MALHERBE. — ESPRIT DE SA RÉFORME
Boilean salue l'arrivée de Malherbe comme une sorte d'avènement.
Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Et réduisit la muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber. Tout reconnut ses lois, et ce guide fidèle Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle. Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté, Et de son tour heureux imitez la clarté.
Tout, dans ce jugement, est considérable; tout porte coup. C'est la théorie même de l'art d'écrire en vers, rédigée par Boileau, au nom de tout le dixseptième siècle. Pesons-en chaque expression : cela vaut mieux que de revendiquer quelque vaine liberté dont Malherbe et Boileau n'ont pas eu de souci. En fait d'art, comme en fait de morale, il est bien plus pressant de venir en aide à la discipline qu'à la liberté.
Qu'on se rappelle les excès de l'école de Ronsard, timidement corrigés par Desportes et Bertaut. Du Bellay avait convié nos poètes à l'imitation de l'antiquité. Ronsard l'entendit de l'imitation matérielle ; il en copia les formes, il francisa les langues