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LA DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE LA LANGUE FRANÇAISE

l'ii jeune gentilhomme vendomois, Pierre de Ronsard*, obligé, dil-on, par une surdité précoce, de renoncer à la cour, se remet

1. ^î. Scève, Délie objet de plus haule vertu, Lyon, 1541 ; Lyon, Schcuring, 18(.VJ. L. Labé, Œuvres, Lyon, 1555; Paris, 1S87, Lemerre.

2. Biographie ; Ronsard, ne le II seplenibre l52-i, ûls d'un nuiîlre d'hôtel de François !'■•'. lui page (hi dauphin, puis du duc d'Orléans; il suivit Madeleine de France en Ecosse, puis Lazare do Baïf à la diète de Si)ire. enfin Guillaume Du Bellay à Turin. En 1541, il rencontra en Touraine celle qui fut sa Cassandrc. Devenu sourd, il étudie avec, Baïf, et s'enferme quelque temps au collège de Goquerct, «lont Daurat était devenu lo lirincipal. Du Bellay so joignit plus lard à eux. La publication du Recueil de Du Bellay faillit le brouiller avec Ronsard, qui se voyait devancé : il n'avait encore publié en 154S qu'une ode dans lo recueil de Pelletier. Les Odes el les Amours de Ronsard excitèrent un enthousiasme universel. La sueur du roi, Marguerite, duchesse de Savoie, se déclara sa protectrice. Marie Stuarl aussi le poiitait fort. Mais ce fut sous Charles IX surtout qu'il fut en faveur : ce roi visita le poêle dans son prieuré de Saint-Cosnie, lui donna plusieurs abbayes et bénéfices. Sa ferveur catholique le lit fort attaquer par les i-alvinisles, qu'il ne ménapea pas dans ses divers Discours et Reviontrances. Sous Henri ill, il fut de celte Académie du Palais que le roi tenta d'établir : mais le poète de la cour est Desporles; la gloire de Ronsard ne pâlit pas cependant, et reste entière dans les provinces et ix l'étranger. Le Tasse, en 1575, lui lisait les premiers cliauls de sa Jérusalem. Marie Sluart, de sa prison, lui envoyait un cadeau en 1583. Après Cassandre et Marie, Hélène (U. de Surgèrcs) était l'objet des amours du poète : ces derniers sonnets sont d'un platonisme ingénieux el mélancolique. Dan» ses dernières années, Ronsard habitait son prieuré de Saint-Cosme ou son abbaye de Croixval ; souvent il venait il Paris, soil cliez son ami Galland, principal du collège de Boncourt, soit dans une maison qu'il avait à l'entrée du faubourg Saint-Marcel (rue Neuve-Saint-Élicnne-du-MoDt). Il mourut à Saiut-Cosme, le 27 déccmbro 15â5. Du Perron ût iod oraison /unèbre,

à l'étude : pendant sept ans, avec un de ses amis, Antoine de Baîf, il travaille le grec et pratique les écrivains anciens sous la direction de riielléuiste Daurat; il rêve de fabriquera sa patrie une littérature égale aux chefs-d'œuvrirqu'il admire : il rencontre dans irne hôtellerie Joâchim Du Bellay, le doux An^^evin, plein des mêmes ambitions et des mêmes espérances. D'autres se groupent autour de ces trois, et Ronsard forme la Brigade, qai bientôt et pkis superbement devint la. Pléiade : champions d'abord, astres ensuite delà nouvelle poésie française. Avec Ronsard, Baïf et Du Bellay, Belleau, Pontus de Thyard, Jodelle et Dauràt complétèrent la constellation. La Pléiade est aristocratique et érudite : elle a pour chef un courtisan, elle compteùïi Hellénïste, quin'à pour ainsi dire rien écrit en français. Odi profa7ium vulgiis est sa devise et son principe : dans l'école de Marot, c'est la toute populaire facilité, le terreà-terre familier de la poésie frivole qu'elle poursuit. Elle méprise ces poètes de cour, guidés, conmie dit Du Bellay,

Par le seul naturel, sans art e't sans doctrine.

Elle apporte, elle, un art savant, une exquise doctrine : l'art et la doctrine des Grecs et des Romains, des Italiens aussi, qui sont à l'égard de nos F'rançais, comme on l'a déjà vu, la troisième littérature classique. Elle apporte une haute et fière idée de la poésie, qu'elle tire de la domesticité des grands, qu'elle interdit à ta servilité intéressée, des beaux esprits : la poésie devient une religion; le poète, un prêtre. On connaît les vers fameux de Charles IX à Ronsard:

Tous deux également nous portons des couronnes : Mais, roi, je la reçus : poète, tu la donnes....

Ces vers apocryphes ont leur vérité. Le poète donne l'immortalité. Dispensateur de la gloire, il ne doit chercher d'autre salaire pour lui que la gloire. 11 respectera son œuvre : il n'aura souci que de la faire belle; de cette beauté la gloire sera le prix. Donc il ne la formera pas sur le goût d'un public ignorant et léger: il bravera, s'il le faut, le ridicule; mais il écrira ce qu'il doit écrire, conlormément aux grands modèles et au sentiment de son âme. 11 sera grave, comme qui fait œuvre éternelle et divine; plus enthousiaste que plaisant, et dédaigneux des saillies qui font rire. Voilà comment, dans quel esprit, sur les traces des anciens et des Italiens, la Pléiade a jeté brusquement la poésie hors des voies anciennes et populaires; avec un mélange unique de noblesse aristocratique et de superbe érudition, elle a tenté de prodigiëiises nouveautés : elle a voulu tout d'un coup renouveler les thèmes poétiques, changer les genres, refaire la langue.

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