‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 3 sur 62 · DE LA TROISIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA TROISIÈME ÉDITION

Dans des jugements bienveillants sur le quatrième volume, la critique a renouvelé ses premières objections au plan de cet ouvrage. Dire que ce plan a été longuement médité, en un temps où méditer est difficile et peu encouragé, que j'y ai pensé vingt ans, que j'en ai vu quelques bons effets, ce serait mal le défendre. Il faut être Descartes pour avoir le droit de parler du temps qu'un livre a coûté et pour dire à ses critiques « qu'on ne sait pas en un jour ce qu'un autre a pensé en vingt années. » La meilleure défense de mon plan, c'est que le public l'a adopté.

Je n'y fais donc aucun changement dans la présente édition. On trouvera même , au premier volume, des raisons et des faits nouveaux qui le justifient. Non que j'aie cherché des motifs de m'y opiniâtrer : je n'ai voulu que me mettre en paix sur les scrupules que d'habiles juges m'avaient don-

X PEEFACE.

nés . et leur témoigner ma déférence reconnaissante par de nouveaux efforts pour les persuader.

Sauf une addition de quelque étendue, les changements ne portent que sur le détail du style. Je les aurais voulus plus nombreux encore. Je crois, avec Voltaire, que qui ne sait pas se corriger ne sait pas écrire. On a imaginé clans ces derniers temps une autre doctrine : Un auteur, dit-on, se corrige en faisant de nouveaux livres. Se corriger de cette façon n'est pas donné à tout le monde. En tout cas, rendre meilleurs les anciens ne gâte pas les nouveaux ; et Voltaire en est un illustre exemple. Sur ce point donc, je m'en rappporte à lui.

Il est vrai qu'il ne faut rien outrer. On peut, quoique auteur, finir par prendre en dégoût une œuvre trop souvent retouchée; on j)eut l'énerver à force de la polir. A toujours baiser le marbre, on l'use. Mais entre la correction qui met en relief, et la polissure qui efface, il y a un milieu, et, pour qu'un auteur s'y tienne, on peut compter sur ce qui persiste de sa tendresse pour son œuvre primitive jusque dans la sévérité de ses retouches.

Mai 186 S.

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