‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 10 sur 67 · SEVERIN, RUFFIN, GERARD · texte numérisé non relu

SEVERIN, RUFFIN, GERARD

SEVERIN. Qui est là?

RUFFiN. Amys.

SEVERIN. Qui me vient destourner de mes lamentations?

RUFFiN. Seigneur Severin, bonnes nouvelles.

SEVERIN. Quoy? elle est trouvée?

* Comparez Plaute :

Quid est? quid ridelis? Xovi omnes : scio fures esse hic coraplures,

Qui vestitu et creta occultant sese atque sedent, quasi sint frugi.

Quid ais tu? Tibi credere certuin est : nam esse bonum, e voltu cognosco.

Em! nemo habet horum? — Occidistil Die igitur, si quis habet ! Nescis ?

Heu me miserum ! {Aulularia, IV, ii.)

De même dans Molière : « De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point là caché parmi vous? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez, sans doute, qu'ils ont part au vol que l'on m'a fait.» {Avare, IV, vu.)

* A la vérité.

RUFFIN. Oy.

SEVERiN. Dieu soit loué! le cœur me saute de joie.

RUFFIN, â Gérard. Voyez, il fera ce que vous voudrez.

SEVERIN. Pense si ces nouvelles me sont agréables. Qui l'avoit ?

RUFFIN. Le sçavez-vous pas bien? G'estoitmoy.

SEVERIN. Et que faisois-tu de ce qui m'appartient?

RUFFIN. Devant que je la livrasse à Urbain, je l'ay eue quelque peu en ma maison.

SEVERIN. Tu l'as donc baillée à Urbain ? Or fay te la rendre et me la rapporte, ou tu la payeras.

RUFFIN. Gomme voulez-vous que je me la face rendre, s'il ne la veut pas quitter?

SEVERIN. Ce m'est tout un, je n'en ay que faire; tu as trouvé deux mille escus qui m'appartiennent, il faut que tu me les rende, ou par amour ou par force.

RUFFIN. Je ne sçay que vous voulez dire.

SEVERIN. Et je le sçay bien, moy. {A Gérard.) Monsieur, vous me serez tesmoin comme il me doit bailler deux mille escus.

GERARD. Je ne puis tesmoigner de cecy, si je ne voy aultre chose.

RUFFIN. J'ay peur que cestuy soit devenu fol.

SEVERIN. 0 effronté ! tu me disois à ceste heure * que tu avois trouvé les deux mille escus que tu sçais que j'ay perdus, puis tu dis que tu les as baillez à Urbain, afm de me les rendre. Mais il n'en ira pas ainsi : Urbain est emancippé, je n'ay que faire avecques luy.

RUFFIN. Seigneur Severin, je vous enten ; nous sommes en équivoque : car, quant aux deux mille escus que dictes avoir perdus, je n'en avois encores oy parler jusques icy, et ne dis que je les ay trouvez, mais bien que j'ay trouvé le père de Feliciane, qui est cest homme de bien que voicy.

GERARD. Je le pense ainsi.

SEVERIN. Qu'ay-je afaire de Feliciane? Vostre maie peste, que Dieu vous envoyé à tous deux, de me venir rompre la teste avec vos bonnes nouvelles, puisque n'avez trouvé mes escus!

RUFFIN. Nous disions que seriez bien ayse que vostre fils doit estre gendre de cest homme de bien.

SEVERIN. Allez au diable, qui vous emporte, et me laissez icy.

RUFFIN. Escoutez, seigneur Severin, escoutez ! Il a fermé l'huys I

{Les Esprits, acte V, se. ii.)

1 Tout à l'heure, il n'y a qu'un instant.

« Simple et méfiant tour h tour, et toujours à contre-temps, dit Sainte- Beuve, Séverin croit fermement avoir retrouvé sa bourse, quand on lui parle d'autre chose; mais qu'on lui affirme positivement qu'elle est retrouvée, il se gardera bien d'y croire, »

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