‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 88 sur 323 · SES ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

SES ADVERSAIRES

SOMMAIRE

1" Vers 1600, on est fatigué de la poésie trop érudite et trop fantaisiste des disciples de Ronsard. Le public est disposé à bien accueillir une poésie plus raisonnable et plus simple.

2° Malherbe (1555-1628) commence par imiter Ronsard et les Italiens, puis dégage son originalité dans ses Stances à du Périer, ses odes à Marie de Médicis, à Henri IV et à Louis XIII. — Il réforme la poésie, en réagissant contre l'imitation exagérée des anciens, en imposant l'usage de la pure langue française de Paris, en réglant la versification.

— Son influence est due à la concordance de son énergique talent avec les aspirations de ses contemporains.

3° Ses vrais disciples seront les poètes de la période classique (1660- 1688) ; parmi ses disciples immédiats, Racan et Maynard.

4° Malherbe a des adversaires, dont les plus célèbres sont : — Vauquelinde la Fresnaye, auteur d'un Art poétique (1605), — Desportes

— Bertaut,— M athurin Régnier (1573-1613), auteur de remarquables satires, d'une observation pénétrante, d'un style pittoresque et vigoureux; il attaque Malherbe dans sa neuvième satire dédiée à N. Rapin,

— Théophile de Fiaw (1590-1626), lyrique très personnel, — Saint- Amant., — Cyrano de Bergerac.

Ronsard et la Pléiade avaient déjà réformé la poésie. Pourquoi Malherbe dut-il la réformer encore, et pourquoi cette seconde réforme a-t-elle été plus durable que la première?

État de la Poésie française vers 1600. -r- Nous avons vu ce qu'il y avait, dans les idées et les œuvres de Ronsard, de* raisonnable et de conforme au génie français, et aussi ce qu'il y avait de caduc. Une Joëlle ordonnance, de la force et de la précision, de l'éloquence, du goût pour les idées générales retrouvées chez les anciens et pour le symbolisme mythologique, mais aussi une imitation trop scolaire des Grecs et des Latins, une affectation tout italienne, une langue

LA KliPORME DE LA POÉSIE 311

composite souvent inintelligible auxgensviu monde. Au fond, emporté par son génie propre, Ronsard avait fait violence à Tesprit et à la langue. Ses disciples, les d'Aubigné, les du Bartas avaient exagéré ses défauts. Il en résultait, dans le public, une certaine fatigue qui tourna vite à l'indifférence. De là, le succès de poètes de second ordre comme Desportes et Bertaut, où l'on se plaisait à retrouver des qualités toutes françaises. On tendait alors, dans les idées comme dans la politique, à l'unité et à la règle. Vienne un homme de grand talent, capable de réaliser dans la poésie les mêmes aspirations, il était sûr de plaire. Cet homme, servi par les circonstances, et qui doit sa notoriété beaucoup moins à la valeur intrinsèque de ses œuvres qu'à leur opportunité, ce fut Malherbe.

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