‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 31 sur 323 · ROMAN DE RENART. — FABLIAUX. — RUTEBEUF · texte numérisé non relu

ROMAN DE RENART. — FABLIAUX. — RUTEBEUF

L'Esprit gaulois s'oppose à l'esprit féodal, chevaleresque ou courtois. C'est la revanche de la bourgeoisie contre la noblesse et le clergé.

1° Le moyen âge a beaucoup aimé les fables, dont il composait des recueils sous le nom à^Ysopets. Le plus célèbre Ysopet est celui de Marie de France (douzième siècle). — La réunion de fables et de contes d'animaux a formé, du douzième au quatorzième siècle, le Roman de Re7iart, sorte d'épopée animale, dont le fond est la lutte du goupil {Renart) contre le loup {Ysengrin), et le triomphe de la ruse sur la force.

2° Les Fabliaux sont des contes plaisants, en vers ; nous en possédons 150 environ (du treizième siècle), les uns simples historiettes bien construites, les autres satiriques, les autres moraux. On y trouve de précieux détails sur les mœurs du temps {les Perdrix, le Vilaiii Mire, la Housse partie).

3" Rutebeuf (f 1280) est remarquable par son esprit satirique (contre l'Université, les moines, etc.) et surtout par sa poésie individuelle et sincère; c'est un ancêtre de Villon.

L'esprit gaulois. — A l'inspiration féodale et chevaleresque, à l'idéal religieux, patriotique, ou sentimental, qui brille dans les chansons de geste et dans les romans de la Table ronde, s'oppose ce que l'on appelle conventionnellement Vesprit gaulois.

On désigne sous ce nom, encore aujourd'hui, l'espTit de sa tire, de raillerie, de dénigrement, de gaîté populaire et cynique, qui inspire toute une partie de notre littérature.

De siècle en siècle, nous retrouverons le même contraste. Au Roland et à Tristan^ s'opposent Renart et les fabliaux ; à la préciosité, le burlesque; au symbolisme, le naturalisme. A vrai dire, cette antithèse existe dans tous les pays, et dans toutes les littératures ; elle se retrouve souvent chez le même homme, selon les moments de son inspiration. D'ailleurs, c'est faire tort aux Gaulois que de caractériser par une épithète tirée de leur nom ce qu'il y a de moins pur et de moins élevé dans la littérature française; la preuve qu'ils n'ont point cet humiliant monopole, c'est que l'amour chevaleresque est de source celtique plus encore que d'importation germanique; et que la poésie des troubadours, toute gallo-romaine, pécherait plutôt par un excès de raffinement.

Pour être justes, nous devons dire non pas l'esprit gaulois, mais l'esprit bourgeois. Ces œuvres satiriques et irrévérencieuses sont une revanche des faibles contre les puissants. Elles tranchent d'autant plus, au moyen âge, que la hiérarchie sociale était plus fortement organisée et maintenue. C'est ce qui donne tant de ressort et d'âpreté à ces attaques dirigées contre la noblesse et contre l'Eglise.

Nous étudierons successivement dans ce chapitre le Roman de Renart, les fabliaux et le poète Rutebeuf.

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