‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 69 sur 110 · LA CHANSON FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA CHANSON FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE

glaner. Parfois une amusante caricature de mœurs, une pièce à succès, se glisse au milieu de ces redites. Qui peut compter alors ce qu'il en est fait de copies et de variantes ?

Les chansons écrites et débitées « à la cavalière », les chansons grivoises ont la prédilection du public, et de bruyants applaudissements attestent quotidiennement son amour delà gaudriole. Les pièces morales sont peu goûtées, et l'Ouvrier d'autrefois, le Bon Ménage, le Bon Curé, le Charpentier, le Laboureur, de M. Achille du Clésieux, par exemple, seraient mal reçus, A part de rares exceptions, toute la faveur populaire est acquise aux compositions malsaines, où l'amour est présenté sous les couleurs les plus hardies et le mariage sous l'aspect le plus ridicule.

Ces quelques détails sur la muse foraine et populaire résument le caractère principal de la chanson actuelle. Nous laisserons de côté tant de productions banales, et, faisant un retour en arrière, nous parlerons seulement des hommes qui surent, en ce siècle, être à la fois chansonniers et poètes.

DESAUGIERS

Celui que la chanson devait rendre si célèbre, le futur président du Caveau moderne, débuta, fort jeune, par le théâtre.

« A vingt ans, mes premiers essais Au théâtre eurent du succès ; A vingt-cinq, ma muse enhardie Accoucha d'une comédie Qui fut sifflée en paraissant i ... »

11 composa plus de cent pièces de théâtre de toute espèce: comédies, opéras-comiques, vaudevilles, farces, parodies, soit seul, soit, le plus souvent, avec des collaborateurs pour une moitié ou pour un tiers. Mais là n'était point sa véritable vocation. Ce gai et vif esprit était fait pour la chanson, la vraie chanson française et gauloise.

Ses premières compositions en ce genre laissent voir quelques tâtonnements, quelques hésitations; on y sent encore la recherche du mot, du trait d'esprit, de la note amusante. Mais bientôt ses i^efrains prennent de la force, s'appuient sur une gaieté plus franche, et découlent naturellement d'une verve facile et abondante.

Nous citerons ensemble deux chansons, l'une de maître Adam, le Virgile au rabot, l'autre de Désaugiers, l'imitateur original, en cette pièce, du Menuisier de Nevers. Cette opposition des deux œuvres, où sur un ton semblable sont célébrés des goûts différents, offrira plus d'un trait curieux, plus d'un contraste frappant.

Chanson à boire.

Aussitôt que la lumière A redoré nos coteaux.

Je commence ma carrière Par visiter mes tonneaux.

Ravi de revoir l'Aurore, Le verre en main, je lui dis :

Vois-tu sur la rive more Plus qu'à mon nez de rubis ?

- Les Progrès de l'âge.

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