‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 43 sur 62 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

g I. Explication du jugement de Boileau sur Desportes et Bertaut. — Caractère des poésies de Desportc-s. — S II. Bertaut. — g III. Malherbe. — Caractère général de sa réforme. — g IV. Détails biographiques. — Du caractère et du tour d'esprit de Malherbe. — § V. Détail des changements opérés par ce poète dans l'art d'écrire en vers. — g VI. Perfectionnement de la langue et de la versification. — § VII. Des exemples donnés par Malherbe à l'appui de

sa disciDline.

EXPLICATION DU .TUItEMEN'T DE BOILEAU SUR DESPORTES ET BERTAUT. — CARACTÈRE DES POÉSIES DE DESPORTES.

Boileau continue à tracer ainsi la suite de l'histoire de la poésie :

Ce poète orgueilleux *, trébuché de si haut, Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.

Ce bref jugement sur Desportes et Bertaut n'est pas moins exact que le portrait de Ronsard ; là encore, l'histoire de la poésie ne doit être qu'un commentaire des vers de Boileau.

Desportes et Bertaut eurent peur du vol de leur maître; ils ne le suivirent pas dans l'ode; ils ne se croyaient pas aussi assurés que lui d'échapper au sort dont Horace a menacé les émules de Pindare. Dans cet entassement de mots tirés de tant de sources diverses, ils firent un choix. Plus retenus dans

' Ronsard.

les sujets, ils le furent aussi dans leur style. Le détail où je vais entrer fera voir eu quoi cette retenue a été utile à la langue poétique.

Je ne crois pas sortir du plan de cette histoire, en y donnant place à des noms si évidemment secondaires. Lors môme que la mention d'estime dont les a honorés Boileau ne m'en eût pas fait un devoir la vérité eût réclamé pour eux. H y a une sorte de création dans cette sagesse même qui tint eu bride Desportes et Bertaut, et qui les fit résister à la tentation d'imiter Dubartas, quoique, pendant un temps, celui-ci ne se fût pas mal trouvé d'avoir poussé jusqu'à l'extravagance l'imitation de Ronsard. Ils ont marqué, si même ils ne l'ont pas provoqué, un retour de goût dans le public français ; ils ont rendu plus facile la tâche de Malherbe, qui devait apprendre d'eux à faire mieux qu'eux. De même que daus l'histoire politique il y a des hommes de second ordre, sans lesquels certaines choses nécessaires, et qui subsistent, pouvaient ou ne pas s'accomplir sitôt, ou ne pas s'accomplir du tout ; de même dans l'histoire de la littérature il y a des écrivains qui, pour être nés sans génie, n'en ont pas moins senti les premiers, à certaines époques, le progrès qui se préparait, et ont formé le public pour les écrivains de génie. Ainsi, dans les premiers temps de notre langue, les chroniqueurs rhétoriciens ; ainsi les deux disciples de Ronsard. L'histoire politique doit omettre ceux qui ont subi les événements sans les comprendre, et qui ont ignoré et leur temps

et eux-mêmes ; l'histoire de la littérature doit être fermée aux écrivains qui out porté la livrée soit d'un homme de génie, soit de quelque mode littéraire aussi passagère qu'une mode d'habits.

Ronsard avait donné à la fois des exemples dans la haute poésie et dans la poésie légère, si en faveur à la cour. Près de sept cents sonnets ', outre un bon nombre de petites pièces galantes, prouvent qifil subissait d'assez bonne grâce la mode italienne. Desportes, plus âgé de six ans que Bertaut -, suivit l'exemple de Ronsard dans la poésie de cour ; ou plutôt, remontant jusqu'à Mellin de Saint-Gelais, il en imita la manière, et il en eut l'aimable caractère et la fortune. Mais il perfectionna l'art de ^aint-Gelais avec les doctrines et sous l'influence de la poésie savante de Ronsard.

Un poète des premières années du dix-septième siècle, des Yveteaux 3. témoin du retour de goût qui se marque en Desportes, et de la réforme opérée par Malherbe, parle ainsi de Desportes, comparé aux poètes de l'école de Ronsard :

Lorsque du plus haut ciel les Muses descendues N'avaient qu'en peu d'esprits leurs flammes épandue£,

1 C'est de la modération en comparaison des deux ou trois mille que fit un poète du temps . Le Yirblaneau. sieur d'Ofayel , un de ces hommes à la suite des modes littéraires . et qui les exagèrent jusqu'à la fureur.

- Né à Chartres, en 1545. Desportes mourut en 1606.

r< Né près de Falaise, vers 1560, venu à Paris à la fin du règne de Henri IV, précepteur du duc de Vendôme, puis du dauphin qui fut Louis xiii renvoyé de la cour en 1611. mort en 1649.

De leurs chastes amours les premiers inspirés

Ouvrirent (1 - trésors de la France admirés :

Mais rien n'étant jamais parfait à jance,

Ils ne parent trouver parmi tant d'ignoi

Ce qu'avecque plus d'art les autres ont cherché.

Voyant par les premiers le terrain défriché.

Quand de si peu de mots la France a voit l'usage,

C'étoit être savant que d'avoir du langage.

Bien ne se peut former et polir à la fois ;

Il faut heaucoup de mots pour en faire le choix.

-prits emportoient la gloire tout entière, Si toujours la façon eût suivi la matière ; Hais souvent à leurs vers défailloit la beauté. Comme aux corps qui n'ont rien qu'une lourde santé.

De tant d'esprits confus Desportes nous dégage, Et la France lui doit la règle du langage 1.

Ce jugement est exact, sauf l'excès de la louange, <jue n'évite jamais un admirateur contemporain, et qui mènera des Tréteaux à comparer les poésies de Desportes à la voie lactée. Les vers qu'on vient de lire expriment le sentiment du public lettré d'alors. Après Ronsard, qui avait dû remuer beaucoup d> mots, Desportes fait un choix, il dégage la langue poétique de ce pêle-mêle de toutes les langues; il donne des règles sinon la règle même du langage . comme des Yveteaux l'en loue.

Soit timidité, à la suite des imprudences de Ronsard, soit un peu de goût, il se contenta d'être plus correct et pins raffiné dans l'expression de la galanterie. Ce progrès n'est pas seulement extérieur: le langage ne peut se perfectionner si les idées ne sont pas claires, exactes et délicates.

1 Elégie en tête d'une édition des œuvres de Desportes. 1611.

Pour le fond et le cadre de ses poésies, Desportes suit fidèlement Ronsard. Ronsard avait adressé son premier livre ft Amours à Cassandre, et le second à Marie ; dans Desportes, il y eut aussi un premier livre à? Amours pour Diane, et un second pour Hippolyte. La nouveauté, ce fut d'en avoir fait un troisième pour Cléonice, suivi d'un quatrième pour dir erses beautés qu'il ne nomme pas.

Le recueil adressé à Diane est plein des tourments qu'il a éprouvés au service de cette dame : c'est, dit-il naïvement,

C'est le papier journal des maux que j'ai soufferts.

Diane lui fait connaître tous les maux de la jalousie. Il est jaloux de l'eau qui lui lave les miins, du sommeil qui lui elôù la paupière, du vent qui joue dans ses beaux cheveux et prend des privautés dont il ne peut se trouver content. Il est jaloux de la couleur des vêtements des gens qu'il rencontre. S'ils sont habillés de noir, c'est signe que Diane leur a donné quelque sujet de tristesse ; d'incarnat, c'est aveu de son (France; de vert ou de Lieu, c'est marque d'espérance ou de jalousie.

Le bleu, c'est jalousie, et la mer en est peinte.

Après quatre ans d'un service si rude, dit-il,

Que la peine en tout autre en eût ôté l'envie.... Voyant ses passions si mal récompensées,

il se guérit. Mais à peine a-t-il retrouvé la raison qu'il la perd de nouveau à la vue d'Hippolyte.

... Ainsi qu'un flambeau qu'on ne fait que d'éteindre, Si le feu s' un approche, esl iris :

Dans mon cœur chaud encore un brasier

e bel œil qui le cieux peut contraindre.

Les secondes amours de Desportes sont, comme les premières, fort mal récompensées, et finissent par une absence. Cette Hippolyte qui le voit d'un œil sec brûler sans espoir, c'est, dit-il, Néron contemplant froidement l'incendie de Rome. Lui-même se qualifie ïïaigle des amoureux. Pourquoi ? Parce que, comme l'aigle qui regarde fixement le soleil, il a pu regarder fixement les yeux d'Hippolyte.

J Vsportes n'est pas plus favorisé dans les Amours de ( % onice, dont le dénoûment est le même ; ni dans les Amours diverses^ où, parmi d'innombrables vers sur les tourments du désir, il ne s'en lit aucun sur les douceurs de l'amour partagé. Ce dernier recueil débute ainsi :

Après avoir passé tant d'étranges traverses,

avoir servi tant de beautés diverses, Avoir tant combattu, travaillé, supporté, Sous la charge d'Amour, le guerrier indompté,

nsois à, la fin. rompu de vaut de peine, Avoir eu mon congé de ce grand capitaine, Me retirer chez moi. remporter ma raison... J'avois porté l'ennui d'aimer sans être aimé; J'avois, sans recueillir, pour un autre semé; J'avois souffert la mort qu'on sent pour une absence : J'avois au désespoir fait longtemps résistance ; Le mal qui vient d'être privé

Du grand contentement dés qu'il est arrivé. Puis j'avois soutenu le regret et la rage D'aimer plus qne mon coeur une dame volage ; J'avois été jalonx, insensé, furieux, Portant la glace au cœur et le feu dans les yeux ; Et si quelque autre peine en réserve se treuve, Ainsi qu'il me sembloit, j'en avois fait l'épreuve. Mais ce n'étoit qu'une ombre

Ne non? hâtons pas de plaindre Desportes ; il est si content de souffrir, qu'il ne craint rien plus que d'être -sans tourment :

Je fais un magasin de soucis et de peines.. J'en garde pour le jour et pour l'obscurité,

Xe voulant demeurer sans être tourmenté.

Aussi remercie-t-il je ne sais quelle beauté des Amours diverses, d'être plus infidèle que Diane, plus cruelle qu'Hippolyte, plus volage que Cléonice :

Je vous suis donc, madame, obligé grandement, Puisque, pour vous aimei-, j'ai cet heureux tourment.

Déportes était attaché au duc d'Anjou, depuis Henri III, qui, devenu roi, le combla de bénéfices. Quand ce prince partit pour aller occuper le trône de Pologne, il chargea Desportes de rimer ses adieux aux dames que son départ allait affliger. Le poète fut plus éploré dans ces plaintes de commande que dans les siennes. Il fait dire quelque part au duc d'Anjou :

Qui fera de mes yeux une mer ondoyer, Afin qu'à ce départ je m'y puisse noyer?

Tout, dans ces poésies, roule sur les peines de

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l'amour; tout est mauvais traitements, angoisses; il n'y a ni relâche ni congé dans ce qne les poètes d école appellent le servie!- de l'amonr. Dn resfc ces désespoirs faisaient leur fortune. Desportes leur <lur certainement ses bénéfices, et Bertant pent-être son évêché de Séez. Le malheur dans les amours de tête était on titre assuré aux charges et aux biens d'Église ; aussi se gardait-on bien d'être heureux.

Mais l'esprit français, poli par la Renaissance, eut si sa part dans les poésies de Desportes ; je l'y reconnais à quelques détails gracieux et spirituels. De l'esprit, c'est-à-dire des idées justes, exprimées d'un style piquant, sou recueil en est plus que clairsemé. La grâce y est plus rare ; j'entends par là l'expression naïve de sentiments personnels à l'homme, alors que. pour féconder un sujet imaginaire, il mêle au formulaire de la poésie amoureuse de son temps des émotions qu'il a connues.

C'est à l'imitation italienne qu'appartiennent ces désespoirs, ces alternatives de feu et de glace, ces cœurs

Meurtris, couverts de sang, percés de toutes parts. Au milieu d'un grand feu qu'allument des regards ;

ces vies « ravies par des yeux foudroyants . » ces yeux « où le beau soleil tous les soirs se retire ; » ces plaies incurables, et tout ce détail du martyre amoureux :

les angoisses morteIk-= .

Les diverses fureurs, les peurs contint

Les injustes rigueurs, les courroux véhéments, Les rapports envieux, les mécontentements, etc.;

vaiu exercice, dit naïvement Desportes, auquel il a joué toute son âme.

Il doit à l'inspiration seule quelques vers pleins douceur qui subsistent par la vérité des pen- . et par la nouveauté d'un langage aimable et délicat.

En expiation de tant de fadeurs amoureuses, Desportes 3 à l'exemple de Clément Marot, mais dans un autre esprit, traduisit les Psaumes. Sa version vaut mieux que celle de Marot, et la langue en est nu ans au-dessous des beautés de l'original. Mais l'ouvrage est médiocre, et, s'il doit être compté à Desportes, c'est moins comme un titre poétique que comme un acte de pénitence.

Bertaut ' nous a laissé sur ses premiers essais poétiques quelques détails qui nous aideront à l'apprécier. C'est en lisant Ronsard qu'il se sentit poète : il n'avait pas seize ans. Plus tard, attiré par la douceur de Desportes , il essaya de l'imiter.

Fol qui n'avisois pas que sa divine grâce,

Qui va cachant son art d'un art qui tout surpasse,

i Né à Caen. en 15^0. mort en 1611.

N';i rien si difficile à se voir exprimer

Que la facilité qui le fait estimer.

Lors à toi (à. Ronsard) revenant, et croyant que la peine

De t'oser imiter ne seroit pas si vainc.

Je te pris pour patron ; mais je pus moins encor

Avec mes vers de cuivre égaler les tiens d"or... 1.

En effet, les œuvres de jeunesse de Bertaut sont imitées de Desportes : celles de son âge mûr le sont des poésies savantes de Ronsard. Le recueil des premières se compose de stances, de sonnets, de pièces but les fêtes de la cour, de complaintes, de vers sur des Heures et sur des gants, à l'exemple de Saint-Gelais. Comme il arrive à tous les jeunes gens, Bertaut imitait le poète le plus à la mode et le plus près de lui. Plus tard, il remonta jusqu'aux exemples de hante poésie donnés par Ronsard, et bien lui en prit : c'est dans la haute poésie qu'il a laissé des vers dignes d'être épargnés par Malherbe, dans le temps même que Malherbe biffait Ronsard et Desportes.

Plus de sagesse dans les plans, un emploi plus discret de l'érudition, un meilleur choix de mots, plus d'unité dans le ton, tel est le changement, dans le second recueil de Bertaut 2. C'est un progrès dans la composition et le style, fruit du travail d'un homme de goût, plutôt qu'une veine nouvelle de poésie ouverte par un esprit hardi et fécond. Mais la

je funèbre de Ronsard.

- Ce second recueil se compose de paraphrases de psaumes , de chants funèbres sur les morts royales, de diverses pièces sur des

i levés.

sagesse de Bertaut est quelquefois vigoureuse, et j'imagine que s'il arrivait à Malherbe de s'adoucir, ce devait être pour des vers comme ceux-ci, sur la justice de saint Louis :

Lui voyant ces abus ouvrir ainsi la porte Aux lamentables maux que l'injustice apporte, Le bon droit ne servir, le tort ne nuire en rien.... .Mais la seule faveur, sous une robe feinte, Régner es jugements sur la raison éteinte: La justice, au palais, sa balance employer A peser, non le droit , mais l'argent du loyer : L'ignorance élevée aux dignités suprêmes... '.

Plus loin, la charité du saint roi n'inspire pas moins heureusement le poète :

Maints rois s*armant les bras d'un fer victorieux

Rendent par l'univers leur renom glorieux,

Brident de saintes lois la populaire audace,

Laissent de leur prudence une étemelle trace.

Et gagnent tout l'honneur qu'on s'acquiert ici-bas

Par les arts de la paix et par ceux des combats :

Mais peu daignent tourner leur superbe paupière

Vers le pauvre étendu sur la vile poussière,

Et penser qu'en l'habit d'un chétif languissant

C'est Christ, c'est Chiist lui-même, hélas ! qui. gémissant,

Se lamente à nos pieds de la faim qui l'outrage.

C'est cette pitié qu'avait saint Louis. On le voit aider du fruit de ses épargnes

.... La triste veuve à qui l'heur d'être mère Et oit sujet de plainte et surcroît de misère;

1 Panégyrique de saint Louis

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Eacheter des captifs ; doter la chasteté De la vierge nubile, à qui la pauvreté llefusoit un mari, fatdssant en tristesse La misérable fleur de sa verte jeunesse.

Il y a un accent de mâle éloquence dans cette apostrophe aux rois qui accablent leurs sujets d'impôts, et qui « boivent le sang du peuple dans des vases dorés » :

Mauvais pasteurs du peuple, écorchez vos troupeaux, Pour changer en draps d'or leurs misérables peaux. Pensez-vous que le ciel, qui hait la tyrannie, Favorise la vôtre, ou la laisse impunie ? Non, non, il détruira votre injuste pouvoir, Et faisant contre vous vos sujets émouvoir, Ce courroux punisseur qui les règnes désole... Brisera votre sceptre orgueilleux de tributs, Yous en ôtant l'usage en haine de l'abus ; Ou bien il maudira les cruels artifices Qu'inventent vos flatteurs pour nourrir vos délices, Et fera que , votre or fondant en votre main, Plus vous dévorerez , et plus vous aurez faim.

Ailleurs, parlant du plaisir pieux que trouvait saint Louis à lire les Ecritures, et comparant son respect pour les livres sacrés au respect d'Alexandre pour les poèmes d'Homère, il dit :

Il les tenoit enclos comme un riche trésor Dans un coffre odorant de cèdre et de fin or ; Il les vouloit nommer la fleur de ses délices, L'aiguillon des vertus et la bride des vices. Que si le soin public lui laissoit du loisir, 11 ne l'employoit point en un plus doux plaisir Qu'en celui que le fruit d'une étude si sainte Fait savourer aux cœurs où Dieu grave sa crainte.

Presque tout ce Panégyrique est écrit du même ton . Les pensées en sont choisies, la plupart élevées; l'expression en est abondante et ferme. Il mérite d'être lu, non seulement pour sa date, mais pour la justice de l'éloge, en tous points conforme à la vérité historique ; pour l'onction chrétienne de certains passages, et pour la langue enfin qui en est forte et saine. Il n'est pas lu pourtant, et peut-être le titre même en est-il ignoré. Est-ce un oubli injuste, et y a-t-il sujet de réclamer pour une gloire méconnue ? Nullement. Les plus grandes beautés du recueil de Bertaut suffisent seulement à motiver le jugement de Boileau. Le mérite de ce poète est moins d'avoir ajouté que d'avoir effacé. Il a été plus sage qu'inventeur ; et même après ces perfectionnements , qui l'ont rendu digne d'être nommé dans l' Art poétique, trop de choses restaient à faire pour qu'on accorde plus que de l'estime à ce qu'il a fait. C'était trop peu d'avoir été plus retenu que Ronsard; il fallait, non se préserver de ses excès en l'imitant, mais rétablir l'image même de la poésie, que ses doctrines et ses exemples avaient défigurée. Il fallait, en un mot, non le corriger, mais le renier. Le succès daus cette entreprise devait donner la première gloire poétique durable : cette gloire fut celle de Malherbe.

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