‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 78 sur 323 · II. — Saint François de Sales (1508-1B · texte numérisé non relu

II. — Saint François de Sales (1508-1B

Vie. — D'une illustre famille de la Savoie, François de Sales étudia à Paris, au collège de Clermont et à la 'Sorbonne. Puis il fit son droit à l'Université de Padoue et fut nommé, tout jeune encore, conseiller au Sénat de Chambéry. Maiîs une vocation sérieuse le poussait vers l'état ecclésiastique. Aussitôt prêtre, il fut chargé de missions dans les pays protestants, et il réussit, par son éloquence simple et persuasive, par la douceur toute chrétienne de son caractère, à^ opérer de nombreuses conversions dans le Çhablais (pays de Thonon, Haute-Savoie). En 1596, l'évêque de Genève le prend pour coadjateur. François de Sales fait ensuite un voyage à Paris, et charme la cour, devant laquelle il prêche le carême (1602). Mais Henri IV voulut en vain le retenir. — Nommé évéque de Genève, et résidant à Annecy, François de Sales publia en 1608 son Introduction à la vie dévote. Cependant, la composition de cet ouvrage, dont le succès fut immédiat et s'est prolongé jusqu'à nos jours, n'était qu'un accident dans une existence toute consacrée à la prédication et à l'administration. En 1616, parut son Traité de l'amour de Dieu. François de Sales fit, en 1618, un nouveau voyage à Paris ; il fonda, en 1620, l'ordre de la Visitation avec U^^ de Chantai; et il mourut subitement à Lyon, en 1622.

Ses ouvrages. — L'œuvre très considérable de saint François de Sales comprend : — des ouvrages de controverse contre les protestants, — des Sermons (dont nous n'avons probablement pas le texte original), — des Entretiens spirituels (recueillis par les religieuses de la Visitation d'Annecy, et d'une authenticité souvent discutable), — des Lettres, dont le texte n'offre pas non plus des garanties suffisantes (1), — enfin ses deux plus célèbres ouvrages, les seuls qu'il ait publiés lui-même : V Introduction à la ine dévote (1608) et le Traité de l'amour de Dieu (1616).

L'Introduction à la vie dévote est un de ces livres qui se sont faits d'eux-mêmes, au jour le jour, et qui tirent une partie de leur prix de ce quils ne sont pas proprement un livre. C'est tout simplement la réunion d'une série de lettres de direction adressées, pendant le carême de 1607, à M™^ de Charmoisy, d'Annecy. L'intérêt de ces lettres vient de l'intention même de l'auteur, qui dît dans sa préface : « Ceux qui ont traité de la dévotion ont presque tous regardé l'instruction des personnes fort retirées du commerce du monde, ou au moins ont enseigné une sorte de dévotion qui conduit à cette entière retraite. Mon intention est d'instruire ceux qui vivent en ville, es ménage, en la cour, et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune... » De là, l'immense succès de cet ouvrage ; chacun voulut faire son profit de cette dévotion pratique, et devenir, comme la Philothée à laquelle sont dédiées les lettres, une âme d'élection, sans renoncer au monde. On n'était pas moins séduit par le charme du style, d'une exquise douceur, abondant en figures aimables, en images pittoresques, non sans une pointe de préciosité. — U Introduction se compose de cinq parties : dans la première, l'auteur définit la vraie dévotion et les moyens de la désirer, — dans la seconde, il donne divers avis pour l'élévation de l'âme à Dieu par V oraison et les sacrements, — dans la troisième, divers avis touchant l'exercice des vertus (c'est la plus considérable et la plus pratique ; il n'y a pas dans ces avis moins d'esprit que de sagesse), —

(1) Tous ces ouvrages ont été publiés après la mort de saint Fran<;ois de Sales (1622).

la quatrième est consacrée 3iUx tentations, — la cinquième aux exercices propres à renouveler Vâme et la confirmer en In dévotion (1),

Le Traité de l'amour de Dieu, adressé à Thèotime, est un ouvrage plus profond, au point de vue de la doctrine. La vraie charité y est définie avec une finesse souvent subtile, mais aussi avec force et sûreté. Saint François de Sales y conduit l'amour de Dieu jusqu'aux limites extrêmes du mysticisme orthodoxe ; il s'arrête au point où Fénelon devait le reprendre pour en faire le quiétisme.

Autres écrivains catholiques. Prédicateurs. — Le cardinal Du Perron (155G-1618)est, à rencontre de Calvin, un protestant converti au catholicisme ; il eut à son tour une grande influence sur la conversion de Henri IV. Il est resté surtout célèbre par son oraison funèbre de Ronsard, mais c'était à la fois un érudit et un apologiste; à ce dernier titre, il est un précurseur de Bossuet. — Nicolas Coeffeteau (1574-1623) est connu, lui aussi, par une oraison funèbre, celle de Henri IV. Il ne prit pas une part moins active que Du Perron à la polémique contre les protestants. Au dix-septième siècle, on vantait son Histoire romaine (1621), où Vaugelas aimait à prendre, ainsi que dans Amyot, des exemples qui font autorité. — Aucun prédicateur catholique du seizième siècle, à l'exception de saint François de Sales, ne mérite une place dans l'histoire de la littérature. Le mauvais goût, l'érudition profane, la violence avaient envahi la chaire chrétienne.

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