‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 31 sur 38 · IX · texte numérisé non relu

IX

DES GEXRE3 ET DES ÉCRIVAINS QUE LOUIS XIV A MOIXS GOÛTÉS. ET s'il EST JUSTE D"APPELER LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE LE SIÈCLE DE LOUIS XIV.

D'autres écrivains du dix-septième siècle ont senti l'influence du gcurernement plus que celle de la personne : ainsi la Rochefoucauld, M™*^ de Sévigné, la Bruyère; et jiarmi les poètes, la Fontaine. La société, telle que l'avait faite Louis XIY, a inspiré les premiers, et les mêmes causes générales qui ont donné à Molière un théâtre ont fourni des personnages à la Fontaine pour son ample comédie

1 Lettre au père C^ff.i.ro, sur le Théâtre.

DR LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. i-2b

à cent acTt-.s divers, comme il appelle ses fables. Mais le roi goûta peu ceux cVentre ces écrivaius que leur condition approchait de sa personne ; pour les nutres, il ne les connut pas. Les souvenirs de la Fronde lui avait-ut laissé un fonds de défiance contre la Rocheioucauld. La liaison de M°"" de Sévigné avec Fou(pU't, peut-être la défiance du bel esprit, qu'il n'aimait pas plus que l'esprit de faction, l'empêchèrent de goûter le plus aimable génie de son époque. Il ne paraît pas avoir aper<u la Bruyère, dans ses modestes fonctions auprès de M. le Duc . d'où l'auteur des Caractères observait la cour sans s'y faire voir, et la ville sans s'y mêler. Pour la Fontaine, si Louis XIV ne l'attira pas à la cour malgré les charmantes flatteries du fabuliste , c'( t moins par l'esprit de dévotion , qui ne fut dominant qu'après la publication des Fables, qu'à cause des mœiir;: abandonnées du bonhomme. Peut-être aus&i. par la même erreur de goût qui lui faisait dire d'uue pièce «lécorée de peintures flamandes : « Otez-moi ces Chinois de paravent, » ne comprit-il pas le naturel sans la majesté, ni la grandeur dans les petites choses. Enfin, le vieux français, qui s'est fait sa part dans la Fontaine et qui s'y est perpétué, u'aurait-il pas paru suranné à celui que l'abbé de Choisy qualifie (le Roi de la langue?

Louis XIY ne goûta pas non plus Malebranche ni Fénelon. Il n'aimait point les pures spéculations de l'esprit, et, dans la métaphysique comme dans la religion, il ne souffrait que ce que peut en comprendre

le Lou sens d'im liomme éclairé. Malebranclie avait d'ailleurs le tort de susciter des disputes. Pour Fénelou, rien ne devait plus déplaire au monarque absolu que ce mélange de subtilité et d'inquiétude, dans un esprit supérieur porté aux chimères , et dans un homme d'église occupé de plans de gouvernement. Au reste, la même répugnance pour tous les excès d'esprit le rendit aussi ennemi, en matière de religion, des raffinés que des libres penseurs. Le même exil vit le grand Aruauld et Bayle emportant avec eux, l'un la doctrine de la grâce, l'autre le doute raisonné qui allait devenir l'incrédulité du dix-huitième siècle.

Malgré ces inégalités de la faveur de Louis XIV l)our les lettres et les écrivains, c'est à la fois d'instinct, et par un sentiment d'équité, que la France a rapporté à ce prince la grandeur littéraire de son temps. Le titre de Siècle de Louis XIV s'entend surtout de la gloire des lettres ; car, i30ur la politique, outre qu'il y a là matière à contester, l'appréciation en appartient j^lus à l'histoire qu'à l'instinct populaire. Ce titre ne s'est pas glissé dans la langue généi-ale par hasard, ni sur la seule foi de Voltaire, qui l'a mis en tête de son histoire du règne de Louis XIV. Le même Voltaire a dit : le Siècle de Louis XV; cette qualification n'a pas 2)révalu. Pourquoi dit-on le Siècle de Louis XIV ? Parce que le roi conduit le siècle. Pourquoi dit-on ]e Dix-huitième siècle? Parce que le siècle efi'ace le roi. Xe changeons rien à ces dénominations populaires ; et quand nous voyons les pins

li^rands esprits de cette époque fameuse, lesquels en étaient aussi les plus houiiêtes gens, rivaliser à qui fera de Louis XIV le portrait le plus ressemblant, et ceux qu'il néo'ligcait lui donner les mêmes louanges que ceux (ju"il favorisait, tenons pour vérité leur commun témoignage, afin de ne pas les sus])ecter d'avoir été ses flatteurs, les uns par reconnaissance, les autres par ambition.

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