‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 71 sur 323 · I. — Jacques Amyot · texte numérisé non relu

I. — Jacques Amyot

Vie. — Né le 30 octobre 1513, à Melun, de parents très pauvres, Jacques Amyot vint achever ses études à Paris, au Collège de Navarre. Fut-il réduit, comme on le raconte, à se faire le domestique de ses camarades plus fortunés? et travaillait-il, la nuit, à la lueur du foyer, comme plus tard le petit Drouot? Vraies ou fausses, ces légendes nous prouvent que Jacques Amyot dut avoir une adolescence pénible et une énergique volonté. Il apprit le grec avec Pierre Danès, professeur au Collège de France ; fut précepteur, à Bourges, des enfants de Bouchetal, secrétaire d'État, qui le recommanda à Marguerite, sœur de François I*^""; et celle-ci lui fit donner la cliaire de grec et de latin à l'Université de Bourges.- Il y enseigna pendant six ans. — Son premier ouvrage fut Thèagène et Chariclée, traduit du grec d'Héliodore (1547). Nommé abbé de Bellozane par François !<*, il accompagna à Venise l'ambassadeur de Henri II, Morvilliers de Bourges, et fut chargé de porter une lettre du roi au Concile de Trente (1551). Après un séjour de deux années à Rome, temps qu'il employa à faire de savantes recherches à la Bibliothèque du Vatican, Amyot revint en France, et fut choisi par Henri II comme précepteur de ses fils, les ducs d'Orléans et d'Angoulème, qui tous deux devaient être rois. En 1554, Amyot publia sa traduction de Diodore de Sicile. Une nouvelle édition de Thèagène et Chariclée parut en 1569; elle était suivie de Daphnis et Chloé, pastorale de Longus, La même année 1559, paraissait la première édition des Vies de Plutarque; en 1574, seulement, Amyot y ajouta les Œuvres morales du même auteur. — Cependant, son ancien élève, Charles IX, l'avait nommé, en 1560, grand aumônier de France, conseiller d'État et titulaire de plusieurs riches abbayes; il lui donna bientôt après Févêché d'Auxerre; Henri III y ajouta le titre de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. — Les dernières années d'Amyot furent troublées et attristées par la guerre civile. Les Ligueurs d'Auxerre l'accusèrent d'avoir approuvé le mofurtre du duc de Guise par Henri III, et soulevèrent le

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peuple contre lui. Obligé de s'enfuir, Amyot rentra quelque temps après dans son évêché; mais, malade, il ne fit que languir jusqu'au jour de sa mort (7 février 1593). — Dans ses dernières années, il avait abandonné l'étude des auteurs profanes pour celle de la Bible et des Pères ; et il était devenu un remarquable prédicateur.

Ses œuvres. — D' Amyot, on doit surtout retenir la traduction des Vies de Plutarque. C'est là qu'il se montre éminent, à la fois par les qualités de son esprit, le charme de son style et la pureté de sa langue. — D'abord, c'était une heureuse idée, en ces temps où l'énergie humaine se déployait sous toutes ses formes, depuis le fanatisme jusqu'au martyre, depuis la brutalité jusqu'à l'héroïsme, de choisir, pour les vulgariser, ces biographies des plus grands hommes de l'antiquité grecque et romaine. Jamais pareil recueil à'exeniples n'avait été proposé à l'admiration et à l'imitation de la société moderne. Il y en avait de tous genres, grands capitaines, hommes d'État, législateurs, orateurs. Chacun pouvait en faire son profit. Ce n'étaitplus, comme chez les poètes et chez les romanciers, des personnages fabuleux, en dehors ou au-dessus de l'humanité; mais des hommes, dont Plutarque, historien véridique et méticuleux, ne dissimulait pas les fautes, et chez qui Ton pouvait suivre le généreux effort de la volonté en lutte contre la faiblesse humaine. — D'autre part, ces biographies étaient des recueils d'anecdotes, d'historiettes précises et variées, de bons mots, de traits, de maximes; rien d'oratoire ni d'apologétique ; ou, du moins, si Plutarque avait eu l'intention de réhabiliter les Grecs et de les opposer aux Romains, son plaidoyer passait maintenant inaperçu, et laissait indifférents des lecteurs du seizième siècle qui pouvaient, sans arrière-pensée et en dehors des luttes de partis, admirer tout ensemble Alexandre et César, Périclèset Scipion, DémosthènesetCicéron. — Mais, surtout, les défauts de ce sophiste assez pédant que fut le vrai Plutarque, disparaissaient dans la traduction ou, pour mieu:^ dire, dans Vadaptalion d'Amyot. Celui-ci créait de toutes pièces le bon Plutarque. Il lui donnait un tour simple et naïf, qui faisait d'autant mieux ressortir la grandeur des actes ou

des pensées, et qui prêtait à Théroïsme un air d'aisance capable de séduire tous les honnêtes gens.

Amyot rendait aussi grand service à la langue française, en l'obligeant à exprimer tant de conditions diverses, à se faire un vocabulaire guerrier , -politique^ critique^ familier, pour suivre chacun des héros de Plutarque à travers tant d'anecdotes et de particularités. Quelle gymnastique pour notre langue! surtout si l'on se défendait du néologisme, et si l'on voulait toujours puiser auy sources françaises et se régler sur le bon usage. Or, c'est ce que fit Amyot, à la fois le plus riche et le moins pédantesquc des écrivains de cette époque. Et l'on comprend qu'à ce double titre, au dixseptième siècle, l'Académie française et Vaugelas l'aient considéré comme une autorité (I).

Autres traducteurs. — Bien qu'aucun autre traducteur ne puisse se comparer à Amyot, sino i pour l'exactitude (car on sait quelles libertés Amyot prend avec Plutarque), du moins pour le .style et pour l'influence, nous devons cependant nommer : — Claude de Seyssel (1450-1520), traducteur de Diodore, de Xénophon, de Thucydide; — Pierre Saliat (?) qui donne, en 1556, une traduction d'Hérodote, dédiée au roi Henri IL Selon É. Egger, t Saliat trouvait ddns la langue de son temps le précieux mérite de jeunesse et de naïveté qui convenait surtout à un traducteur d'Hérodote. Aussi, à cet égard, n'a-t-il été surpassé par aucun de ses successeurs, auxquels il semble, d'ailleurs, être resté tout à fait inconnu (2) ».

Il faudrait ajouter ici les noms de Baïf, d'Amadis Jamyn, de Rémi Belleau, et de Ronsard lui-même, qui ont donné des traductions de pièces grecques; mais nous en parlons au chapitre du Théâtre.

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