HIST. DE LA LITTÉR. — T. I
anciennes autant qu'il put, sinon qu'il voulut. L'imitation fut une traduction. Il prit au mot ce dédain du profane vulgaire, dont se vante Horace, et, pour rendre la poésie inaccessible, il la hérissa de mots péclantesques , qui la protégeaient contre les regards de la foule. Fidèle d'ailleurs au principe de du Bellay sur l'imitation des modernes, il avait payé à l'école d'Italie un tribut de sept cents sonnets.
Quant aux moyens d'enrichir la langue, outre les mots d'origine grecque ou latine, la technologie des métiers, celle des exercices et des amusements de la noblesse, il avait fait appel à tous les patois pour former la langue française, à peu près comme un homme d'Etat qui eût ressuscité toutes les souverainetés féodales pour en former la monarchie. Le résultat de cette théorie avait été de mettre toute la poésie dans les mots, et de faire de l'art d'écrire en vers un pur mécanisme.
Il fallait donc, pour fonder ce grand art, rendre à l'esprit français son indépendance, le délivrer aussi bien de la superstition de l'antiquité que de la livrée des modernes , de Pindare que de Pétrarque.
Il fallait instituer une langue générale au siège même de la monarchie ; et, comme celle-ci s'était établie sur les ruines de la féodalité , établir celle-là sur la ruine des patois provinciaux.
Il fallait rendre la poésie populaire, appeler le plus grand nombre aux pures délices et aux sévères
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enseignements de l'art ; trouver, pour nn pays encore partagé en classes, une langue qui ne fût ni au-dessous de la délicatesse des classes élevées, ni au-dessus de rintelligence de la foule, une langue commune à la cour, à la ville, au peuple.
Après cette réforme générale, il y avait à opérer une réforme de détail, dont Desportes et Bertaut devaient faire les frais, leur sagesse étant mêlée de timidité, et leurs perfectionnements pleins de défauts. Il fallait, non plus triompher des extravagances de Ronsard, — c'était devenu trop facile, — mais découvrir dans l'ordre, clans la mesure, dans le langage plus choisi de ses deux disciples, les vices secrets que recommandait la modestie même de ce commencement de réforme. Il fallait créer la critique de détail, et en quelque sorte inventer le goût , qui n'est que le jugement appliqué aux détails des ouvrages de l'esprit.
C'eût été trop peu d'opposer des théories, même excellentes, à une forme de poésie en possession de la faveur. Il fallait consacrer les nouvelles règles par des modèles.
Ce fut l'œuvre de Malherbe. Et c'est le sentiment de la nécessité comme de la grandeur de ce rôle qui fait dire à Boileau, avec un accent si vrai :
Enfin Malherbe vint !...
§ IV