‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 77 sur 323 · I. — Calvin · texte numérisé non relu

I. — Calvin

Vie. — Jean Chauvin, qui latinisa son nom en Calvinus, d'où sortit à son tour la nouvelle forme française Calvin (cf. Tourneur, Turnebus^ Turnèbe), était né à Noyon. en Picardie, le 10 juillet VSm. De bonne heure destiné à TÉglise, il fit ses études à Paris, au collège de Montaigu, et fut, à l'âge de dixneuf ans, pourvu d'une cure ; mais il n'était pas prêtre, et n'avait reçu que la tonsure. Il se rendit, pour étudier le droit, à Orléans, où il eut pour maître Pierre de l'Étoile ; il suivit à Bourges les leçons du célèbre Alciat, et il y étudia le grec sous Melchior Wolmar. Quand il revint à Paris, en 1532, son premier ouvrage fut un commentaire latin de la Clémence de Sénèque; il était dès lors tout acquis à la Réforme. Cette année-là même, Calvin fut obligé de se soustraire par la fuite aux poursuites édictées contre les protestants, à la suite de la harangue de Nicolas Cop, recteur de l'Université de Paris, liarangue qu'il avait lui-même inspirée.

D'abord réfugié à Orléans, puis à Poitiers, puis à Nérac, Calvin gagne Bâle, d'où il adresse au roi François Y^ (1535) une lettre de protestation contre les supplices infligés aux hérétiques. C'est à Bàle qu'il publie la première édition, en latin, de YInstitutio religionù christianœ. De Bàle, il va faire un séjour à Ferrare, auprès de Renée de France; enfin, en août 1536, il s'établit à Genève, que Guillaume Farel avait convertie à la Réforme. Il y fait sentir si despotiquement son autorité théologique et politique, que les libertins (partisans de la liberté) le bannissent, ainsi que Farel, en 1538. Calvin se réfugie à Strasbourg, où il se marie. Il revient en 1541 à Genève, rappelé par son parti. Et jusqu'à sa mort(1564y il y règne en maître, avec autant d'intol,érance que de dévouement.

V Institut ion de la religion chrétienne. — Calvin remania le texte latin qu'il avait donné en 1536 et 1539, pour en faire

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une édition française qui parut à Strasbourg en 1541 (1). — L'ouvrage est précédé d'une Dédicace au roi de France, François I^*", morceau plein de verve, de logique et d'éloquence^ malgré quelques disparates, et dans lequel Calvin défend la Réforme, au nom de la vraie tradition chrétienne; il réfute également les attaques de ceux qui prétendaient que les Réformés étaient les ennemis de l'autorité royale. L'ouvrage même se divise en quatre parties : — \. De connaître Dieu en titre et qualité de créateur et souverain gouverneur du monde. — II. De la connaissance de Dieu en tant qu'il s'est montré rédempteur en Jésus- Christ. — III. De la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ, des fruits qui nous en reviennent et des grâces qui s'ensuivent. — IV. Des moyens extérieurs ou aides dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ, son fils, et nous retenir à lui.

On remarquera sans peine la saiya.nte gradation de ce plan. Or, chaque partie n'est pas moins logiquement ordonnée. Si bien que l'Institution chrétienne passe à bon droit pour le premier livre vraiment composé que l'on ait écrit en français. — D'autre part, Calvin rendait à notre langue cet immense service d'y verser, en quelque sorte, tout le trésor biblique et théologique. Ces matières, réservées jusqu'alors à la dignité du latin, étaient pour la première fois exposées en langue vulgaire, plus de cent ans avant les Provinciales de Pascal. Le style de Calvin est grave, serré, logique, parfois trivial, souvent éloquent; il manque essentiellement de couleur, et Bossuet le juge triste. Le vocabulaire a peu vieilli; et les idées sont si fortement enchaînées qu'on lit Calvin beaucoup plus facilement que Montaigne (2).

Autres Écrivains de la Réforme. — A côté de Calvin, on peut citer : Guillaume Farel (1489-1565), célèbrepar ses sermons;

(1) Une édition latine, augmentée, parut à Genève en 1539, — et, d'après cette nouvelle édition latine, parut une nouvelle version française en 1560, dont le texte doit être adopté de préférence à celui de 1541. — Morceaux jchoisis, 2» cycle, p. 237.

{2) De Calvin, on a publié récemment l'Excuse au noble Seigneur Jacques de Bourgogne (Paris, Lemerre,1904). C'est un mémoire justificatif, dans lecjuel Calvin, comme les logographcs d'Athènes, fait parler son client lui-même. La logique y est nerveuse et pressante; le protestantisme y est défendu avec mesure et éloquence.

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— Théodore de Bèze (1519-1605), qui écrivit d'abord des vers, puis un grand nombre d'ouvrages en latin, pour la défense de la Réforme. En français, il donna une Wg de Calvin, une Histoire des Églises réformées au royaume de France, et une tragédie biblique, Abraham sacrifiant, jouée à l'Université de Lausanne; — Pierre Viret (1511-1571) a laissé plusieurs dialogues et ouvrages moraux, d'une verve satirique inégale, mais souvent piquante; - DuplessîS- Mornav (1549-1623) fut surnommé le « Pape des Huguenots », à cause de sa science théologique, et dirigea jusqu'à sa mort les Églises réformées de France. Son Traité de la vérité delà rWi^ton cArf'/ienne (1581), composé plutôt contre les* libertins » que contre les catholiques, «st un des meilleurs ouvrages théologiques du seizième siècle.

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