HIST. DE LA LITTÉR. — T. I
Ho HISTOIRE
déclarer la guerre, un conseil militaire, une fête pompeuse, un banquet, avec le trouvère ou le ménestrel au dessert, plusieurs grandes batailles. Ce n'est pas tout : on blâme ces poètes de ne se point appliquer à rendre leur langue correcte et régulière ; de manquer de la patience qui cherche, jusqu'à ce qu'elle la trouve, l'expression claire, vraie, pittoresque; de nous présenter une succession anarchique de langues diverses, plutôt qu'une même langue qui se règle et s'enrichit; enfin, pour dernier grief, de préférer la vogue à la gloire. Voilà, certes , de quoi contenter les plus difficiles en fait de beauté littéraire, et les plus scrupuleux sur la question des rangs dans la hiérarchie de l'art.
Pour mon compte, j'estime qu'on dit de nos poètes primitifs trop de bien et trop de mal. On juge ces aimables enfants poètes, comme s'ils s'étaient volontairement mutinés contre des règles promulguées et connues. On leur en veut de n'avoir pas eu de goût, comme si le goût n'était pas un fruit de la maturité des nations. On leur reproche de n'avoir pas aimé la gloire, comme si l'amour de la gloire ne naissait pas de la connaissance même des conditions auxquelles la gloire s'acquiert. Nos trouvères ne sont pas si coupables ; il leur a manqué ce qu'ils n'étaient pas maîtres de se donner : il leur a manqué le génie.
§ Il