‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 7 sur 323 · SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE EN LANGUE ROMANE · texte numérisé non relu

SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE EN LANGUE ROMANE

« Pro Deo amur, et pro Christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo, et in adiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift in 0 quid il mi altresi fazet, et ab Ludlier nul plaid nunquam prindrai qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit. >

Traduction française.

« Pour l'amour de Diey, et pour le commun salut du peuple chrétien et le nôtre, dorénavant {de'ista die in avant), autant que Dieu m'en donne savoir et pouvoir, je défendrai {eo pour ego) mon frère Karle que voici {cist, du latin ecce istum), et par aide {adiudha, dnlAtin ad jutare), et en chaque {cadhuna, du latin quot una) chose, ainsi qu'on doit [dift, rfeôeO par devoir {per dreit) défendre son frère, à la condition qu'il (en ce que, in o quid, o pour hoc) me fasse de môme {alt7'esi, de altcrum sic, la pareille); et avec Lothaire je ne prendrai aucun arrangement qui, par ma volonté, soit au préjudice de mon frère Karle que voici (1). »

(1) Morceaux choisis, 2" cycle, p. î.

Textes des dixième et onzième siècles. — Du dixième siècle, nous avons conservé la Cantilène de sainte Enlalie (découverte à Valenciennes, 1837), en 25 vers assonances; et la Vie de saint Léger, en 240 vers assonances.

Du onzième siècle, la Vie de saint Alexis, en 265 vers assonances.

Ce dernier texte est particulièrement intéressant, d'abord parce que nous possédons, à côté de l'original du onzième siècle, des remaniements du douzième, du treizième et du quatorzième siècle : on peut suivre d'un manuscrit à l'autre les transformations et les interpolations des arrangeurs, et constater la .supériorité de la plus ancienne rédaction. — De plus, la Vie de saint Alexis témoigne d'un véritable talent narratif, et nous prouve que cet auteur du onzième siècle possédait déjà quelques-unes des qualités essentielles de la bonne littérature française. Si nous avions le texte authentique de telle ou telle Chanson de geste qui ne nous est parvenue que remaniée et gâchée, peut-être y constaterionsnous autant de clarté et de sobre vigueur que dans la Vie de saint Alexis.

Analyse. — En olle-même, cette légende est curieuse : Alexis, fils du comte romain Euphémien, épouse une jeune fille riche et noble. Il la quitte le jour de son mariage, et se réfugie en Syrie, où il se cache parmi des mendiants. Il revient à Rome, se présente chez ses parents, où sa jeune femme est restée. On lui aonne la permission de vivre dans un recoin obscur, sous un escalier. Là, il reste dix-sept ans, en butte aux outrages des valets. Enfin, il meurt; et c'est alors seulement qu»sa famille le reconnaît (1). La ville de Rome tout entière acclame le nouveau saint, qui est enseveli en grande pompe dans l'église Saint-Boniface.

Nous avons conservé un certain nombre d'autres Vies de Saints, qui n'ont pas la même valeur, mais qui contiennent de curieux détails sur les mœurs du temps. On aboutit ainsi aux recueils de contes pieux, tels que les Miracles de Gautier de Coinci (treizième siècle). Mais déjà la grande poésie épique donnait ses plus belles œuvres, et la Vie de saint Alexis nous a conduits des origines proprement dites aux Chansons de geste.

(1) Morceaux choisis, 2* cycle, p. .3-5.

OiOKMENT DE PAGE DE i.\ FIN Di \iY^ srÈci.E. Tiré du Mianuscrit dil Les Grandes Heures du duc de Borry.

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