‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 243 sur 323 · VI. — Edmond Rostand · texte numérisé non relu

VI. — Edmond Rostand

Une autre réaction devait se produire et créer un courant adverse, qui continue à lutter contre le précédent. Rappelons les pièces de M. Jean Richepin déjà citées plus haut. Mais le nom qui incarne cette réaction idéaliste, poétique et morale, est celui de M. Edmond Rostand. Son premier succès est les Romanesques, joués en 1894 au Théâtre-Français. Le sujet en est très simple : Deux pères de famille, voisins de campagne, veulent marier leurs enfants, Percinet et Sylvette. Le jeune homme et la jeune fille sont fort romanesques ; pas de mariage possible si l'on s'y prend bourgeoisement. Les deux pères jouent donc aux Montaigus et aux Capulets. Percinet-Roméo donne des rendez-vous, au fond du parc, à Sylvette-Juliette. Pour brusquer les choses, les deux pères simulent un enlèvement de Sylvette par des spadassins en location; Percinet défend sa belle, et l'on consent à lui accorder sa main pour récompenser son grand cœur. Cependant, les deux pères vivent maintenant dans un seul jardin, et commencent à se brouiller. Percinet et Sylvette découvrent qu'ils ont été joués. Percinet s'enfuit pour chercher de réelles aventures ; il revient désabusé, et tout finit

LA COMÉDIE AU DIX-NEUVIKMR SIKCLE

Oli

par un bon mariage. Le style de cette charmante petite pièce en fait tout le prix.

En 1895, M. E. Rostand donnait la Princesse lointaine y empruntée à une légende du moyen âge que nous avons rappelée plus haut(l). Ce sujet, M. Rostand l'a encadré' de la façon la plus luxueuse , en des vers d'une splendeur tout orientale. En 1897, la Samaritaine, sujet tiré de l'Evangile, montrait le talent de M.

Rostand sous une nouvelle face, plus simple et plus exquise. — En décembre de la même année , le théâtre de la Porte Saint-Martin jouait pour la première fois Cyrano de Bergerac.

Si jamais le mot de foudroyant a pu se dire d'un succès de théâtre, c'escà Cyrano qu'il convient le mieux. Public et critique, tout le monde fut d'accord pour applaudir. Certains feuilletons montèrent au ton du dithyrambe. C'est que, d'abord, la pièce était d'une veine bien française. Par-dessus le naturalisme des trente dernières années, M. Rostand don-

Page 1