LE STYLE DE DIDEROT
Il n'en présente pas moins dans sa manière d'écrire que dans ses idées et dans son caractère.
Les questions de langue et de style l'intéressaient et l'occupaient beaucoup. Il a inséré dans l'Encyclopédie un grand nombre d'articles sur des points de grammaire, et en particulier sur les synonymes, et il a laissé des notes curieusesrelativesàce même sujet, sur un exemplaire des Synonymes de Beauzée. Et môme, il avait conçu de bonne heure le plan d'un ouvrage qu'il ne perdit jamais de vue, par lequel il avait résolu de terminer sa carrière littéraire, et que l'affaiblissement de sa santé l'empôcha seul de reprendre et de mener à terme, un Dictionnaire universel et philosophique de la langue.
Cependant c'est un des écrivains les moins exacts et les moins purs du dix-huitième siècle, l'un de ceux aussi dont le goût a été le plus souvent en défaut. On lui reproche des constructions vicieuses, des barbarismes flagrants, des néologismes mal venus, des latinismes recherchés, de l'entorlillage, de l'amphibologie, de l'obscurité :
« Et ce lourd Diderot, docteur en style dur, Qui passe pour sublime, à force d'être obscur, »
a pu dire Gilbert dans sa fameuse Satire du dix-huitième siècle. Sans parler de cette marche irrégulière et sans plan, de ce style haché, martelé, raboteux, de cette manière dithyrambique, de ce pathétique factice, de ce faux enthousiasme qui est tout dans la tête.
Mais qu'il solécise, qu'il barbarise, qu'il ait tous les autres défauts que nous venons de dire, on le lui pardonne parfois en faveur de qualités prononcées qui font de Diderot un des artistes de style les plus originaux du dix-huitième siècle. Ceux qui lui sont le moins favorables sont obligés de reconnaître que l'imagination la plus brillante perce par éclairs dans ses ouvrages. Par exemple, qui n'admirerait cette image malgré quelques disparates dans la phrase :
« La Calomnie disparaît à la mort de l'homme obscur, la célébrité lui sert de véhicule, et la porte jusqu'aux siècles les plus reculés; penchée sur l'urne du grand homme, elle continue d'en remuer la cendre avec son poignard i. »
Si le style grandiloque de Diderot est souvent fort éloigné de la véritable éloquence, on ne peut nier qu'il n'ait, en bien des pages, de la chaleur, de la force, de l'originalité. Même dans ses productions les moins lues, on rencontre des morceaux éloquents ; telle est cette
1 Essai sur les règnes de Claude et de Néron, t. I, p. P.
péroraison de son Apologie pour l'abbé de Prades que Buffon admirait
tant.
Ce qu'il voulait avant tout dans le style, c'était le mouvement : — heureux s'il n'avait pas pris si souvent des gestes pour du mouvement! Il dédaignait la manière posée, régulière et compassée de l'éloquence académique. Il lui fallait le jet de source, l'inspiration personnelle, la marche libre et franche. 11 a dit, en parlant de VÉloge de Fénelon, par la Harpe :
« Est-ce là de l'éloquence I C'est à peine le ton d'une lettre; encore ne faudrait-il pas l'avoir écrite dans un premier moment d'émotion. Jamais Fénelon ne m'est présent; j'en suis toujours à cent ans; c'est le sublime du raynaldisme mitigé, et puis c'est tout. Si l'abbé Raynal avait eu un peu plus de goût, M. de la Harpe et lui seraient sur la même ligne.
« Eh ! oui, mon ami, tout ce que tu dis du Télémaque est vrai, mais c'est ton goût et non ton cœur muet qui l'a dicté; si tu avais senti l'épisode de Philoctète, tu aurais bien autrement parlé. Et c'est ainsi que tu sais peindre le fanatisme, maudit phrasier ! le fanatisme, cette sombre fureur qui s'est allumée dans l'âme de l'homme à la torche des enfers, et qui le promène, l'œil égaré, le poignard à la main, cherchant le sein de son semblable pour en faire couler le sang et la vie aux yeux de leur père commun.
« Jamais une exclamation ni sur les vertus, ni sur les services, ni sur les disgrâces de son héros. Il raconte, et puis quoi encore? Il raconte. Raconte donc, puisque c'est ta manie de raconter; jette au moule tes phrases l'une après l'autre, comme le fondeur y a jeté, comme-le compositeur a arrangé les lettres de ton discours i... »
Cettecritiqueseulerévèleun talent d'écrivain vigoureusement trempé.
Cet auteur si emphatique, si: ébouriffé, si amoureux d'un fastueux galimatias el dont la fantaisie est si effrénée, offre cependant de très belles pages de style simple, naturel, vrai; tel est l'opuscule intitulé Entretien d'un père avec ses enfants, ou Du danger de se mettre au-dessus des lois, tels sont les Regrets sur ma vieille robe de chambre ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune ; tels sont encore divers passages des SaIo7is et des Lettres à M'^^ Vvland.
Ce qu'il offre de mieux réussi, c'est ce qu'il a écrit sans songer qu'il écrivait, ce qu'il a produit d'inspiration. Il était quelquefois très heureux dans le premier jet, mais retouchait-il laborieusement ce qu'il avait écrit de verve, il le gâtait. Aussi les contemporains attestent-ils qu'il parlait mieux qu'il n'écrivait : le travail refroidissait son imagination si prompte à s'allumer.
Môme pour ses meilleures pages, Diderot ne gagne pas à être relu, bien différent des maîtres de l'antiquité et du dix-septième siècle. Lu rapidement une première fois, il opère une certaine séduction. La chaleur, le mouvement de son style, ses invocations passionnées, ses élans vous entraînent. Mais une lecture plus reposée fait apercevoir
* Dans Grimm, Corrcsp. litt., nov. 1771.
tout ce qu'il y a souvent de forcé et de faux dans sa manière, comme de paradoxal dans ses idées. Il est toujours en attitude, môme quand il veut s'abandonner et s'épancher.
M"' de Lespinasse a dit avec une justesse parfaite :
a C'est un homme extraordinaire : il n'est pas à sa place dans la société, iï devait être chef de secte, un philosophe grec, instruisant, enseignant la jeunesse. Il me plaît foi-t, mais rien de toute sa manière ne vient à mon âme; sa sensibilité est à fleur de peau : il ne va pas plus loin que l'émotion i. »
DIDEROT APÔTRE DE MATÉRIALISME ET d'aTHÉISME.
Somme toute, Diderot marque parmi les écrivains du dix-huitième siècle, mais ce n'est pas un de nos grands écrivains. C'est moins comme écrivain qu'il restera célèbre que comme ennemi de la religion, comme philosophe athée et matérialiste.
Élevé chez les jésuites, il avait eu un moment la pensée d'embrasser l'état religieux dans cet ordre. Durant quatre ou cinq ans il fut tout embrasé de dévotion; il jeûnait, il portait un cilice, il couchait sur la paille. Après son entrée dans le monde, il garda encore quelque temps des souvenirs et des restes de son éducation religieuse. Il fut pendant plusieurs années théiste et spiritualiste, défendant l'existence de Dieu, l'immortalité de l'àme et ses suites, et soutenant que la physique expérimentale renversait la dangereuse hypothèse du matérialisme. Mais bientôt il passa aux sentiments des matérialistes et des athées les plus déclarés. Il nia l'âme proprement dite en tant qu'être distinct et séparé du corps *.
Après avoir écrit l'article Providence de l'Encyclopédie, qui n'est pas d'un athée bien déterminé, il en vint à nier formellement le Dieu créateur, le Dieu personnel, le Dieu providence. Il se jeta dans le panthéisme, avança que le monde, semblable à un grand animal, a un corps ; soutint que le monde pouvant être infini, cette âme du monde peut être un système infini de perceptions, et que ce monde peut Otre Dieu ^. Ce panthéisme se vit fort goûté en Allemagne, et tut adopté par Goethe : Diderot fut le père de tous les déistes et panthéistes allemands jusqu'à Hegel et Bruno Bauer *.
1 Lettres de 3f"' de Lespinasse, 24 juin 1773.
2 Sans croire à l'immortalité de l'âme, Diderot défendit avec chaleur le sentiment de l'immortalité et du respect de !a postérité, contre les plaisanteries du sculpteur Falconet, qui se plaisait à soutenir que l'idée du jugement delà postérité n'entrait pour rien dam les inspirations de l'urtiste et du poète, et que le génie, ce pur don de la nature, était la cause unique des grandes choses.
^ Interprétations de la 7iature, L.
* Haas, dans Goschler, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, 3« éd., t. VJ, p. 284. Gaume.
-Plusieurs écrivains de notre temps ont voulu disculper Diderot du reproche d'athéisme. Les faits qu'ils allèguent à sa décharge ne sont certes pas probants ; cependant il semble en résulter qu'on ne doit pas lui prêter les idées et le fanatisme irréligieux de Naigeon, ce monomane d'athéisme qui ne comprenait point qu'on pût être honnête homme et croire en Dieu, et qui, en publiant pour la première fois ou en rééditant les ouvrages de son ami, les a sans scrupule altérés pour les rendre à son gré plus impies. On a écrit que Diderot entrait en fureur au seul nom de Dieu, que le théisme de Voltaire, « ce cagot de Voltaire, » le jetait dans des accès d'indignation et de colère auxquels il s'abandonnait souvent dans la société. On peut contester la vérité de ces récits. Diderot paraîtrait plutôt avoir été un de ces athées sceptiques dont il a parlé lui-même, qui décideraient volontiers à croix ou à pile la question de savoir s'il y a un Dieu ^ ; esprit véritablement fait pour soutenir et combattre successivement les mêmes opinions, au gré de son caprice ou de son enthousiasme du moment.
Ce qui ne saurait être contesté, c'est sa haine violente contre toute religion. Suivant lui, les religions, « systèmes d'opinions bizarres qui n'en imposent qu'aux sots 2, » n'ont produit que des abus, des ravages, des meurtres, des haines indéracinables, des maux de toute espèce. « Dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n'ont servi de base aux mœurs nationales, parce que les religions sont comme les institutions monastiques, des folies qui ne peuvent tenir contre l'impulsion constante de la nature qui nous ramène sous sa loi *. »
Naturellement la religion du Christ était le principal objet de son horreur. Dans une lettre à son frère le chanoine, du 29 décembre 1760, il appelle le christianisme « un système atroce ». Naigeon nous parle aussi de sa haine et de son mépris pour toutes les religions, spécialement pour la chrétienne qu'il regardait comme la plus absurde et la plus dangereuse des superstitions. Aussi se réjouissait-il des coups qui lui étaient portés :
« Il pleut des bombes dans la maison du Seigneur, écrivait-il à M"« Voland, le 22 novembre 1768 ; je tremble toujours que quelqu'un de ces téméraires •artilleurs-là ne s'en trouve mal. Ce sont des Lettres philosophiques traduites ou supposées traduites de l'anglais de Toland; ce sont des Lettres à Eugénie ; c'est la Contagion sacrée; c'est Y Examen des Prophéties; c'est la Vie de David ou de l'homme selon le cœur de Dieu; ce sont mille diables déchaînés. Ahi M""» de Blacy, je crains bien que le Fils de l'homme ne soit à la porte ; que la venue d'Élie ne soit proche, et que nous ne touchions au règne de l'Antéchrist.
» Voir F. Genin, Revue indépendante, 25 mars, 10 mai, 10 nov. 1846. — Voir aussi Lerminier, De l'influence de la philosophie du dix-huitième siècle sur la législation et la sociabilité du dix-neuvième.
» Voir Pemées phil, XXII.
* Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***.
Tous les jours quand je me lève, je regarde par ma fenêtre si la grande prostituée de Babylone ne se promène point déjà dans les rues, avec sa grande coupe à la main, et s'il ne se fait aucun des signes prédits dans le firmament. »
Ce philosophe qui avait commencé sa carrière littéraire par un livre ordurier, les Bijoux indisa'ets, et qui la termina par deux productions infâmes, la Religieuse et Jacques le fataliste, n'a pas une meilleure morale que les autres matérialistes. Il avait la manie de parler mœurs, et il a quelquefois exprimé d'assez belles idées sur ce sujet. Mais aussi que d'opinions révoltantes il a soutenues! Que d'outrages à la conscience hum.aine ! Il a insulté toute loi morale, sociale et politique, comme il a insulté toute religion. Il proclame « l'infaillibilité des sens^ » Il tonne « contre le fanatisme de la continence, de la pénitence et de la mortification . » Il s'emporte contre les législateurs qui ont empoisonné l'homme d'une morale contraire à la nature, lui ont fait des entraves de toute espèce, ont embarrassé ses mouvements de mille obstacles. Il proclame qu'il ne faut écouter que la voix de la nature et des passions. Il traite de chimères la retenue et la pudeur, et ne voit dans la fidélité conjugale qu'un entêtement et un supplice. Enfin, à la morale chrétienne il oppose et préfère la morale des sauvages d'0-Taïti, et il abdiquerait volontiers sa qualité d'Européen civilisé, pour se faire naturaliser sauvage*.
Ramener les hommes à la bestialité, de chrétiens en faire des 0-Taïtiens et en môme temps légitimer et conseiller les plus monstrueuses dépravations des sociétés corrompues*, voilà donc le dernier mot de la philosophie du dix-huitième siècle.
Le retentissement de ces doctrines subversives empêcha Diderot de monter aux honneurs littéraires, malgré tous les mouvements que Voltaire et ses amis se donnèrent pour l'y faire parvenir, malgré toutes l es intrigues qu'ils employèrent, et les moyens de toute sorte, — même les cajoleries à l'endroit des dévots et des dévotes, môme le mensonge et rhypocrisie, — auxquels ils eurent recours sans scrupule^. Le patriarche était « enivré de l'idée de mettre Diderot à l'Académie'. » Le faire arriver à l'Académie française, et puis à l'Académie des
1 Introd. aux grands principes. — 2 Ibid.
3 Voir Supplément au voyage de Bougainvilte, ou Dialogue entre A et B, sur l'inconvériierit d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qu{ n'en comportent pas.
♦ Voir l'entretien de Bordeu et de M"« de Lespinasse, à la fin du Rêve d d'Alembert,
s Voir la lettre à d'Alembert, du 13 août 1760.
• Lettre du 24 juill. 1760.
Voir encore la lettre de Voltaire à d'Argental, du 19 juin 1760 ; la lettre de Voltaire à d'Alembert, du 9 juillet; les lettres de d'Alembert à Voltaire, du 18 juill. et du -3 août.
DIDEROT. 76o
sciences, lui paraissait un coup essentiel pour yenger la philosophie qui avait été insultée par Palissot sur le théâtre, par Le Franc de Pompignan dans un discours académique, par Joly de Fleury dans un réquisitoire.
L'ancienne société catholique et monarchique opposait encore quelque résistance; le roi n'était pas encore tout à fait aveuglé sur les dangers que la secte dominante faisait courir au trône comme à la religion. « Le digne soutien de la philosophie, l'immortel vainqueur du fanatisme', » fut écarté. Il continua, pour se consoler, de soutenir avec enthousiasme, dans ses livres, et surtout dans ses conversations, l'athéisme et la morale d'0-Taïti. Approchait l'époque où l'une et l'autre allaient triompher au milieu d'une sauvagerie un peu différente, il faut l'avouer, de celle que Jean-Jacques et Diderot avaient regrettée.
Après Rousseau, Robespierre ; après Diderot, Marat.
Les Vordes- d'Isle.
Il était à peu près six heures lorsque la chaise est entrée dans l'avenue. J'ai fait arrêter : je suis descendu ; je suis allé au-devant d'elle les bras ouverts ; elle m'a reçu comme vous savez qu'elle reçoit ceux qu'elle aime de-* voir; nous avons causé un petit moment d'un discours fort interrompu, comme il arrive toujours en pareil cas. — Je vous espérais* ce jour-là... — ... Je le voulais; mais cela n'a pas été possible. — ... Et cet autre jourlà?... — Comment le refuser à un frère, à une sœur qui l'ont demandé? — Vous avez eu bien chaud?... — Oui, surtout depuis Perthes; car j'avais le soleil au visage... — Bien fatigué ?... — Un peu... — Votre santé me paraît bonne... Je vous trouve le visage meilleur... Et vos affaires? — Tout est arrangé... — Mais vous avez peut-être besoin d'être seul; venez, je vais vous mener chez vous.
J'ai donné la main, et l'on m'a conduit dans la chambre du clavecin, où je suis resté un petit moment, après lequel je suis rentré dans le salon, et j'y ai trouvé la chère maman qui travaillait avec mademoiselle Desmarets. Le soleil était tombé; la fin du jourtrès belle ; nous en avons profité. D'abord nous avons parcouru tout le rez-de-chaussée ; l'aspect de la maison m'avait plu ; j'en dis autant de l'intérieur. Le salon surtout est on ne peut pas mieux. J'aime les boisures, et les boisures simples : celles-
1 Lettre de Voltaire à Thiériot, 26 janv. 1770. s Lieux plantés.
* Il est plus correct de dire aimer à.
* Locution espagnole et italienne autrefois fort usitée, et qui a'est conservée dans quelques provinces.
ci le sont. L'air du pays doit être sain, car elles ne m'ont point paru endommagées ; et puis une porte sur l'avenue, uneautre sur le jardin et sur les vordes, cela est on ne peut mieux. S'il en faut davantage à madame Le Gendre, dans le petit château, c'est qu'elle a le goût corrompu et que le faste lui plaît. Eh! madame ! vous qui avezl'âme si sensible et si délicate, que le récit d'un discours honnête, d'une bonne action affecte si délicieusement, jetez vos coussins par les fenêtres, et vous mériterez une bénédiction de plus. Nous avons ensuite parcouru tout ce grand carré qui est à droite, et la grange, et les basses-cours, et la vinée, et le pressoir, et les bergeries, et les écuries. J'ai marqué beaucoup de plaisir à voir tous ces endroits, parce que j'en avais, parce qu'ils m'intéressent. Ces patriarches, dont on ne lit jamais l'histoire sans regretter leurs temps et leurs mœurs, n'ont habité que sousies tentes et dans les étables. Il n'y avait pas l'ombre d'un canapé, mais de la paille bien fraîche, et ils se portaient à merveille, et toute leur contrée fourmillait d'enfants...
Cependant les chariots de foin et de grain rentraient, et cela me plaisait encore. Je suis un rustre et je m'en fais honneur, mesdames. De là, nous avons fait un tour de jardin que* je trouvais petit ; cette porte qui est à l'extrémité et en face du salon me trompait, je ne savais pas qu'elle s'ouvrît dans les vordes, et que ces vordes en étaient. Nous les avons parcourues; nous avons passé les deux ponts, j'ai encore salué la Marne, ma compatriote et fidèle compagne de voyage. Ces vordes me charment ; c'est là que j'habiterais ; c'est là que je rêverais, que je sentirais doucement, que je dirais tendrement, que j'aimerais bien. Le bel endroit que ces vordes! Quand vous vous les rappelez, comment pouvez-vous supporter la vue de vos symétriques Tuileries, et la promenade de votre maussade Palais-Royal, où tous vos arbres sont estropiés en tête de choux, et où l'on étouffe, quoiqu'on ait pris tant de précaution en élaguant, coupant, brisant, gâtant tout pour vous donner un peu d'air et d'espace? Que faites-vous? où êtes-vous? Vous feriez bien mieux de venir que de nous appeler. Le sauvage de ces vordes et de tous ces lieux que la nature a plantés est d'un sublime que la main des hommes rend joli quand elle y touche.
[Letlres à Ji'"= Voland, àlsle, 23 août 17S9.)
1 Tour de jardin forme comme une seule locution composée ; que se rattache donc mal à jardin.
PREMIÈRE PARTIE. — tableau de la littérature française (prose) ad dix-huitième siècle.
II. Les continuateurs de la tradition du xvii' siècle : d'Aguesseau, Rol-
lin, Sacy, Lesage, etc 24
m. La nouvelle école littéraire. — Fontenelle, La Motte, Terrasson. —
Réaction de Voltaire, de Montesquieu, en faveur du bon goût 53
IV. Développement de l'esprit philosophique et sceptique. — L'Encyclopédie ^^
V. Les moralistes du wm' siècle. — Vauvenargaes, Duclos, Senac de
Meilhan, Chamfort, Mably, Helvétius, etc 73
VI. Les historiens et les auteurs de mémoires. — Vertol, Fleury, Daniel, Montesquieu, Voltaire, Hénault, Duclos, Velly, Villaret, Garnier, Boulainvilliers, Dubos, Fréret, Mably, Gaillard, Raynal, Rulhière, Rapin-Thoiras, Anquetil, Barthélémy. — M"»^ de Caylus, M"" de Staal, d'Argenson, Frédéric, le prince de Ligne, M"' d'Épinay, Bezenval, Tilly, Ségur, etc 104
VII. Les romnnciers. — Lesage, Marivaux, M""' de Fontaine, M"" de Tencin. Mil» de Lussan, M"" de Graffigny, l'abbé Prévost, M""= Riccoboni, Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Voltaire, Marmontel, Crébillon fils, Rétif de la Bretonne, La Clos, Louvet, de Sade, Florian, le comte de Tressan, M"" Le Prince de Beaumont, la comtesse de Flahaut, M"»* de Charrière, M""^ Cottin, M"" de Genlis, Bernardin de Saint- Pierre, Chateaubriand, Sénancourt 234
VIII. La comédie et le drame en prose. — Dancourt, Dufresiiy, Le Sage,
Le Grand, Marivaux, Saurin, Sedaine, Diderot, Beaumarchais 300
IX. Le style épistolaire. — L'^s réunions et soupers littéraires. — Les clubs à l'anglaise. — L'influence des femmes sur la littérature au xviiie sié' le. — M"» Aissé. M™» du (.hastelet, M"« du Deffant, M"« de Lespinasse, M"» Geoffrin, M"* Necker, M"» Lebrun, M""* Doublet, etc 312
X. La critique et l'éruditioîi littéraires. — L-'s jotamaur littéraire'!. —
Les grammairiens et les philologues 349
§ L ia critique el l'érudition littéraires. — r:u Bos, Le Batteux, d'Olivet, Chartaud, Trublet, d'Argens, Clément de Genève, Grimm, Rivarol, Chamfort, Marmontel, la Harpe, Clément de Dijon, Joseph Chénier, Palissot, Mercier, le président Bouhier, Villoison, Nicéron, Goujet, Larcher, Barthélémy 3 i9
§ 2. Les journaux littéraires. — Le Journal des savants. — Les Mémoires de l'Académie des belles-lettre?. — Les .Mémoires de Trévoux, Prévost, Des Fontaines, Fréron, Geoffroy, Suaid, l'abbé Arnauld. — Les .Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France, Bachaumont, etc. — La Correspondance secrète, politique et littéraire, etc. — Le Mercure de France. — L'esprit des journaux, etc. — La Décade philosophique 398
§ 3. Les grammairiens et les philologues. — Le P. Buffler, Restaut, de Wailly, Girard, Dumarsais, Beauzée, Roubaud, le président de Brosses, Court de Gébelin, Anquetil-Duperron, Duclos, Domergue, Sicard, etc 419
XI. La philosophie et la métaphysique. — Les derniers soutiens du cartésianisme. — D Aguesseau, le cardinal de Polignac, le P. André.
— Leibnitz. — Invasion du sensualisote. — Locke, Condillac, Le Cat, Mérian, Bonnet. — Triomphe du matérialisme, du scepticisme et de Cathéisme. — Boulaimiliers, Voltaire, Helvétius, Diderot, d'Holbach, Naigeon, etc. — Commencement d'un retour au spiritualisme. — Saint-Martin 430
XII. Déchaînement anticat' olique et a'direligietix. — Voltaire, Fréret, Burigny, Boulanger, Du puis, Volney, Saint-Lambert, etc. — Faiblesse de la résistance. — Apostasie et complicité d'une partie du clergé.
— L'abbé Coyer, Dotteville, Daunou, l'abbé de Prades, Le Counayer, l'abbé Andra, Morellet, etc. — L'abbé Houtteville, l'abbé Berruyer, le P. Guénard, le P. de Lignac, le P. Gerdil, l'abbé Duvoisin, Le Franc de Pompignan, Christophe de Beaumont, etc., etc. L'abbé Bergier, l'abbé Guénée. — Destruction de la Société de Jésus. — Apologistes laïques et étrangers. Euler, Deluc, de Haller, Charles Bonnet 446
§ 1. Déchaînement antic'ith olique et antireligieux. — Voltaire, Fréret,
Burigny, Boulanger, Dupuis, Volnay, Saint-Lambert, etc 446
§ 2. Faib'esse de la résistance. — Apostasie et compHci'é d'une partie du clergé. — L'abbé Coyer, Dotteville, Daunou, l'abbé de Pjades, Le Courrayer, l'abbé Andra, Morellet, etc 455
^ 3. L'abbé HouUeville, l'abbé Berruyer, le P. Gu5iiard,''le P. de Lignac, le P. Gerdil, l'abbé Duvoisin, Le Franc de Pompignan, Christophe de Beaumont, etc., etc. : l'abbé Bergier, l'abbé Guénée 4G9
§ 4. Destruction de la Société de Jésus 4G6
§ 5. Apologistes laïques et étrangers. — Euler, Deluc, de Halier, Charles
Bonnet 467
XIIL Les sciences au x viii^ siècle 4G8
§ 1. Les sciences mathématiques; l'astronomie, la géographie ; la science militaire. — Montucla, Euler, d'AIembert, Condorcet, Maupeituis, La Condamine, Lagrange, Clairaut, Mairan, La Caille, Bailly, Lalande, Laplace. — De Lisle, La Martinière, La Croix, d'Expilly, Robert, Grenet, Mentelle, Banville, Buache, Gosselin, Savary, etc. — Folard. 470
§ 1. Les sciences physiques, l'histoire naturelle, la chimie, la minéralogie, la médecine. — Linnée, A. de Jussieu, B. de Jussieu, A.-L. de Jussieu, l'abbé Pluche, Réaumur, le P. Regnault, les Lettres édifiantes, l'abbé Nollet, Buffon, Daubenton, Vicq d'Azyr, Duhamel, Lacépède, Valmont de Bomare, Bernardin de Saint-Pierre, Charles Bonnet, de Saussure, Ramond. — Macquer, Rouelle, Fourcroy, Berthollet, Monge, Morveau, Chaptal, d'Holbach. — L'abbé Haiiy, Tissot, Bichat, Barthez, La Mettrie, etc 494
§ 3. L'économie politique. — Les précurseurs des économistes . — L'abbé de Saint-Pierre. — Les économistes. — Gournay, Quesnay, le marquis de Mirabeau, Condillac, Turgot, Necker, Dupont de Nemours, etc. — Les adversaires des économistes. — L'abbé Galiani, etc il 4
XIV. L'éloquence oratoire. — L'éloquence de la chaire. — L'éloquence académique. — L'éloqueyice du barreau. — L'éloquence politique 522
§ 1. L'éloquence delà chaire. — Massillon. Segaud, Neuville, Boismont, Elysée, l'abbé Poule, l'abbé de Beauvais, l'abbé Lenfant, l'abbi Maury, le P. Bridaine, le P. Beauregard 522
§ 2. L'éloquence académique. — Les discours prononcés dans les Académies. — Les éloges historiques. — Thomas, la Harpe, Maury, Cliamfort. Garât, etc S-31
§ 3. Le Barreau, la Magistrature, la Jurisprudene. — D'Aguesseau, Cochin, Le Normand, Aubry,Laverdy, Reverseaux, Loyseau de Mauléon, Elle de Beaumont, Servan, Gerbier, Linguet, Tronchet, Portails, Lally-Tolendal. — Lamoignon de Malesherbes. — Beaumarchais, Pothier ^35
§ 4. Véloquence politique. — Mirabeau, Vergniaud, Barnave, Camille
Desraoulins, Maury, Cazalès, etc 564
W . La litti'rature sous la république . —Conclusion 571
Prosateurs du xviii* siècle. ^9