ARSÈNE HOUSSAYE
Poète inspiré de la jeunesse et de la beauté, les déclins lui font peur, il veut cueillir, avant les jours d'hiver, toutes les fleurs de la belle saison :
« Elle passe comme le vent, Ma jeunesse douce et sauvage ; Ma joie est d'y penser souvent I Elle passe comme le vent, Mon cœur la poursuit en rêvant Quand je suis seul sur le rivage ». »
La pensée d'un bonheur éphémère, le souvenir d'une joie évanouie, donne quelquefois à ses vers, — par exemple à ceux qu'il a composés sur un tableau de Greuze, la Fenêtre, — une teinte de mélancolie pleine de charme.
Mais les poésies sombres, tels que le Chant de la Vie et la Mort, sont rares dans son recueil. Son imagination biillanle préfère les scènes de lumière et de vie et les fictions voluptueuses de l'antiquité. «Arsène Houssaye, dit avec raison M. Edouard Thierry, est le poète du paganisme universel, du paganisme souriant et sans mystère. >> Sous quelque forme, en effet, que se soit manifesté son talent poétique, on retrouve partout la mCme adoration de la créature, on entend toujours les mômes échos d'un sensualisme raffiné.
Arsène Houssaye, dont le principal mérite est d'être jeune, de rester toujours jeune, ne pouvait négliger la chanson légère. Il a traité ce genre avec supériorité; c'est là surtout qu'il a donné des preuves nombreuses de sa facilité vive et brillante, soit qu'il ait cédé à l'entraînement d'une gaieté folàlre, soit qu'il ait mêlé quelques notes attendries à ses accents enjoués. Ce dernier sentiment lui a inspiré, entre autres, cette chanson pleine de douceur et d'harmonie :
Aline.
J'ai vu sur la colline, Pieds nus, cheveux au vent,
Aline Qui s'en allait rêvant.
Pour elle toutes choses Riaient, et les buissons
De roses Lui chantaient des chansons.
J'ai vu sur la colline, Le sein tout palpitant,
Aline Qui s'en allait chantant.
1 Chansons. Saules pleureurs.
Riant de la rebelle, Un soldat avait pris
La belle :
L'innocence a son prix.
J'ai vu sur la colline, Son chagrin était grand,
Aline Qui s'en allait pleurant.
Le soldat infidèle Buvait, en vert galant,
Loin d'elle L'amour et le vin blanc.
J'ai vu sur la colline Une fosse au printemps.
Aline Y dormait pour longtemps *.
Malheureusement Arsène Houssaye n'a pas toujours montré cette agréable simplicité. Ses œuvres abondent de mignardises frivoles et d'épitliètes ampoulées. S'écartanl de cet heureux « tempérament de lyrisme et de familiarité » dont le louent les meilleurs écrivains, il a souvent fait usage de métaphores outrées :
« Quand le souffle fatal aura brisé ton aile, Quand tu seras tombée en la nuit éternelle. Nous nous souviendrons tous des flammes de tes bras ^ »
Nombre de ses poésies pèchent par le peu de condensation des idées, l'exagération des images et les abus de la rime. Le culte d3 la forme est naturel chez lui l'amant de tout éclat et de toute beauté, mais l'exagération de ce sentiment lui a fait écrire beaucoup de vers prétentieux et emphatiques.
Maintes fois, la pensée poétique, chez Arsène Houssaye, pourrait être comparée à la pierre précieuse qu'un lapidaire a rendue presque imperceptible au milieu des ornements de tout genre dont ii a surchargé la monture.
Les termes vagues, insaisissables, se voient fréquemment dans la Symphonie de vingt ans^ où l'on pourrait relever bien des phrases de ce genre :
1 Symphonie de viiigt ans. Chanson XV.
* Cent un sonnets. Sonnet lxxxvii.