‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 166 sur 196 · LA LITTÉRATURE SOUS LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE SOUS LA RÉPUBLIQUE

principaux rédacteurs, il stigmatisait avec l'énergie de l'honnêteté indignée l'impudente immoralité d'une foule de femmes de Paris; il dénonçait au mépris public le luxe, la bizarrerie, l'indécence de leurs vêtements qui servaient moins à cacher qu'à étaler leur nudité. Il osait rappeler l'origine de ces richesses fastueuses, de cet or et de ces diamants prodigués sur des toilettes dignes de courtisanes grecques ou de sauvages plus que de femmes françaises^

Rœderer, joignant sa voix à celle de Lacretelle, disait : « Les mœurs des femmes ont besoin d'une réforme générale, et il est temps de la demander au législateur ^ »

A l'étranger, le comte. Joseph de Maistre jetait les fondements de sa réputation par ses Considérations sur la France, où il défendait à la fois la royauté et le catholicisme.

Tels sont à peu près les seuls noms distingués et honorables dans les lettres que nous puissions citer à cette époque. Mais ceux-là n'étaient guère connus ni guère lus par la multitude.

Ce qui faisait la pâture de la multitude, et cela pendant dix ans de convulsions révolutionnaires, c'était, avec les stupides ou atroces représentations des théâtres, un ignoble journalisme, — feuilles quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles, qu'on voyait affichées dans tous les lieux, qui se faisaient l'écho de toutes les passions, et dont les plus populaires appuyaient et défendaient effrontément les hideux faucheurs d'hommes, qui, en légalisant l'assassinat, tyrannisaient impitoyablement la France. La nation resterait éternellement flétrie d'avoir subi ce joug et cette dégradation, si, dans le même temps, ses plus généreux enfants ne s'étaient pas couverts de gloire sur les champs de bataille.

Outre les théâtres et les journaux, il existait alors, pour achever de pervertir le peuple, une foule de ces œuvres immorales dont on ne saurait plus aujourd'hui lire une page sans dégoût, tant l'on y sent la corruption de cœurs gangrenés jusqu'à la dernière fibre.

Signalons un dernier caractère de la littérature, comme de l'éloquence, comme des arts, comme des mœurs et des modes de la République ; l'imitation la plus affectée, la plus fausse, et souvent la plus ridicule et la plus burlesque des deux fameuses républiques de l'antiquité.

« La république française eut cela de singulier, a dit un judicieux écrivain de nos jours, qu'elle aspira surtout à se montrer copiste de Rome et d'Athènes^ au lieu d'aspirer à se rendre nationale, pour pénétrer dans nos mœurs. Par le même système qui faisait donner aux citoyens des noms grecs ou romains, pour remplacer des dénominations baptismales, on voulut que les épouses de Cassius et de Brutus, d'Aristide et de Thémistocle s'habillassent en Aspasie et

* Voir dans les Nouvelles politiques du 2 brumaire an V, Une soirée de Paris,

* Rœderer, S, tuât ion d'un dép^irtement en brumd^ire de l'aa V, ou Lettre à mon compatriote absent.

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