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CHAPITRE CINQUIÈME

De l'influence de certaines institutions sur le perfectionnement de l'esprit français et sur la langue. — § I. Fondation de l'Académie française. — § II. Vaugelas. — S III. De l'excès de l'esprit académique. — Les puristes. — g rV". Port-Royal des Champs. — § V. Le grand Amauld et Nicole. — ,S VI. La Grammaire générale raitonnée et la Logique de l'ort-Romt.

DE L'INFLCEXCE DE CERTAINES IXSTITrTIOX.S SUR LE PERFECTIOS- KEMEST DE L'ESPRIT FR.VNÇ.\IS ET SUR L.\ LANGUE.

Après la gloire d'avoir donné les premiers modèles de l'esprit français et de la langue dans leur perfection, vient l'honneur d'avoir, par des ouvrages de doctrine, initié le gros de la nation aux raisons et comme aux secrets des beautés de ces modèles.

L'ordre des temps ajoute au mérite des hommes qui ont rempli cette tâche dans notre pays ; c'est dans l'intervalle du Discours de la méthode aux Pj'ovinciaJes que s'achève cette sorte d'éducation du goût national.

Les écrivains qui en ont été comme chargés par la force des choses, ont tiré leur plus grande valeur de deux institutions dont l'une subsiste encore, et diiut l'autre a survécu dans des écrits excellents, l'Académie française et Port-Royal.

On ne considère ici Port-Royal que comme une compagnie où, parmi les occupations de j)iété, on

donnait du temps anx études profanes et aux lettres, et où Ton rédigeait en commun de très bons écrits. Mais, bien que la fondation de Port-Rojal, comme institution de piété, soit antérieure à la création de l'Académie française, celle-ci ayant commencé la première la tâche de former le goût du public, c'est son influence quïl convient en premier lieu d'apprécier.

FOXDATIOX DE L'ACADÉMIE FRAXÇAISE.

L'esprit académique a eu tout d'abord dans notre pays un caractère particulier; c'est un esprit de discipline, de règle, de choix. On voit des personnes instruites se réunir en compagnie, non pour amuser leur curiosité du spectacle de leurs dissemblances , ni pour se faire réciproquement les honneurs de leurs productions, mais pour se mettre d'accord sur ce qu'il faut penser des ouvrages d'esprit , et sur l'art d'en composer de durables.

L'institution de l'Académie, en France, c'est la règle et le gouvernement introduits dans la littérature, et, chose admirable! dans le même temps que l'ordre et l'administration s'introduisaient dans l'Etat. Voilà pourquoi l'idée n'en est pas venue au seizième siècle, quoique l'Italie nous eût donné l'exemple de quelques sociétés académiques, et qu'il fût de mode d'imiter tout ce qui se faisait dans ce pays. Le temps n'était pas encore arrivé

de discipliner la littérature, d'instituer des règles, de choisir. Les amis de Ronsard, tour à tour la Brigade pendant qu'ils faisaient la guerre à l'école de Marot, et la Pléiade quand ils furent les. maîtres, ne se réunissaient pas pour se mettre d'accord sur des doctrines. Il ne sortait de cette confraternité que des éloges, donnés peut-être de bonne foi, mais très certainement à titre de réciprocité, à des poésies médiocres. Incapables de se faire une idée de la perfection, ils se crurent parfaits, et se mirent au ciel de leurs propres mains. On se rappelle ay€C quelle brutalité Malherbe les en délogea.

C'est dans la petite chambre de Malherbe que naquit le véritable esprit académique, cet esprit de discipline et de choix qu'Henri IV appliquait au gouvernement et à la société civile. Les entretiens du poète réformateur avec ses amis roulaient (exclusivement sur l'art d'écrire. Au lieu d'un vain échange d'éloges ]>rodigués à de méchants vers, il y eut, entre les hôtes de la petite chambre, un échange efficace de conseils et de remarques sur les défauts de chacun. On sait avec quelle jalousie Malherbe y tenait l'emploi de président, et dans quels termes énergiques il rendait ses arrêts. Luimême est le premier de nos poètes qui ait choisi, qui ait eu du goût, qui ait fait des sacrifices à une raison générale, qu'il connaissait d'instinct avant qu'elle se fût clairement manifestée. Les sujets, les pensées, les tours, les mots, tout était contrôlé d'après cette règle , éprouvé à ce sens commun par

lequel les hommes, si difFéreuts d'immeur et d'esprit, se ressemblent et se mettent d'accord. Cliacmi restait libre de suivre son génie particulier, et de se porter vers les genres qui l'attiraient; mais ce génie devait se régler sur l'image qu'ils s'étaient faite du génie de la nation; ces genres devaient s'accommoder des convenances générales au nom desquelles Malherbe avait condamné presque tous ses devanciers. Pour la lauo^ue, on ne l'imao-iuait pas, on la tirait du peuple même; le j)lus habile était celui qui se servait le mieux de la langue de tous.

Après la mort de Malherbe, quelques-uns de ses interlocuteurs, Eacau, Maj-nard, recommencèrent les entretiens de la petite chambre chez Conrart, savant protestant , et compilateur d'esprit. Ils s'y réunissaient chaque semaine, dans l'après-midi, h cause du peu de sûreté des rues le soir. Ils se communiquaient leurs écrits, dit Pellisson, et s'en donnaient librement leur avis. « Le cardinal de Richelieu, ajoute-t-il, qui aimait les grandes choses, et surtout la langue française , en laquelle il écrivait lui-même fort bien, vit dans la société Conrart le germe d'une grande institution, et un moyeu de gouverner la langue par un conseil régulièrement établi. Il lui fit offrir de se changer en une académie, et de préparer la forme et les lois qu'il serait bon qu'elle reçût à l'avenir K » Ils y résis-

1 Histoire de V Académie française.

tèrent (raboid, par Tesprit d'indépeiidauce propre aux oons de lettres, et par crainte de se mettre en servitude eu s'agraudissant. Mais le cardinal devenant pressant, il fallut céder à l'homme à qui tout cédait; ils finirent par lui adresser une lettre où ils développaient le plan qu'il avait conçu.

Dans cette pièce admirable . ils déterminent leurs fonctions par l'idée même qu'ils se fmt de la langue française, « laquelle, disent-ils, plus parfaite déjà « que pas une des langues vivantes , pourrait bien « enfin succéder à la latine, comme la latine à la « grecque, si on prenait plus de soin qu'on n'avait « fait jusqu'ici de l'élocution, qui n'était pas, à la « vérité, toute l'éloquence, mais qui en faisait une « fort bonne et fort considérable partie. » Il ne s'agit donc pour eux que de l'empêcher de manquer à cette grande destinée, de l'épurer et non de la créer, et, comme ils le disent avec une naïveté énergique, de « la nettoyer des ordures qu'elle avait contractées, <c ou dans la bouche du peuple , ou dans la foule t< du palais et dans les impuretés de la chicane , ou « par les mauvais usages des courtisans ignorants, « ou par l'abus de ceux qui la corrompent en écri- (( vaut, ou par les mauvais prédicateurs % » Ils se tiennent dans les bornes d'une institution réelle et pratique, n'outrant rien , ne s'exagérant pas leur autorité , n'entreprenant ni sur la liberté ni sur l'originalité des esprits. Ils ne se donnent des droits que

1 Histoire de l' Académie française.

- Ibid.

sur les abus, et à la conditiou de se mettre d'accord. Du reste, ils ne s'exemptent pas eux-mêmes de cette censure publique. Ils s'engagent à examiner leurs propres ouvrages, le sujet, la manière de le traiter, les arguments , le style , le nombre et chaque mot en particulier. Plus tard, par un règlement spécial, voulant se défendre de l'illusion des lectures, ils décidèrent qu'on ne lirait aucun discours dans la compagnie, sans en apporter en même temps l'analyse à part, afin que l'Académie pût juger du corps aussi exactement que des parties.

Les fonctions réglées, il restait à ajouter au titre d'académie, proposé par Richelieu et accei^té, l'épithète qui convînt le mieux au rôle de la compagnie. Les académies de l'Espagne et de l'Italie leur offraient de mauvais exemples. Là, les compagnies littéraires tiraient leur nom , soit d'une localité , soit d'un genre d'études particulières, soit du caprice des fondateurs. Pellisson loue avec raison la nouvelle compagnie d'avoir évité ces titres ou trop particuliers, ou ambitieux, ou bizarres, et de s'être intitulée tout simplement : Académie française. Les futurs académiciens n'y virent eux-mêmes que la qualification la plus modeste et la plus propre à leurs fonctions. C'était en même temps la plus haute qu'ils pussent prendre. Un titre pris du lieu où ils habitaient, de Paris, par exemple, en eût dit trop peu. Paris, en fait de langue, c'est plus que les provinces ; mais la France, c'est plus que Paris. Ils allaient plus loin que Malherbe qui s'était borné

à opposer la langue de Paris au patois des provinces. L'Académie fraur-aise, c'était la représentation officielle de l'esprit français.

Les lettres patentes par lesquelles Louis XIII institua l'Académie française consacrent sa principale fonction, ce qui est, disent-elles, d'établir des règles certaines pour le langage français , et de le rendre capable de traiter tous les arts et toutes les sciences. » Ces lettres, données en 1635, ne furent enregistrées au parlement qu'en 1637, sur les injonctions du cardinal. Le parlement n'avait pu voir, sans jalousie, l'institution d'une sorte de juridiction nouvelle sur les plus hautes productions de l'esprit. Tel paraissait être en effet le caractère de cette fondation, et c'est ce qui en fit une nouveauté, non seulement pour la France, mais peur l'Europe civilisée.

Il est remarquable, eu effet, que dans les deux pays qui ont connu avant nous la gloire des lettres, l'Espagne et l'Italie, la fondation des académies soit postérieure à la belle époque de leurs littératures. En France, au contraire, l'institution de l'Académie française semble ouvrir le dix-septième siècle; et, sauf le Discow'S de la mi'thode et le Cid, qui parurent vers le temps de son établissement définitif, les plus beaux monuments de notre littérature sont postérieurs à cette fondation. Je n'en veux pas conclure que l'Académie française les ait suscités , ni que ses décisions sur le langage eussent produit des chefsd'œuvre. Il ne semit pas plus vrai de lui en

douner la louange, que de lui contester toute influence sur les auteurs. Ce que je note ici, c'est qu'une institution qui nous est commune avec toutes les nations littéraires de l'Europe moderne, chez celles-ci vient après les modèles , et chez nous vient avant, en sorte que l'esprit français semble faire d'avance ses conditions à tous ceux qui prétendront en donner dans leurs écrits des images ressemblantes.

Comment croire que la seule cause de cette différence soit une idée heureuse venue à l'esprit du cardinal de Eichelieu? Il agrandit l'institution, mais il la trouva toute faite. L'esi^rit académique était né avant l'Académie. Le grand ministre en sentit lui-même les effets tout le premier, alors qu'ayant changé quelques phrases dans la lettre que lui avait adressée , sur son invitation , la société Courart, il lui fut dit que si ces changements étaient un ordre, la compagnie y déférerait; mais que les phrases, dans leur première rédaction, avaient paru à tous les membres assez nobles et assez françaises. Au reste , Richelieu eût-il eu tout seul riionneur de la pensée et de la fondation , le fait d'une institution publique de langage antérieure aux plus beaux monuments de la littérature n'en serait pas moins un fait caractéristique, particulier à notre pays.

La règle en France a donc précédé les chefsd'œuvre; la discipline a prévenu la liberté. Nos écrivains ont été bien avertis que la langue n'est

point leur propriété particulière, et que, de même qu'il ne faut rien penser qui ne soit conforme à l'esprit de la nation, il ne faut rien écrire qui ne soit conforme à sa langue. Le génie dans notre pays c'est la réunion, dans un seul homme, de tout ce qu'il y a de bon sens répandu dans tous ; la langue écrite de génie, c'est celle que parle chacun de nous quand il est dans la vérité. Les écrivains les plus originaux de notre littérature ne sont pas ceux qui ont secoué les règles de langage établies par l'Académie, mais ceux qui en ont étendu et multiplié les applications, et qui ont été créateurs par l'analogie, cette carrière presque sans bornes, où le génie peut marcher en avant sans risquer de s'égarer.

Chez les autres nations, qui ont possédé avant nous , ou fondé après nous , sur notre modèle , des institutions académiques, ces compagnies se sont formées sous l'influence d'un autre esprit. Il ne s'agissait plus d'établir les règles de la langue ; on les avait reçues des écrivains supérieurs : la fonction de ces académies a été de les conserver. En Italie, la fameuse académie deUa Crusca faisait des commentaires et des critiques des principaux auteurs italiens. L'académie espagnole se fonda en 1714. quand il n'y avait plus de littérature espagnole, sur le jjatron de l'Académie française apporté par Philippe V, parmi les instructions de Louis XIV. Eu Portugal, V Académie dit langage est postérieure de

plus d'un siècle au seul écrivain de génie de ce pays, le Camoens, dont elle défendit la langue contre l'influence de la littérature espagnole en décadence. Ces académies ont été dès l'origine des corps conservateurs. L'Académie française a seule été un corps fondateur ; et c'est peut-être parce qu'elle a eu la gloire d'établir les règles, qu'elle n"a pas toujours assez estimé le modeste honneur de les maintenir.

Ce qui donna confiance en l'institution nouvelle, c'est la parfaite mesure qui marqua tous les actes relatifs à sa fondation, et ses j^remiers travaux. On n'y voit percer aucun esprit de domination sur la langue, ni cette prétention de tout régenter, que lui reprochaient certains auteurs laissés en dehors de ses premières listes. La résistance modeste de la petite société à devenir une académie; le soin de se réduire à la fonction de nettoyer la langue des défauts qui la gâtaient ; l'adoption du titre à^ Académie française comme le plus propre à cette fonction ; une modération qu'inquiète, sans la corrompre, l'impatience du cardinal fondateur ; tout cela prouve qu'il y avait, au fond de cette institution, une vérité supérieure et générale qui dominait les volontés particulières. L'Académie française rendait le plus beau témoignage du caractère pratique de notre littérature par le spectacle d'esprits très divers, presque tous gâtés par les louanges, subordonnant leur tour d'esprit particulier à l'es-

prit de la compagnie, et, du sacrifice des vanités individuelles à une raison commune, faisant sortir des actes pleins de sagesse et d'équité.

Cette sagesse et cette équité paraissent dans une pièce dont presque toutes les observations sont justes, quoiqu'elles n'y soient pas toutes également nécessaires, et que la condescendance jiour Richelieu y ait rendu l'éloge trop timide. Je veux parler du jugement sur le Cid, qui ne fut peut-être pas inutile à Cmna. Quoique Boileau ait dit,

Au Cid persécuté Cinna dut sa naissance ',

ce n'est pas la j^ersécution qui anime le génie ; ce sont plutôt les réserves que font les hommes d'un jugement sain, et le prix qu'ils mettent à la gloire. L'injustice décourage; mais ime justice froide, qui ne s'étom-dit pas des beautés et ne s'irrite point des défauts, est un puissant aiguillon jîour les hommes supérieurs, secrètement d'accord avec ceux qui les jugent. Corneille, en répondant aux observations sur le Cid par Cinna, Horace, Polyevcte, ])rouva qu'il ne les avait point dédaignées. 11 fut moins heureux quand sa gloire ne fut plus contestée, et qu'au lieu de juges défiants auxquels il fallait arracher un éloge, il eut afi'aire à des amis prévenus, qu'il pouvait contenter avec les négligences de son génie.

Sur ce célèbre examen du Cid, je suis de l'avis

1 Epitre à Racine.

de Pellisson. Il y loue « la solidité des observations, beaucoup de savoir et d'esprit, sans aucune aiFectation ni de l'un ni de l'autre ; des termes choisis, mais sans scrupule et sans enflure, et des mots qu'on disait bannis par l'Académie, employés où il était nécessaire, pour protester contre le reproche d'innovation ^. » Ou peut regretter de n'y pas trouver cet étonnement naïf et généreux qui nous saisit encore aujourd'hui à la vue de ces beautés si neuves et si charmantes, de ces vers si vigoureux et si délicats, de toutes ces grâces de la jeunesse dans le génie et dans les personnages qu'il crée. Mais l'Académie n'avait point à faire valoir les séductions de la pièce ; son rôle était de défendre contre les défauts du Ciel le goût public , qui se formait pour les beautés de Cinna et de Pohjeuctc. D'ailleurs, par la résistance qu'elle fit au cardinal, avant dépendre ce jugement, par la lenteur qu'elle mit à eu donner connaissance au public, elle témoigna clairement que si elle relevait des défauts, c'était dans un objet admiré.

Je n'aime pas moins les décisions que prit successivement l'Académie, pour que le sentiment commun prévalût toujours sur le sentiment particulier, et ne l'opprimât point, et j'admire la juste mesure qu'elle sut garder entre les droits de l'esprit français et ceux de l'écrivain. Elle eut à cet égard à résister à quelques superstitieux de so

1 Histoire de }' Académie française.

principe. (iui voulaient immoler en toutes circonstances l'écrivain au public, et se montraient plus académiciens que TAcadémie. Ainsi Jean Firmond, quoique liomme de mérite et d'un jugement solide, avait proposé que les académiciens fissent serment d'employer les mots approuvés par la pluralité des voix dans l'assemblée. C'était aller trop loin. L'Académie refusa cet excès de pouvoir ; elle laissa chacun libre d'employer tels termes qu'il voudrait, et de n'user des mots approuvés par le corps que s'il les jugeait les plus propres à rendre ses pensées. Toutefois, elle insinua sagement que l'emjDloi d'un terme repoussé par la pluralité des voix pouvait être au moins périlleux.

Ce qui suit n'est pas moins sage. Gombauld avait demandé si un académicien, faisant examiner un ouvrage par la compagnie , serait tenu d'en suivre les sentiments. Il fut résolu « que l'on n'obligerait personne à travailler au-dessus de ses forces, et que ceux qui auraient mis leurs ouvrages au jioiut qu'ils seraient capables de les mettre, en pourraient recevoir l'approbation, pourvu que l'Académie fût satisfaite de l'ordre de la pièce en général , de la justesse des parties et de la pureté du langage. » De cette façon, l'Académie n'empêchait pas plus l'invention qu'elle ne l'imposait : elle ne demandait aux écrivains que les qualités essentielles, d'obligation, sans lesquelles un écrit est mauvais et l'auteur de cet écrit ridicule. Elle voulait de la raison, de l'ordre, un langage exact. Elle faisait comme

le moraliste raisonnable qui demande aux hommes d'être, non des héros, mais des gens de bien.

Je sais qu'à la distance où nous sommes de la fondation de l'Académie française, ajirès tant d'effets de cette force irrésistible qui emporte et renouvelle tout ce qui est de l'homme, une institution, chargée de fixer les règles du langage, nous peut paraître chimérique, et sa sagesse même la marque la plus sensible de son impuissance. Cette institution, en effet, n'a rien fixé, ni rien empêché. Peut-être même aurait-on le droit de lui reprocher d'avoir été, à certaines époques, de complicité avec ce qui détruit les littératures et les langues, je veux dire la mode. Trop souvent cet esprit collectif qui en a fait, à l'origine, un corps imposant et influent, malgré la médiocrité individuelle de plusieurs de ses membres, n'a été que l'accord de gens complaisants en faveur de méchants écrits et de méchants auteurs. Aussi, n'aurai-je plus à en parler dans la suite de cette histoire, l'Académie française ayant plus ordinairement reçu qu'imprimé depuis lors l'impulsion littéraire. Mais la pensée qui lui a donné naissance et l'esprit de ses premiers travaux la rendent digne d'avoir une place parmi les choses qui durent ; cette pensée et cet esprit ont compté parmi les forces de l'e' '^ ^''ançais à cette époque, et même en cessant de le servir, ils n'ont pas cessé de lui être conformes.

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