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II. — La Poésie didactique

Définition et caractères. — Didactique vient d'un mot grec qui signifie enseigner. La poésie didactique est celle qui se propose de donner, sous une forme agréable et facile à retenir, un enseignement technique, intellectuel, moral. On s'explique l'opportunité de ce genre dans les sociétés où les philosophes et les maîtres confiaient leurs préceptes à la mémoire des disciples. Mais la littérature s'est vite glissée parmi les vers proprement didactiques; l'enseignement n'a plus été qu'un prétexte soit à description, soit à virtuosité; d'autre part, on s'est emparé de ce cadre complaisant, pour exposer ses idées sociales, religieuses, critiques, etc.. Aussi y rattache-t-on la Satire, VÉpître, parfois VEglogue.

On ne saurait déterminer exactement les caractères du genre didactique. Cependant, il est d'usage de louer dans les Géorgiques de Virgile, par exemple, la précision de la partie technique, et le charme de la poésie; le meilleur poème didactique est donc celui où l'on peut s'instruire tout en goûtant un plaisir littéraire.

Développement. — Au moyen âge, on range dans le genre didactique : les Romans de Renart (p. 77) ; le Roman de la Rose (p. 68) dont la première partie est un « art d'aimer » et la seconde une satire de la société ; les Restiaires et Lapidaires (p. 74), les Dits (p. 75), les Fabliaux (p. 82), la Sirvente (p. 92), le Testament (p. 101), le Sermon joyeux (p. 141), le Monologue (p. 140), etc. Le moyen âge ayant la manie de glisser partout les leçons, et d'employer le vers avec une déplorable facilité pour les sujets les moins poétiques, on pourrait rattacher au genre didactique un nombre infini d'ouvrages.

Seizième siècle. — On commence à mieux déterminer le genre, grâce à l'imitation des anciens. Marot est didactique (à la façon du moyen âge) dans le Temple de Cupido (p. 192) et dans l'Enfer (p. 192) ; Marguerite d'Alençon, de même, dans

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le Miroir de l'âme pécheresse et autres poèmes mystiques (p. 196). Thomas Sibilet (p. 198) et Vauquelin de la Fresnaye (p. 318) donnent des Arts poétiques. La satire se régularise; elle prend sa forme classique dans le Poète courtisan de J. du Bellay (p. 218), et dans les Discours de Ronsard (p. 211). Belleau se souvient des Lapidaires dans ses Araours et échanges des pierres précieuses (p. 218); Baïf donne les Météores et les Mimes (p. 219). Enfin la Satyre Ménippée est la forme la plus libre de l'œuvre à la fois satirique et oratoire (p. 294).

Peut-être faut-il ranger dans la poésie didactique les nombreuses Eglogues, Bergeries, etc., que le seizième siècle a écrites, sous l'influence de l'Italie et de l'Espagne (Ronsard, Belleau, etc.), et les Epîtres de Marot (p. 193).

Dix-septième siècle. — La satire est représentée d'abord par Mathurin Régnier (p. 319), et devient plus didactique avec Boileau (p. 561). L'épître est moins libre, moins aimable chez Boileau (p. 565) que chez Marot; mais elle gagne en gravité et en éloquence. Le « chef-d'œuvre » est l' Art poétique de Boileau (p. 567), qui a toutes les qualités et tous les défauts du genre. La fable atteint à sa forme à la fois la plus complète et la plus libre avec La Fontaine (p. 550).

Dix-huitième siècle. — Le dix-huitième siècle, essentiellement critique et philosophique, versifie tous les sujets. Vol- |n,jre compose ses Discours sur Vhomme (p. 632), ses poèmes ^

RooJn^ .^ -"^'^'^ rfe Lisbonne, sur la Loi naturelle {id.)\ Louis Kacme donne la (jr,u^^ ^ i n j- • / -^ion r, u 4. K'^^r,i 1 n^u 4. 1 ir • /? ^pliqi07i (p. 713); Rouchcr et Samt-Lambert, les Mois et les Saisons'^^. r>r4) eto \ la fin du siècle, André Chénier^ entreprend son Hermès resté machevé, et qui eût été une sorte d'Encyclopédie en vers inspirée et géniale par fragments, mais dont la conception même est plutôt d'un penseur que d'un poète (p. 719) Dehlle reste le représentant le plus complet de cette « fureur didactique » ; il chante les Jardins, l'Homme des Champs, la Conversation; il eût traité en vers l'art d'écrire en prose p. /o2). La satire se retrouve chez Voltaire, Gilbert (p 714)la fable, chez Horian (p. 714). •

Dix-neuvième siècle. - La grande crise lyrique du romantisme brise pour cinquante ans cette fâcheuse tradition. D ailleurs, la science, la philosophie, l'histoire ont désor-

mais un développement autonome et une forme propre; ellçs se présentent elles-mêmes au public, sans se déguiser sous des artifices poétiques. Peut-être l'influence didactique du dix-huitième siècle se fait-elle encore sentir dans certains morceaux philosophiques de Lamartine {V homme, V Immortalité...)\ mais le fond en est toujours lyrique (p. 787).

Les Parnassiens reviennent à la poésie didactique, par cela même qu'ils veulent être impersonnels et qu'ils cherchent la beauté plastique. Ils choisiront donc des sujets qui ne seront que les supports ou les occasions de la poésie ; ils sont les disciples de Chénier. Didactique plutôt que lyrique est Leconte de Lisle, dans quelques-uns de ses poèmes antiques (p. 804) sur l'Inde et sur la Grèce : didactique, Sully Prudhomme, dans la Justice et le Bonheur (p. 806).

Le genre didactique aura toujours ses partisans. Faux par lui-même et condamné par définition à n'être ni tout à fait instructif, ni tout à fait poétique, il peut fournir à certains tempéraments qui ont besoin de se sentir soutenus par un sujet pris en dehors d'eux-mêmes, et qui ne sont pas psychologues, des cadres et des occasions de poésie.

Définitions et caractères. -- Le lyrisme f^lygfg'^g'm. des l'expression passionnée de sentimp^.^'' "7n.^..«,««^ r^ntrin thèmes commun»^ " f-"^ ^^^^ religieux {Psaumes), patrio tfqu^XSSrhéroïque (Pindare), moral (Mimnerme, Simon'de), amoureux (Sapho, Anacréon) etc. 11 lui faut pour se produire et se développer, des conditions favorables : une certaine sincérité, chez le poète comme chez le lecteur; de la naïveté; de l'élan; de l'enthousiasme; il ne peut s adresser qu'à des hommes chez qui la raison et la critique n'ont pas affaibli la faculté de vibrer et de sentir, sinon il devient artificiel. De là, dans l'évolution du lyrisme, des périodes ou les formes seules sont conservées, et où le vrai lyrisme, en tant qu'il est une façon d'exprimer ses propres sentiments, se réfugie dans des genres non versifiés. ' La poésie lyrique fut proprement, au début, la poésie

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