALISTES SOI
Le général Foy (1775-1825). — Soldat sous l'Empire, élu député en 1819, le général Foy représente à la Chambre cette forme de libéralisme qui en voulait à la Restauration de méconnaître les gloires de l'Empire, et qui bientôt, servi et exalté par les poètes comme Victor Hugo, prépara le second Empire. Le général Foy parlait d'une façon énergique, brillante et vi brante, non seulement sur les questions militaires, mais en toute circonstance. On peut citer ses discours sur la loi électorale (ISll), sur la cocarde tricolore (1821), sur V armée française, à propos d'une loi par laquelle on voulait ôter leur pension aux soldats de l'Empire (1821), sur la guerre d'Espagne (1823), sur le milliard d'indemnité (1825). 11 était un des orateurs les plus estimés de l'opinion publique pour son caractère comme pour son talent; on lui fit en 1825 des funérailles grandioses (1).
Chateaubriand (1768-1848). 11 y a deux parts à faire dans la vie politique de Chateaubriand. Pair de France, plénipotentiaire au Congrès de Vérone, ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Villèle, il soutient avec une hauteur sereine et dogmatique ses opinions. En juin 1824, il quitte le ministère, et, dès lors, il fait à Villèle et à ses successeurs une vive opposition. En 1830, il s'efforce de sauver la monarchie dos Bourbons, en proposant d'accepter l'abdication de Charles X, en faveur du duc de Bordeaux. 11 prononce alors le plus beau de ses discours (2).
Paul-Louis Courier (1772-1825). — Courier n'est pas un orateur, mais sa place est à côté de ceux qui contribuèrent à renverser la Restauration. 11 avait d'abord été officier; mais il n'.aimait pas le métier militaire, et ses lettres nous le montrent en Italie plus soucieux de fouiller les bibliothèques et les musées que d'acquérir la gloire par les armes. 11 était, en effet, un érudit et un délicat. Helléniste passionné, il a traduit en un style archaïque, digne d'Amyot, la pastorale de Longus, Daphnis et Chloé. Démissionnaire en 1809, il vécut désormais dans sa propriété de Véretz, en Touraine, et il se
.1) A. Charrier, pp. 't37, /ir>9, 463, /i82, 52'i; J. Reinach, p. 118. Lire, dans los Souvenirs contemporains, de Villemain (1, .'iS?), l'article intitulé : pémo.y ihi'ne et le Général Foy.
[V A. r'HARRlER. p. .Vl7; J. RFINACH, p. l.'^R,
8!'';> iriTi'nATUKK kiiAiN'.aisI':
lit, (•(•uiiin' .I'.Vm'.jii^ci', radvorsiiin! ii'roductiltrt' ilu iKuii Irtri tiniiste. Ses plus célèbres paiiipïiléts sont : Simple Discours de Paùl-LQuis, vigneron de la Chavotmiére, aux membres de la commune Ue Yérelz, a l'occasion d'iule souscription pour tacquisitîon de Chambord (il s'agit de la soiiscription destîfféé à acheter l^e château de Cfiâmbord' pour îe dïic de Bbrd'eâfux ) (\H2Ï),-— Pétition pour des villageois qu'on empêche de danser (182'2), — PamplUcl des pdmp/ilets (1824). — If écrit aussi des pamphlets tiUéraires : Lettre à M. I^enouard, Hbrdirè, sur une tache /'aite a un manuscrit dé Florence (fôTO) (Courier ava;it, sur un rnânùscrit de tongus, faîssé tomber uiï peu d'encré; on l'accusa d^ avoir voulu détériorer le passage, ^Ov%^ inédit, pour que personne après lui ne put le lire), -— Lettre â MM. de V Académie des inscriptions et bellès-lettrès (1819) (Courier s'était présenté, comme helléniste, aux Inscriptions, et n'avait pas recueilli une voix. Il a;ttril:)ué cette exclusion à ses i'dées politiques). — Sa Correspondance, (de 1787 à 18fâ)| contièût une foule de lettres piquantes, dont quelques-ùneâ' (là lettre sui^ là pfocl'amation de FÉmpire, — celTe intiturée : Une Aventure en Calabre) sont justement célèbres. Toutes méritent d'être lues (I).
L'argumentation de P.-L. Courier, dans ses pamphle^i^, est serrée, vigoureuse, toujours spirittièlle et toujours sophistique. Un peu trop travaillé, son style dortne uùe impression unique' de précision et de fermeté, de verve et de grâce; le rytlimé en est très curieux, et les vers blancs y abondent.
IL — Sous ïa ^loiiarchîe de Juillet.
De 1830 à ]8'4é, jes pïus U\^hM Ofatettrs parïëÀieritaîres sont : Caàimir Pèrièr, le duc. fici'or de Broglie, Gùizot, Berrgêr, Montalembert^ ThierSj Mole; Rémusat, Dufaure, Lamartine, etc. Ndué n'étuà!fèrons ^tlè' le^ pltis remâfq(iiabl'es.
Casimir Perier (1777-1832). — Successivement officier (1790),
banquier, député libéral sous la Restauration, Casimir Perier
fut élu présideiït de la Chambre après juillet 1830. Il prit. le
13 mars 1831, la présidence du Conseil, à ïa démission du
[\) Afqrecaux cfioisis, l*"" cycle, p. .Vif): 2" c.yclf, p. 12r)1,
Oli\Tlllls l.T |'.(,|(1\AI\> l'oLiTldlis. ,lOi lt\,\l IM'l ^ SO;!
(•.•)l>ili«.'t. L.iriiil<tj^.«kius (Jçs c.iri"«>iisl;jiirrs |»;ii'licniiri<'mi'i)t, «Jiflicilcy,, .p s'a^iVsait,^, cil effet, d'inau^ùï-ei' mïo jwli tique de réaisrdnce contré ceux qui prolongeaient la période de révolution à laquelle Louis-Philippe devait le trône, et qui disaient^ avec Maug'uin et Lafayette, que t'èoî) était Vavènement du /jmip le. Pendimi un peu plus d'un aii (jusqu'au 16 mai 1832, date a raquellè il fut emporté par lé choléra), Casimir Perier soutint .avec une rare fermeté de caractère, avec mie simple et robuste èro<[uence, la mission doiïf il s'était char'g'é. Ses successeurs, les TÏiiers, les Guizof, fes Broglie n'eurent qi'fà poursuivre son œiivrè (1).
Le duc de Broglie (1785-1870) était le geftdre de M"^« de Staël. 11 représenta, sous la Restauration^ comme pair de France, le libéralisme monarchique. Mais il joua, surtout un rôle sous Louis-Philippè ; il fut alors ministre de l'Instruction publique et des Affaires étrangères. Après l'attentat de Fieschi (juillet 1835), il. demanda à la Chambre de voter les lois de septembre, qu'il expliqua et soutint dans plusieurs discours d'un grapd style. 11 intervint également d'^^e façon efficace dans les débats sur l'abolition de la traite des nègres. Député a l'Assemblée de 18'48, il se retira de la vie politique après ie coup d'État de 1851 (2). ;
Guizot (1787-1874). — Nous avoiis déjà parlé de Guizot au chapitre des Historiens (3). Sa carrière politique ne commence qu'en 1830; il est alors riommé député, et signe Vad?'esse des 221 contre Ic^ Ordonnances. Ministre de l'Instruction publique eii 1830 et en 1832 (il fait voter la loi sur l'enseigrierhent primaire) ; ambassadeur à Londres, ministre des Affiiires fîtraïigères de i840"à 1848, il exerce liiiè influence prépondérante sur là politique intérieure. Par son âpreté doctrinaire et sa résistance inflexible iitix fiartis avarices, il prépare, tout en la retardant, la chute delà, monarchie. Après 1848^ il n'est pas réélu, et toujours convaincu qu'il âgoiiveriié pour le mieux, il écrit en neuf volumes des Mémoires pour
(1^ PELi.issoN, p. 1: J. Reinach, p. Wl.
(2) Peli.issox, ./(?.s Orateurs politiques de la /•'ranrr dr is:;ii à nos jours, 1». .^5; .1. HrixAcri, p. l'iy,
O) ce. p. S77,
S',»'j LITTÉRATURE FRANÇAISE
servir à l'histoire de son temps (185^-1868). Persuadé que le pouvoir doit appartenir h la classe moyenne, Guizot s'est efforcé de l'aire lace aux adversaires de droite et de gauche. De là cette modération hautaine, cette attitude défensive, ces formules un peu banales et solennelles, qui caractérisent extérieurement son éloquence. Mais cette éloquence, en son fond, est belle et solide, surtout parce que Guizot a des idées générales qu'il appuie sur l'histoire, parce qu'il n'est pas un politicien d'occasion, un avocat que l'ambition et un tempérament combatif ont jeté dans la politique. Qu'on lise ses discours sur Vhérédité de la pairie (1831), sur V enseignement primaire (1833), sur la question de la régence (1842), sur la réforme électorale (\S41), et que l'on compare ses arguments à ceux de Thiers ou d'Odilon Barrot, on sentira que ce parlementaire est à la fois un philosophe et un historien, et que, quel qu'ait été le résultat de sa politique, il fait le plus grand honneur à notre pays (1).
Berryer (1790-1868), fils d'avocat, entra lui-même au barreau, et défendit, sous la Restauration, les généraux Ney et Cambronne. Député en 1830, il fut un des chefs de l'opposition dynastique sous le gouvernement de Juillet. Légitimiste loyal et convaincu, il obtint toujours le respect et l'admiration de ses adversaires. 11 abandonna la politique après 1851, y rentra en 1863; et, comme député au Corps législatif, il combattit le second Empire. Avec son généreux talent, sa voix superbe, son geste énergique, ses beaux et pathétiques mouvements, Rerryer reste plutôt un avocat qu'un orateur parlementaire. Mais on lit encore avec intérêt ses discours sur Vhérédité de la pœirie (1831), coatre la disjonction (1837), contre le ministère Mole (1839), sur la questdon d'Orient (1840). sur la revision de la Constitution (1851). La flamme n'en est pas encore tout à fait refroidie (2).
Montalembert (1810-1870). — Collalx)rateur de l'Avenir en 1831, Montalembert se posa dès cette époque en champion de la liberté de l'enseignement. 11 ouvrit une école le 9 mai 1831, sans l'autorisation de Tl^niversité (qui possédait alors le mo-
(1) Pellisson, pp. 17, 28, .'i2, 13/4, 170, 182;. T. Reixach. p. IM.
(2) Pf;Lj.issoN. pp. 2^1. 66. 99: J. Rfiwch. p. 197.
ORATEURS ET ÉCRIVAINS POLITIQUES. JOURNALlSThS 895
nopole). Cette école fut' fermée an nom de la loi, et Montalembert fut traduit en police correctionnelle avec ses deux complices, Lacordaire et de Coux. Lé père de Montalembert étant mort sur ces entrefaites, son fils lui succéda à la pairie, encore héréditaire ; et c'est comme pair de France, devant la Haute-Cour, que le jeune accusé eut à répondre de son délit. Ce premier discours (publié en 1844) révèle un admirable tempérament oratoire. Après s'être séparé de Lamennais, Montalembert devint, à la Chambre des pairs, de 1835 à 1848, le chef du parti catholique libéral. Il intervint danstoutes les grandes questions politiques et sociales, protesta contre l'asservissement de la Pologne et contre l'oppression de l'Irlande, et surtout il lutta pour obtenir la liberté de l'enseignement (1844). Montalembert siégea à l'Assemblée nationale de 1848 et au Corps législatif du second Empire, de 1852 à 1857. 11 était vraiment né orateur; il avait, comme Lamartine, une abondance élégante et un peu fluide, et, comme Berryer, du feu et de l'enthousiasme; plus de naturel qu'aucun d'entre eux(l).
Thiers (1797-1877) (2). — Thiers entra dans la politique en 1830, Il fut, sous Louis-Philippe, sous-secrétaire d'Etat aux Finances, ministre de l'Intérieur, des Travaux publics et des Affaires étrangères. Membre de l'Assemblée nationale de 1848, il se retira en 1851, et ne reparut à la Chambre qu'en 1863. Président de la République en 1871, il démissionna en 1873. — Thiers est un « avocat d'affaires » ; il ne parle pas, il cause ; il a préparé à fond la partie technique de son sujet, il la possède, la comprend, l'explique ; il donne au plus liaut degré l'impression de la clarté. Thiers ne s'embarrasse ni de théories, ni d'idées générales ; il s'occupe de la question, il en tire des conclusions pratiques. Parmi ses nombreux discours, citons : V hérédité de la pairie (1831), sur la question d'Orient (1840), sur les chemins de fer (1842), sur les forti/ications de Paris (1842), sur les libertés nécessaires à la France (18()4), sur V établissement de la République (1873), etc. Léloquence de Thiers ne gagne pas à la lecture de ses discours isolés; plus encore que tout autre orateur parlementaire, on
(1) Pellisso>, p. 163; J. Reinach, p. 2W.
(2) Sur THiERS, historien, cf. p. 879.
S1I0 JJl IHIAUJUK ll'.AAÇAlbK
peut di^:"e de li}i q^'il faut le Ijre -^ sa dfte, au J^anileur, ^y^c I^§ ir^tprruptions, le;3 rçipUques. Alor§ cette élqqueinçe e§t ypaiment yivante ( 1 ) .
Lamartine (1791-1869) (2). — Député de 1834 à 1848, membre et chef du Gouverneptient provisoire, Lamartine avait dit, en entrant à la (Chambre : « Je siégerai au plafond d, ce qui signifiait : « au-dessus de tous les partis ». Il prit dès le début une attitude indépendante, et, toujours sur la brèche, ne fut jamais l'homme d'une faction. Aussi l'accuse-t-on volontiers de politique nuageuse et chimérique. A lire ses discours, on est surpris, au contraire, dç la clairvoyance de Lamartine sur les questions techniques comme sur les questions générales ; qu'il parle de la question d'Grient (1840), des fortifications de Paris (1842), des chemins de fer (1842), du retour des cendres de Napoléon (1842), de \dL politique du Gouvernement provisoire (1848), etc., ses vues sont justes et souvent prophétiques. Il revêt ses idées d'un style ample et harmonieux, qui paraît d'ordinaire un peu dilîus à la lecture, mais qui parfois aiissi abo^dç en fprjpjiules concises et ingéuieuses. Son improvisation au peuple, à riïôtel de ViUe, sur le drapeau trlçioior^ e,i le çlrapeau rouge (1849), est hellq ÇQftipie un fragment de Démostliène ou des; Gracqiies (3). '
IIP: — l)e 1848 à nos joiirs.
Plusiour?^ or;it(Mirs. déjà fameux sous la monarchie de Juillet, continuent à occuper les premières places pendant la seconde République, le second Empire et la troisième République. A ceux que nous avons précédemment nommés, il faut ajouter : Odilon Barrot, Ledru-Rollin, Falhu^x, Victor Huffo, Jules Favre, Emile Ollivier, fiouher, Jules Simon, Gnmbetta, Buffet, J. Ferry, etc.
Victor. HugQ (1,802-1^5) n'est pa^ comparable y^ Lamartine comme orateur politique : les dons de' nature n'y étaient pas. Outre qu'ir lisait ses discours et qne les interruptions, qui
(1) PF.Ll,tSSO\. pp. 78, 9?,. 120, clo, : .T. llElNAcn, p. 170.
(2) Sur I.amautim:. poclc lyriqiio, cf. p. 782.
(S) rKl.l.issoN, pp, 'il. 61. 81,8.% Ole. ;• .1. REllVAr.n, p. 21H.