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CHAPITRE VI POÉSIE LYRIQUE

Sommaire.

La poésie lyrique du moyen âge dérive de la chanson. 11 faut y distinguer deux périodes: l** jusqu'au quatorzième siècle; 2" le quatorzième et le quinzième, où le lyrisme devient plus personnel. — La poésie du Midi (troubadours) influence au treizième siècle la poésie du Nord (trouvères).

1° Douzième et treizième siècles. — Les genres les plus usuels sont : \Si chanson d'histoire, l'aube, le rondeau, la pastourelle, etc.. Du Midi, viennent le jeu-parti, l^sirvente, la ballade, etc., et l'amour courtois. — Parmi les troubadours : Jofroy Rudel, Bernard de Ven-

(1) Morceaux choisis, 2^ cycle, p. 55; l^^ cycle, p. 27. — Cf. Chrestomathie, de M. L. Clédat, p. 350. — Sur Rutebeuf poète dramatique, voir le chapitre des Mystères et de la Comédie au moyen âge.

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tadour^ Bertrand de Born, etc.; parmi les trouvères : Conon de Béthune, Thibaut de Champagne, Colin Muset.

2° Quatorzième et quinzième siècles. — Eustache Deschamps, poète lyrique et historique; Christine de Pisan; Alain Char lier, surnommé le ;)èrecZe l'éloquence française; Charles d'Orléans, gracieux et mélancolique.

3o F. Villon, étudiant, mène une vie Tagabonde et criminelle. Il écrit le Petit Testament (1456) et le Grand Testament (1461), où il mêle à des plaisanteries traditionnelles l'expression sincère et profonde de ses remords, et traite les thèmes lyriques de la mort, de l'amour, etc. Il est le premier en date de nos grands poètes, et na jamais été oublié.

Définition et divisions. — Le lyrisme du moyen âge n'a, sauf exceptions, rien ni de la grandeur religieuse et patriotique du lyrisme des Hébreux et des Grecs, ni de la profondeur morale du lyrisme romantique. Il aurait plutôt quelque analogie avec celui des Latins. Tout peut s'y ramener à la chanson : thèmes, sentiments, rythmes. La musique en est inséparable.

On eut de bonne heure des cantilènes en langue vulgaire sur des sujets religieux ou sur des sujets profanes, des chansons de danse, des rondes, des couplets patriotiques ou satiriques, des complaintes narratives, etc. Bref, tout ce qui est entré aujourd'hui dans le domaine populaire ou enfantin a eu au moyen âge sa période littéraire.

Mais il ne faudrait plus soutenir, depuis que M. J. Bédier amis au point la question, que les poésies lyriques du moyen âge ont des origines populaires. Il paraît bien démontré, au contraire, que chaque genre a été créé et traité au début par de véritables artistes, et que la naïveté n'y est qu'un raffinement littéraire.

Il faut tenir compte, dans le vaste développement du lyrisme entre le douzième et le seizième siècle, des observations suivantes :

1^ On distingue les poètes lyriques du Nord, les trouvères, des poètes lyriques du Midi, les troubadours ; ceux-ci portèrent leur poésie à un singulier degré de délicatesse pour le fond et pour la forme, et ils eurent, au treizième siècle, une influence considérable sur la poésie du Nord;

2<' Les trouvères, à proprement parler, occupentile douzième

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et le treizième siècle. Au quatorzième et au quiniième, le poète lyrique n'est plus en général un grand seigneur ni un jongleur; il devient homme de lettres, poète au sens plus moderne du mot.

Il convient donc d'établir deux grandes divisions : — dans une première partie, nous étudierons le lyrisme du moyen âge proprement dit : les trouioères, des douzième et treizième siècles. Et bien que la poésie provençale ne soit pas du domaine de notre histoire et n'entre pas en général dans notre plan, nous en parlerons dans la mesure nécessaire pour faire comprendre la transformation des genres et des sentiments. — Dans une deuxième partie, nous grouperons les poètes lyriques des quatorzième et quinzième siècles : E. Deschamps, Alain Chartier, Charles d'Orléans et Villon.

I. — Les Trouvères et les Troubadours (XI1« et XIII» slôcles).

Les genres d'origine française. — Il faut signaler tout d'abord plusieurs genres qui semblent s'être développés dans la région française, sans aucune influence méridionale, ou qui, du moins, étaient entièrement constitués avant que cette influence les ait altérés.

La chanson cV histoire a un caractère narratif; on pout la comparer à nos romances modernes, qui exposent, nouent et dénouent un petit drame, en plusieurs strophes terminées chacune par le même refrain. On en possède un certain nombre du douzième siècle, d'une forme achevée et originale {Y). — On appelle aussi ces clmnsons d'histoire chansons de toile, parce que les femmes les chantaient en filant ou en tissant. Signalons comme types du

(l) « Nous n'y trouvons plus, dit G. Paris, la prolixité et la banalité 4'expression qui trop souvent nous lassent (dans la chanson de geste). Les personnages, généralement au nombre de deux ou trois au plus, sont rapidement esquissés dans une attitude caractéristique, et n'échangent que peu de paroles,' toutes pénétrées du sentiment qui les anime. Le lieu de la scène est indiqué en deux mots, et, dans cette extrême concision, quelques détails donnés, au contraire, avec complaisance prêtent aux figures et au cadre un relief singulier ; on ne peut dépasser la grâce et l'énergie de plusieurs de ces petites compositions, auxquelles leur refrain, vaguement accommodé au sujet et souvent un peu étrange comme les refrains populaires, ajoute encore plus de charme t)oêtfque. » G. Paris, Litt. fr. au moyen àge,%l\».

.:,'enre ; (hioiir{i) t'I Belle DoeUe{'l). — Le motet est iiuo chanson à plusieurs voix, d'origine latine et religieuse. ~ La rotruenge est une chanson à refrain, non narrative; elle exprime plutôt un sentiment personnel. Exemple : la rotruenge de Richard Cœur-de-rLion, prisonnier en Allemagne (3). (Ce mot vient peut-être de rote^ Tinstrument dont s'accompagnaient les jongleurs), r-r Le serventols (qu'il ne faut pas confondre avec la sirvente satirique des Provençaux) paraît avoir été à l'origine une chanson badine. — L'aube (ou chanson du point du jour, alba) a pour thème ordinaire la séparation m chant (ie l'aleuette (cf. 3hak^{jpeare, Homeo et Juliette). — Le rondeau est une pha-nson à danser, non divisée en strophes, mais (Jont on répète depx fpis la partie initiale, comme dans le triolet. — Lsbbaletfe, également; il ne faut pas la confondre avec la ballade provençale. — . Le lai (ne pas confondre avec le lai narratif, cf. p. 56) est une chanson, à strophes dissemblables, sur un sujet d'amour. — Le vireli (devenu virelai) est plutôt analogue au rondeau. — La pastourelle, dpnt le thème ordinaire se trouve développé dans la pièce célèbre d'Adam de la Hal|e, Robi?i et Mari un (4). — La chanson de croisade se présente sous trois formes : tantôt c'est une chanson de guerre, à refrain, exhortation lyrique a combattre les infidèles; tantôt une chanson d'amour, plainte d'une femme ou d'une fiancée, dont le chevalier est à la croisade ; parfois, enfin, c'est un chevalier qui regrette la danie laissée au pays (5).

Les genres d'origine provençale. — U^e poésie lyrique plus savante et plus raffinée s'était développée dès la fin du onzième siècle, dans le Midi de la France. Cette poésie n'est pas écrite dans le dialecte que l'on appelle aujourd'hui le provençal^ mais dans un autre dialecte de la langue d'oc, le limousin, lequel fut adopté comme idiome littéraire par tous les poètes du Midi. Le centre en était à Toulouse, dont les comtes étç|,ient protecteurs du gai savoir^ et souvent poètes eux-mêmes. La guerre des Albigeois vint brusquement ruiner cette civilisation brillante.

Les genres propres au Midi ét^ûent :

Le salvi d'amour, sorte d'épître, sans règles fixes. — La tengon,

(1) Ç tires tomathie, de G. Paris, p. 278,

(2) Morceaux ctioisis, 2« cycle, p. 57.

(3) G. Paris, Chrestomathie, p. 283.

[U) Chrestomathie, de G. Paris, p. 291, et de M. Clédat, p. 330; cf. Auber- TiN, p. §2. — Cf. Chapitre sur la Comédie au moyen âge.

(5) Morceaux choisis, !«' cycle, p. 2^ ; — Chrestomathie, de M. L. Sudke, p. 137.

dispute entre deux poète» sur une question galante, dont une variété est \e jeu-parti {l). — La sin^eutt; chanson satirique ou guerrière. — La ballade^ en trois couplets suivis d'un refrain, plus un envoi. — La chanson courtoise, dans laquelle le poète exprime ses propres sentiments, composée de trois couplets, dont deux seulement dans la même forme. — La sotte chanson, parodie de la précédente.

Dans toutes ces poésies se retrouve ïamour courtois, sentiment conventionnel, que nous avons déjà signalé dans les romans de la Table ronde. Le poète chante son amour, discret et patient, pour une dame qui accepte cet hommage mais avec une fierté toujours en éveil, et qui exige du soupirant tous les sacrifices. Cet amour est considéré bomme la source de toutes les vertus, il ne peut s'adresser qu'à un objet digne de lui. C'est déjà la théorie de l'amour fondé sur l'estime qui, après avoir passé dans la littérature espagnole, animera les tragédies de Corneille. De là, dans tous ces petits poèmes, une psychologie compliquée, délicate, presque mystique. Malgré ses obscurités ou ses exagérations, cette analyse du cœur est ingénieuse et piquante.

L'influence provençale. — Or la poésie provençale, dès la seconde moitié du douzième siècle, exerça une très profonde influence sur la poésie du Nord. Les deux filles d'Aliéner de Guienne, Marie et Aélis, épousèrent l'une Henri l®»", comte de Champagne, l'autre Thibault de Blois, son frère. Aliénor était la petite-fille de Guillaume IX, comte de Poitou et duc d'Aquitaine, protecteur illustre des troubadours, et lui-même poète très distingué; elle dut transmettre à ses filles son goût pour \e gai savoir. Et nous savons, en effet, que la cour de Champagne devint, avec Marie, un centre de courtoisie et de littérature ; nous l'avons déjà dit, en parlant de Chrétien de Troyes. Aélis, de son côté, encouragea et protégea des trouvères, auxquels elle dut faire connaître et imiter la poésie provençale. Enfin, à la cour même de France, le goût des choses de Provence avait été apporté pendant quelques années

(1) Les envois de ces jeux-partis, mal interprétés, ont donné naissance à la légende des cours d amour : on supposait ces pièces récitées devant une sorie de tribunal composé de dames, qui jugeaient entre les deux poètes (cf. Journal des Savants, oct. et déc. 1888).

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par Aliénor. Après son divorce, la nouvelle reine, sœur du comte de Champagne et du comte de Blois, avait continué cette influence. Pendant un siècle, de la fin du douzième à la fin du treizième, une partie de la poésie du Nord est inspirée par l'amour courtois ; tandis qu'une autre partie reste fidèle à ses origines propres.

Principaux poètes lyriques. — Les Troubadours. — Nommons d'abord quelques troubadours, pour la plupart plus anciens que nos trouvères :

— Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine (mort en 1127).

— Jofroy Rudel, prince de Blaye, qui, devenu amoureux do la comtesse de Tripoli, sur la seule renommée de sa beauté et de ses vertus, se croisa en 1147, et arriva gravement malade à Tripoli, où il mourut sous les yeux de la comtesse. Cette romanesque et véridique histoire, tout à fait caractéristique de l'amour courtois, a été mise à la scène par M. E. Rostand, dans la Princesse loinlaine (l);

— Bernard de Ventadour prit le nom de son protecteur, le vicomte de Ventadour, en Limousin, chanta la vicomtesse de Ventadour, puis Aliénor de Guienne ; il s'attacha plus tard à la personne de Raymond V, comte de Toulouse, et mourut dans un monastère. Il passait au douzième siècle pour le premier des troubadours.

— Cependant, on connaît mieux Bertrand de Born (1145-1215), seigneur de Hautefort en Limousin, qui célébra l'amour et la guerre. Il fut mêlé aux luttes des fils de Henri II Plantagenet, et prit parti contre Richard pour Henri le Jeune (2); à la mort de celui-ci, il se réconcilia avec Richard, qu'il soutint à son tour contre Philippe-Auguste. Ses plus belles poésies sont des sirventes, dont l'accent satirique est d'une singulière violence, mais qui respirent aussi un enthousiasme lyrique, au sens le plus complet du mot (3).

Les Trouvères. — Parmi les trouvères du Nord, il faut retenir les noms suivants :

— Conon de Béthune (f 1220) fréquenta la cour de Champagne, ot lit partie du groupe de poètes courtois inspirés par Marie, fille

(1) Représentée au théâtre de la Renaissance, le 5 avril 1895.

(2) Dante, dans son Enfer, livre XXVUI, place Bertrand de Born, « qui au jeune roi donna les mauvais conseils ».

(3) Sur les autres troubadours d'Aquitaine, du Languedoc, de Saintonge, d'Auvergne, de Provence, du Roussillon, voyez L. Clédat, la Poésie lyrique et satirique au moyen âge. Lecène et Oudin, 1893, pp. 100 à lie.

(l'Aliénoi-. 11 prit part à la troisième et à la (juati'ièmo croisade, ot Villehardouin, dans sa Coiu/Hête de Constanéinople, lui attribue dos discours aussi courageux qu'éloquents (1);

— Gui //, chalelain de Coud (+ 1204), compagnon d'armes de Conon dans la quatrième croisade, a moins de force et plus de grâce (^2) ;

— Blondel de Nesle (fin du douzième siècle) est celui dont la légende a fait le fidèle ami de Richard Cœur-de-Lion j

— Gace Brûlé (f commencement du treizième siècle), chevalier champenois, a de l'élégance et d'heureux rythmes (3) 5

— Jean Bodel (f 1*207?) d'Arras (que l'on connaît surtout comme poète épique pour sa Chanson des Saisnes, et comme poète dramatique pour son Jeu de Saint- Nicolas) a écrit un Congé, pièce lyrique dans laquelle, au moment de quitter Arras pour entrer dans une léproserie, il dit adieu à ses amis(4);

— Thibaut IV de Champagne (f 1253) est aussi célèbre par ses exploits que par ses vers. Il prit part à la croisade contre les Albigeois, à la coalition de la noblesse contre Blanche de Castille, régente pendant la minorité de Louis IX. Celle-ci, d'un regard, avait obtenu sa soumission; et Thibaut la chanta dans des vers d'une délicatesse courtoise jusqu'à la préciosité. Il fit également des chansons de croisade, des tençons, des pastourelles (5) ;

— Rutebeuf, déjà étudié, prend rang parmi les poètes lyriques du treizième siècle par un grand nombre de pièces d'un accent personnel, et qui font de lui, nous l'avons dit, un ancêtre direct de Villon (6);

— Colin Muset (fin du treizième siècle) est le type du pauvre trouvère, obligé de faire appel à la générosité de ses protecteurs; par sa situation comme par la grâce aimable et spirituelle de ses chansons, il est comparable à Marot (7) ;

Enfin, nommons Adam delà Halle {-^^ 1288), étudié ailleurs comme poète dramatique, qui a chanté son foyer et écrit un Congé.

Au début du quatorzième siècle, le règne de la poésie courtoise semble passé; déjà Rutebeuf et Colin Muset, l'un par sa verve et par sa gravité, l'autre par sa grâce facile et sa

(1) Lire une Chanson de Croisade de Conon de Béthune dans la Chre.stomathie, de M. Clédat, p. 335.

(2) Chrestomathie, de M. Clkdat, p. 337.

(3) Id., p. 341.

(5) Chrestomathie, de M. Clédat, p. 343.

(7) Sur Colin Muset, cf. J. Bédier, De Nicolao Museto (189$), thèse latine, suivie d'une édition critique de ses poésies. — Morceaux choisis, 2« cycle, p. 59; Chrestomathie, de M. Clédat, p. 348.

clarté, tous deux par leur inspiration plus personnelle et plus franche, marquent la transition.

Il — Le Lyrisme au XIV» et au XV« isîèelc.

Nous avQns dit que le vrai ttioyeti âge s'achève à la fin du treizième siècle. Les poètes que nous allons nommer appartiennent à cette période intermédiaire, difficile à définir, qui s'étend entre Favènement des Valoiâ et les débuts de la Renaissance (1328 à 1500 environ). Nous nous réservons de rattacher au seizième siècle les grands rhétoriqueurs, dont quelques-uns appartiennent par leurs dates a ta fin du quinzième siècle, mais qui sont les prédécesseurs immédiats de Marot.

Caractères distinctifs. — On peut dire, d'une façon générale, que te lyrisme des quatorzième et quinzième siècles se caractérise : dans le fond, par une inspiration plus personnelle, plus vraie, plus sincère ; et dans la forme, au contraire, par la tyrannie des genres à forme fixe {ballade^ rondeau, chantroyal^ etc.) qui iront en se compliquantjusqu'à Marot. Mettons à part Villon; bien que le testament soit, lui aussi, un genre conventionnel, il laissait au poète plus de liberté.

Poètes lyriques du quatorzième siècle. — Il faut signaler nrièvement Guillaume de Machaut (1300-1377), auteur du Voir dit {Histoire vraie), roman d'amour; — Jean Froissart, trop célèbre comme chroniqueur pour avoir conservé une notoriété de poète. Son Épinette amoureuse, son Débat du cheval et du lévrier, son roman en vers de Méliador, son Paradis d'amour, son Dit du florin, etc., sont autant d'ouvrages qui suffiraient à la renommée d'un autre. On cite encore souvent la charmante ballade : c Sur toutes fleurs j'aime la marguerite... » insérée dans le Paradis d'amour.

Eustâche Deschamps (1345-1405) occupa d'importantes fonctions à la cour : il fut messager royal, huissier d'armes de Charles V, écuyer du Dauphin, bailli de Senlis, maître des eaux et forêts à Villers-Cotterets, général des finances. Il a beaucoup voyagé, jusqu'en Bohême et en Hongrie. Il a

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connu tous les grands hommes d'une des périodes les plus agitées de notre histoire : Charles V, Charles VI, Du Guesclin, le duc Louis d'Orléans ; il a vu de près la guerre anglaise et l'insurrection parisienne. Aussi, dans son œuvre immense (de 80.000 vers), les pièces les plus intéressantes sont-elles les poésies historiques. * Ce sont, dit Petit de Julleville, de vrais documents...; je voudrais qu'on en fît un recueil à part, où on les classerait dans leur ordre naturel, l'ordre chronologique. On y verrait Eustache Deschamps poète officiel de la France et de la dynastie régnante, comme plus tard Malherbe sous Henri IV et Louis XIII, célébrer un à un tous les grands événements... Il est l'historiographe en vers du roi et du royaume pendant près de quarante années (1). » La plus célèbre de ses poésies historiques est la ballade Sur le trépas de Bertrand Du Guesclin (2). Il a composé également un grand nombre de poésies satiriques et morales, où il attaque, à la faconde Rutebeuf, l'Église, l'État, les financiers, et surtout les femmes. On a de lui des ballades spirituelles (le Chat et la Souris) (3). Enfin, il a laissé une sorte d'Art poétique, sous ce titre : L'art de dictier et de fere chançons, balades, virelais et rondeaux (1362). — Eustache Deschamps manque d'aisance et d'élégance ; mais il est précis, nerveux ; il pense, il raisonne; il est plus qu'un auteur, il est un homme.

Poètes lyriques du quinzième siècle. — Nous rencontrons d'abord Christine de Pisan (1363-1431). Fille de Thomas de Pisan, astrologue et médecin dé Charles V, elle était née à Bologne. Veuve à vingt-cinq ans, sans fortune, elle écrivit d'abord pour se consoler, puis pour plaire à la cour, puis pour vivre. Aussi a-t-elle beaucoup produit, d'une façon hâtive, dans le goût de son temps, et parfois inspirée par la seule actualité. Sa principale œuvre poétique est le Poème de la Pucelle (Jeanne d'Arc) ; mais elle doit surtout sa réputation à de petites pièces, des dits moraux, écrits en forme de ballades, de rondeaux,

(1) Julleville, Hist. delà lin. française, t. II, p. 351, Colin.

(2) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 62.

(3) Morceaux choisis. 2* cycle, p. 61. Lire deux autres ballades, dans Chrestomathie, de G. Paris, p. 295.

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(^tc. On en citera toujours quelques-uns (1). Parmi ses ouvrages en prose, il en est de curieux pour la connaissance des mœurs de la société polie, au quinzième siècle : la Cité des dames. Mais son « chef-d'œuvre», si le mot n'est pas ambitieux, est le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V, qui la classe parmi les historiens et dont nous parlons ailleurs.

Alain Chartier (1386-1449) était frère de Guillaume Chartier, évêque de Paris (f 1472). Il entra à la cour comme secrétaire du Dauphin (plus tard Charles Vil). Ses poésies, très nombreuses, sont dans le genre allégorique, et leur prodigieux succès est fait pour nous étonner. On peut citer en particulier : le Livre des quatre dames (sorte de débat à la fois courtois et patriotique sur la bataille d'Azincourt) (2). — Prosateur, Alain Chartier est moins conventionnel et mérite, à divers titres, une place honorable dans notre littérature française. D'abord, il exprime des sentiments du plus généreux patriotisme dans son Quadriloge invectif (1422) (3) et dans son Livre de V Espérance (1429), écrit à la veille de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc (4). Alain Chartier est encore l'auteur du Curial (l'homme de cour) ; c'est une satire puissante et ironique du courtisan. L'auteur s'adresse à son frère Thomas Chartier, et l'engage à fuir la cour, où il vit, lui, depuis longtemps et dont il connaît les misères. On comparerait utilement ce portrait du courtisan au quinzième siècle, avec certains passages de J. du Beilay, de Montaigne, de Balzac, de La Bruyère, de Saint-Simon, etc. C'est un document. Le style d'Alain Chartier est oratoire, plein de mouvement et de flamme ; sa langue fait penser à celle de Balzac, et ses contemporains l'avaient surnommé le Père de Vèloquence française. On raconte que

(1) G. Paris, Clirestomatliie, p. 301 ; L. Sudre, p. l'iS.

(2) Quatre dames ont perdu leurs chevaliers à la bataille d'Azincourt : le premier a été tué, le second fait prisonnier, le troisième s'est enfui, le quatrième a disparu. Il s'agit de savoir quelle est la plus malheureuse des quatre dames (cf. Clirestomatliie, de M. Ci.édat, p. ."569).

(3) Quadriloge signifie entretien à quatre personnages ; invectif, qui contient des invectives. Les personnages sont la France et les trois ordres, peuple, noblesse, clergé.

(h) K propos de Jeanne d'Arc, Chartier a écrit une lettre en latin à l'empereur Sigismond. « Cette fille, dit-il, ne vient pas de la terre ; elle est envoyée du ciel. » .

Pps GRANGt:s. — Littérature. ^

Marguerite d'Ecosse, dauphine de France, déposa un baiser sur le front du vieux poète endormi ; la légende paraît contestable. Mais ce qui est sûr, c'est qu'Alain Chartier jouit au quinzième et au seizième siècle d'une immense renommée.

Charles d'Orléans (1391-1465). — P'ils de Louis d'Orléans et de Valentine de Milan, père de Louis XII, Charles fut mêlé dans sa jeunesse aux plus terribles catastrophes. Pris à Azincourt (1415), il fut mené en Angleterre, où il subit, pendant vingt-cinq ans, une stricte captivité. Délivré en 1440, il s(^ retira à Dlois, où il se composa une cour aimable et spirituelle. Pendant ses années de prison, et à Hlois, Charles d'Orléans rima une quantité de petits poèmes, ballades, rondeaux, chansons. Après sa mort, il fut oublié, et le manuscrit de ses poésies ne fut retrouvé et publié qu'en 1734,

Avec Charles d'Orléans, nous revenons à la poésie courtoise d'un Thibaut de Champagne. Les grands et douloureux événements auxquels il a été mêlé n'ont laissé que de faibles traces dans son œuvre ; c'est à peine si quelques pièces consacrées à la paix, aux regrets du pays, appellent un commentaire historique : ainsi la ballade XXIV, dont le refrain est : De voir France que mon cœur aimer doit, et la ballade XXV ; Priez pour paix le vrai trésor de joie (1). Partout ailleurs, c'est l'amour conventionnel des troubadours et des trouvères, avec toutes les allégories d'usage. Mais Charles d'Orléans y introduit une grâce nouvelle, une discrétion mélancolique, une préciosité mondaine, qui font songer à Marot, à Voiture et aux poètes du dix-huitième siècle. Ainsi, cette jolie ballade qui a pour refrain : J'aimasse mieux de bouche vous le dire... aurait pu se réciter à la cour de François I*^"" ou à l'hôtel de Rambouillet.

Qui ne connaît ces petites pièces, d'un fond ténu, d'une forme ingénieuse et parfaite : Le Temps a laissié son manteau... ; — Les fourriers d'esté sont venu?-,. ; -^ Dieu! qu'il la fait bon regarder., La gracieuse bonne et belle !.. — Petit mercier, petit pannier !... — Je meurs de soif emprès {auprès)

(1) Lire ces deux ballades dans Aubertin, Choix de textes..., p. 198.

POÉSIE LYMQtJË Ô9

de la fontaine... ; -^ Levez ces cout)rechefs plus hault, Qui Irop couvrent ces beaulx visages... etc. (1).

La' personnalité du poète se traduit discrètement dans quelques pièces mélancoliques sur la fuite du temps {Par lès fenestres de mes yeulx^ Au temps passé quand regardoye...), sur la solitude {Laissez-moi penser à mon aise...). Évidemment, Charles d'Orléans n'a pas cherché dans la poésie une distraction futile ; il était lié poète» Ou plutôt, il est âU vrai poète ce que le ciseleur est au sculpteur, ce que le miniaturiste est au peintre. Il aurait pu lui-même écrire sur son manuscrit : Émaux et Camées.

m. — Ft*aiiçoîs Villon (1431-1480)*

Biographie. — François des Loges, ou de Montcorbier, né d'un père bourbonnais et d'Une mère angevine, en 1431, à Paris, fut adopté par Guillaume de Villon, chapelain de Saint-Benoîst. L'enfant prit le nom de son t plus que père », et fit de bonnes études, quoi qu'il en dise {Hélas ! si j'eusse étudié, Au temps de ma jeunesse folle!...). Il suivit les cours de la Faculté des arts (2), pour devenir clerc ; et il était maître es arts en 1452, à vingt et un ans. Gaston Paris pense avec raison que ses remords doivent s'appliquer à la période qui suivit sa réception comme maître. Alors il se fit inscrire soit à la Faculté de théologie, soit à la Faculté de décret (de droit canon).

A cette époque, les étudiants de l'Université étaient en perpétuels conflits avec la justice royale. Villon dut prendre part à plusieurs émeutes entre 1451 et 1454. Il nous dit, dans son Grand TeMam.ent (strophe 78), qu'il avait écrit un Roman du Pet-au- Diable, récit d'une équipée burlesque (3) ; il aida ses camarades à décrocher des enseignes, à voler des marchandises aux étalages. Bref, il devînt un de ces étudiants facétieux et fripons, un spirituel et dangereux vagabond, plus

(i) }for<'caux choisis, l*"" cycl^, p. 34; 1" cycle, p. 6/i.

'.2) La Faculté des arts correspondait à peu près à notre Faculté des lettres : maître es arts était l'équivalent de licencié es lettres. (3) G. Paris, François Villon, p. 26.

LIl TER AT L U K FR A N T. AISE

connu dans les tavernes qu'à l'Université. On publie d'ordinaire à la suite des œuvres de Villon, un petit poème intitulé : les Repues franches de François Villon et de ses compagnons (1) ; une repue franche, c'est un repas qui ne coûte rien ; on prend tripes chez la tripière, pain chez le boulanger, rôt chez le rôtisseur. Pour que Villon soit devenu le héros de

IJ.\ COURS AU TEMPS DE FRANÇOIS VlLLOîS.

D'apiH's une miniature tirée d'un manuscrit du xv« siècle.

ce code burlesque du vol, il faut sans doute qu'il ait laissé une triste réputation.

En 1455, le 5 juin, Villon se prend de querelle avec un prêtre, Philippe Sermoise, et le tue. Il s'enfuit, puis sollicite sa grâce, et l'obtient : des lettres de rémission lui sont accordées en juin 1456. On ne sait où il avait vécu pendant cet exil volontaire. — Rentré à Paris^ il se remet sans doute à fré-

(1) lidit. p. JANNET, p. 178.

POÉSIE LYRIQUE iOl

quenter une société équivoque ; et il descend d'un degré, il se fait complice de voleurs de profession ; il prend part à un vol par eifraction au collège de Navarre, avec deux bandits, Colin de Cayeux et Gui Tabarie. C'est alors, dit-on, qu'il aurait composé son Petit Testament, au début duquel il annonce son départ pour Angers où il veut aller voir son oncle. Il part. Le vol est découvert (1457); Tabarie le dénonce comme un de ses complices. On ne sait guère ce que devient Villon pendant les années 1457-1461 : il aurait été reçu par Charles d'Orléans au château de Blois, et on le signale en Bourbonnais. Puis il semble s'être affilié à une bande de brigands, les Coquillards, dans le jargon desquels il a écrit plusieurs pièces d'une interprétation douteuse. Un beau jour, il se fait prendre: en 1461, on retrouve Villon en prison, à Meun-sur-Loire ; il y a été enfermé à la requête de l'évêque d'Orléans, Thibault d'Assigny. Colin de Cayeux a été pendu ; Villon redoute le même sort. Heureusement pour lui, Louis XI, récemment sacré, passe par Meun et le délivre.

C'est cette même année 1461, « en l'an trentième de son âge >, que Villon écrit son Grand Testament. Il paraît tout à fait amendé ; il exprime des sentiments de honte et de repentance. Mais, en 1462, il est au Châtelet, et condamné à être pendu. 11 écrit alors son admirable Ballade des pendus {Frères humains qui après nous vivez... (1;. Il est encore délivré, le 5 janvier 1463, et banni pour dix ans de la ville de Paris.

A partir de 1463, on perd toute trace de Villon. Rabelais nous dit que « maistre François Villon, sur ses vieux jours, se retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion ^n gestes et langage ppictevin (2) ». On ne sait en quelle année il mourut. La première édition de ses œuvres, à Paris, est de 1489.

Le Petit Testament. — Ce poème de quarante strophes porto aussi le titre de lais (3). C'était un genre à la mode, assez analogue

(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 73.

(2) Rabelais, liv. IV, 13.

(3) Lais ou legs : la forme lais est la meilleure. Le mot se rattache au verbe laissier et non à léguer. D'ailleurs la prononciation correcte du mot legs est lai.

au congé. On connaît les congés de Jean Bodel ot d'Adam do la Halle; les teslaments de Jean de Meuû et de Jean de Régnier (1432).

Villon va partir pour Angers; il n'est pas certain du retour. Aussi va-t-il faire son testament. Il lègue à Guillaume de Villon, son père adoptif, son bruit, c'esl-à-dire sa renommée; à celle qu'il aimait et qui le dédaigne, son cœur; à divers personnages, les enseignes célèbres du quartier; à Jean Trouvé, boucher, le Moulon^ le Bœuf couronné eX la Vache; au chevalier du guet, le Heaume; aux archers de nuit, la Lanterne; à maître Jacques Régnier, la Pomme de Pin (enseigne d'un cabaret, ce qui semble indiquer que Régnier y séjournait plus que de raison); il lègue de l'argent à trois petits enfants tout nus. Pauvres orphelins dépourvus, dont il donne les noms : or, ce sont trois abominables usuriers; différents objets, gants, bonnets, chausses, diamants, à des amis réels ou imaginaires; à Robert Valée,ses ôrattf* (caleçons) qui sont en gages au cabaret des Trumelières; à son barbier, les rognures de ses cheveux; à son saveiier, ses vieux souhers, etc. Suivent quelques lais figurés ou allégoriques, à <les chanoines, à ses compagnons de misère, aux curés de Paris, aux moines (l).

Bien qu'on trouve beaucoup d'esprit, et surtout, oàetlà, de jolis traits de réalisme dans le Petit Testament, cette œuvre n'aurait pas assuré à Villon la célébrité; elle le laisserait confondu dans la masse . des poètes de second ordre.

Le Grand Testament. — Ici, bien que le cadre général soit analogue, la composition est plus complexe. Le poème a cent soixantetreize strophes. De plus Villon y a inséré de nombreuses ballades, dont quelques-unes, selon G. Paris, ont été écrites bien avant 1461, et que le poète a eu l'heureuse idée d'enchâsser à la meilleure place; on peut croire même qu'il a souvent dirigé ou fait dévier son développement de manière à am'ener la ballade qu'il tenait à ne point perdre. — Les strophes 1 à 70 forment une première partie, dans laquelle Villon parle de son emprisonnement, de sa jeunesse dissipée, de la fuite du temps, de la mort qui n'épargne personne (2); — ici se trouvent (après la stroplic 41) la Ballade des dames du teynps jadis (reïraiin : Mais où sont les neiges d'antan!) (3), la Ballade des seigneurs du temps jadis (refrain : Mais où est ,le preux Charlemagne!). Il revient (strophe 42) à la brièveté de la jeunesse, et fait parler la Belle beaulmière qui regrette sa beauté passée; il plaint lui-même le temps de ses amours. — A la strophe 70, ^Villon commence à tester; c'est la seconde partie, formant comme un poème séparé. — Les legs du Grand Testament sont moins burlesques que ceux du Petit, mais sont encore souvent

(1) Morceavu): choisis, !«' cycle, p. 29.

(2) Morceaiuv choisis, 2« cycle, p. 68.

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ironiques: à Guillaume de.Villon, il lègue sa librairie (bibliothèque); aux frères mendiants, une oie, dont il donne les os aux malades dos hôpitaux : à Jean le Loup, voleur, un chien pour attraper les canards dans les fossés de Paris et un manteau pour les cacher; des armes, à un moine querelleur; à sa mère, il lègue une ballade à Notre-Dame (1), etc. — Mais l'intérêt du Grand Testament n'est pas dans ces legs, dont les allusions sont obscures, et ont perdu pi^esque toute leur saveur 5 il est dans les réflexions morales amenées par quelques-uns de ces legs. Ainsi (strophe 149) Villon se représente au charnier du cimetière des Innocents ('2) et revient au thème de la mort; il y revient encore dans les dernières strophes, quand il donne des instructions pour son enterrement (strophes 163-173). Une dernière ballade sert de conclusion.

Originalité de Villon. — Il est exagéré de dire que Villon fit le premier de la poésie personnelle. Avant lui, plusieurs des poètes lyriques que nous avons nommés, en particulier Jean Bodel, Rutebeuf, Eustache Deschamps, Colin Muset, Alain Chartier, ont, dans les cadres conventionnels, et au milieu d'allégories, parlé de leur vie^ de leurs amours, de leurs regrets. Maïs ce qui est vrai, c'est que Villon a tine personnalité plus caractéristique, une âme plus humaine et surtout un accent plus sincère.

Ce mauvais écolier, ce vagabond, ce coquillard^ ce récidiviste trois fois emprisonné, deux fois sur le point d'être pendu, est poète au sens le plus moderne du mot; il n'est pas guidé par sa raison, mais par sa sensibilité, laquelle explique à la fois ses fautes et ses remords. Il en est la \^ictime; mais s'il lui doit ses crimes, il lui doit aussi son repentir et ses larmes. Voilà pour le fond. Et rien n'est plus sympathique qu'une pauvre âme humaine, qui connaît le bien, qui en goûte la beauté, que sa faiblesse entraîne au mal, et qui se réveille en sursaut, prise de dégoût, et qui tremble de faillir encore, et qui unit, comme H. Heine ou Musset, le désespoir à l'ironie.

Dans la forme, Villon est aussi un grand poète: il voit et il peint. Il ne cherche pas de choses nouvelles ou ingénieuses, ce qui est le propre du poète médiocre et artificiel. Il renouvelle inconsciemment, par la force naturelle de sa sensation et de sa vision, les thèmes les plus communs. Quoi de plus

(1) Morceaux choisis, !«■■ cycle, p. 32.

(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 72.

commun, en effet, que les regrets de la jeunesse perdue, que l'angoisse de la mort? Mais c'est précisément à la façon dont ils traitent ces thèmes qu'on reconnaît les vrais poètes. Villon au charnier des Innocents égale Shakespeare faisant parler Hamlet au cimetière d'Elseneur, et Dossuet c ouvrant un tombeau devant la cour ». On voi7tout ce que Villon veut faire voir ; les traits sont précis, pittoresques, colorés. « Il a su peindre, dit G. Paris, les vieilles accroupies autour de leur petit feu de chènevottes, et les femmes assises dans l'église sur le repli de leurs robes, et les écoliers modèles tenant leurs pouces dans \ /K*f l^urs ceintures, et le bon Jean

A // * Cotard allant se coucher en trébu-

^^ Y ir I I chant, et les crânes entassés dans

les charniers des Innocents, et les squelettes des pendus balancés par le vent aux poutres de Montfaucon (1). »

irerce f)umam% qui apied no^ Siucel /îflf cjfcecueucecortttc no'oiÔurcia CttffcpittcScuo^pouurfjaucj t>«CMe9 aura pfuflofl 5e 9oud maris i>ou8riou8fioic6 9> fltacfjreruiq fij»

£iMd( ù'cfarOar^ tropauôô/jouoie Cffcfipiera Scuouret et pourrie « 110*' icb oô 8euciiÔ6 cfôicb a poufSic ÎDcrio(<re mof pnfomie ne (ci^nc ^\ lâ pues gtcu que touenouftSuctf ItubjoufS;c 9ui«

La Ballade des Pendus.

D'après une édition des œuvres de Villon imprimée en IWO.

La renommée de Villon. — En 1489, parut la première édition de(s œuvres de Villon. Elle fut souvent réimprimée jusqu'à celle donnée par Marot en 1533, édition corrigée, commentée, souvent avec bonheur, parfois assez naïvement, et qui eut un grand succès (2) .

(1) G. Paris, F. Villon, p. 154.

(2) Le dix-septième siècle continua à lire Villon sur le texte de Marot. A partir de 1723, parurent diverses éditions, dont quelques-unes marquaient un progrès philologique et historique. Mais aujourd'hui, la meilleure est celle de M. A. Longnon, publiée en 1892 (Lemerre); une nouvelle édition, par le même auteur, en a paru chez Champion en 1911 ; M. Longnon n'a pas moins contribué à éclajrcir la biographie de VjUon qu'à épurer et à fixer son texte.

Villon ne fut jamais oublié. Très goûté au seizième siècle, encore connu et lu au dix-septième (cf. Ai^t poétique de Boileau) et au dix-huitième siècle, Villon profita plus qu'aucun autre poète, plus que Ronsard lui-même, de la réaction romantique. Sa vie de bohème, la variété de son style qui unit le grotesque au sublime, son réalisme un peu cru, tout devait le faire considérer comme un ancêtre.

BIBLIOGRAPHIE

A. Jeanroy, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen

âge. Paris, 1889.

G. Paris, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen âge

{Journal des Savants, 1891-1892).

J. BÉDiER, De Nicolao Museto (Colin Muset), suivi du texte de ses

œuvres. Paris, 1893.

AuBERTiN, Histoire de la littérature française au moyen âge^ 2 vol.,

L. Clédat, la Poésie lyrique au moyen âge (collection des classiques

populaires). Lecèfie et Oudin, 1893.

G. Paris, F. Villon {les Grands Écrivains français). Hachette, 1901. Fr. Villon, Œuvres complètes, éd. Aug. Long-non, Champion,

P. Champion, Villon, 1912.

Pour les textes des différents poètes lyriques, consulter, outre les

Chrestomathies déjà citées, la Bibliographie de la Littérature fran^

çaise (Julleville, Colin), 1. 1. chap. v; t. II, chap. vu.

CÎIAPITRH Vil LE THÉÂTRE RELIGIEUX AU MOYEN AGE

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