‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 5 sur 323 · I. — Origines et formation · texte numérisé non relu

I. — Origines et formation

Le celtique. — Sur la plus grande partie du territoire occupé par les Gaulois, et qui correspond à peu près à la France actuelle, on parlait différents dialectes celtiques. Ces dialectes ne sont représentés aujourd'hui que par le breton et le gaélique (idiome du Pays de Galles), qui en sont dérivés. Le gaulois proprement dit, tel qu'il était parlé au moment de la conquête romaine, ne peut être reconstitué : quelques inscriptions, quelques noms géographiques {Eure^ Isère, Durance, Brives, Coudé, Verdun, Houen, etc.), quelques mots {arpent, Des Changes. — Littérature. 1

alouette, banne, bec ^ lieue, marne, sac, etc.), ne permettent guère de se figurer l'ensemble du vocabulaire gaulois, ni V esprit de sa syntaxe. Un fait est certain, c'est que la langue française n'est pas sortie de la langue gauloise, mais du latin.

La conquête romaine. — Au second siècle avant J.-C, les Romains, déjà maîtres de l'Espagne, s'emparèrent de toute la région méridionale de la Gaule appelée aujourd'hui Provence {provincia romand). La culture latine fleurit à Marseille, à Aix, à Nîmes, à Narbonne, et remonta jusqu'à Lyon. La forte organisation coloniale des Romains, la création d'écoles, les privilèges qu'ils accordaient à ceux qui parlaient leur langue, la nécessité pour les vaincus de s'en servir dans tous les actes publics, amenèrent promptement la prédominance du latin. Après les conquêtes de César, les mêmes influences s'exercèrent sur toute l'étendue de la Gaule.

Si le gaulois eût été fixé par des mo;iuments littéraires, cette pénétration du latin n'aurait été ni si prompte ni si décisive. Mais il se fait entre les langues, comme entre les êtres animés et entre les cellules d'un organisme, une sélection naturelle ; et le latin devait l'emporter sur le gaulois, comme six siècles plus tard il devait résister aux langues germaniques. Il a donc été moins imposé par les vainqueurs, que victorieux par lui-même, puisque les conquérants germains l'ont à leur tour subi.

Latin classique et latin populaire. — Le latin se propagea en Gaule sous deux formes. Dans les écoles, dans la société lettrée et administrative, ce fut le latin de Cicéron et de César qui fut appris et parlé ; mais dans les classes moyennes et dans le peuple, ce fut celui de la conversation courante et des soldats. A Rome même, il y avait des différences profondes entre ces deux sortes de latin, — surtout en ce qui concerne la prononciation et la syntaxe. Les mots latins, tels que nous les trouvons écrits dans les textes classiques, étaient abrégés ou modifiés par la prononciation courante. Les classiques eux-mêmes admettent à côté de formes comme sœculum, vinculum... des formes abrégées, sœclum, vinclum...

La syllabe accentuée prédominait; les syllabes atones étaient atténuées et tendaient à disparaître. Dans la syntaxe,

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