ARSÈNE HOUSSAYE
« J'ai, dans ma jeunesse irisée^ Vécu comme un aérien, Poursuivant ma blanche épousée Au contour euphranorien '. »
Ces défauts de détail sont largement compensés par l'heureuse interprétation des sujets, l'allure large et facile du vers, l'élégance de l'expression et l'harmonie constante du rythme.
Parmi les pièces les plus durables d'Arsrne Houssaye, on peut indiquer la Mort de Sapho, les Apparitions, déranger à l'Académie, Bésaugiers à l'Académie.
1 Les Cent vers dorés.
Philoxène BOYER
« Peu de poètes aujourd'hui manient le mètre et le rythme avec autant d'habileté que M. Philoxène Boyer : sa phrase poétique, curieuse et rare de style, n'admet pas les hémistiches tout faits; et l'oreille, agréablement trompée, ne devine pas toujours l'assonance qui va suivre '. » L'auteur des Deux Saisons fut un des poètes les plus érudits de notre époque. Il a renouvelé d'une manière très heureuse et délicate ces rythmes français dont la symétrie et l'harmonie sont ravissantes : le rondeau, le rondeau redoublé, le triolet, lai villanelle.il a maintes fois prêté à ces fantaisies d'artiste un charme exquis.
La Marquise Aurore.
VILLIKELLE
Près de Marie-Antoinette, Dans le petit Trianon, Fûtes-vous pas bergerette?
Vous a-t-on conté fleurette Aux bords du nouveau Lignon, Près de Marie-Antoinette?
Des fleurs sur votre houlette, Un surnom sur votre nom, Fûtes-vous pas bergerette?
Éliez-vous noble soubrette, Comme Iris avec Junon, ' Près de Marie-Antoinette ?
Pour déniaiser NineUe, Pour idylliser Ninon, Fûtes-vous pas bergerette?
Au pauvre comme au poète, Avez-vous jamais dit : Non, Près de Marie-Antoinette ?
1 Théophile Gautier, le Moniteur, 21 janvier 1853.
PHILOXENE BOYER. 583
0 marquise sans aigrette, Sans diamants, sans linon, Fûtes-vous pas bergerette ?
Ah ! votre simple cornette Aurait converti Zenon!
Près de Marie-Antoinette, Fûtes-vous pas bergerette ?
Après avoir débuté de très bonne heure dans la littérature et fait alors quelque bruit par ses exaltations romantiques, Philoxène Boyer ne produisit pas d'oeuvre véritablement complète et dont l'unité d'inspiration soit nettement accusée. Le lyrisme puissant, énergique se môle, dans les Deux Saisons, à la poésie vive et gracieuse. Les vers ont tantôt une allure grave et mélancolique*, tantôt une démarche leste et pimpante. Ces contrastes témoignent d'une faculté d'expansion très prodigue, mais ne produisent, à la fin, qu'une impression assez vague et confuse. Les beautés de détail abondent ; mais leur mélange et leur défaut de connexité ne permettent pas d'établir sur le poète un jugement définitif. Mort assez jeune encore, Philoxène Boyer n'a laissé que des prémisses de son talent^.
1 Lire le Dénouement (fim roman-vaudeville et les deux Saisons. 1 vol. iii-8, Alphonse Lemerre.
s Théodore de Banville.
Alphonse DAUDET
— Né en 1840 —
A dix-huit ans, M. Alphonse Daudet publiait un tout petit volume intitulé les Amoureuses. Les premiers ver?, adressés aux enfants qui viennent de naître, ouvrent le livre d'une façon charmante :
« Enfants d'un jour, ô nouveau-nés,
Petites bouches, petits nez, 1 1
Petites lèvres demi-closes, ||
Membres tremblants
Si frais, si blancs, Si roses;
Enfants d'un jour, ô nouveau-nés,
Pour le bonheur que vous donnez j
A vous voir dormir dans vos langes,
Espoir des nids
Soyez bénis, Chers anges. »
Les Amoureuses composées de pièces badines écrites sur les sujets I
les plus frivoles, sur le clic-clac des bottines d'une jolie femme, sur un rêve interrompu, sur un premier désir d'amour dans un cœur d'enfant, sont ravissantes de délicatesse et d'abandon et imprégnées de toute la fraîcheur, de toutes les grâces de l'adolescence heureuse. Nous détacherons d'une poésie très curieuse, les Prunes, tout entière formée de triolets, ces huilains agiles et harmonieux :
« De tous côtés, d'ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches.
En si bémol^ en ut, en la,
De tous côtés, d'ici, de là.
Les prés en habit de gala
Étaient pleins de fleurettes blanches.
De tous côtés, d"ici, de là.
Les oiseaux chantaient dans les branches.
Fraîche sous son petit bonnet, Belle à ravir et point coquette, Ma cousine se démenait, Fraîche sous son petit bonnet.
Elle sautait, allait, venait, Comme un volant sur la raquette :
Fraîche sous son petit bonnet, Belle à ravir et point coquette.