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POÉSIE ÉRUDITE ET ARTISTIQUE

(Depuis 1550)

Poètes mystiques et subtils: les Lyonnais. — 1. Ronsard et la Pléiade. Poésie aristocratique, érudite, grave, laborieuse. La Défense et Illustration de la laïujue française. — 2. Introduction des genres anciens. Restauration de l'alexandrin. — 3. Élargissement de la langue : procédés de Ronsard. — 4. Aspiration à la beauté. Manque une idée directrice : la connaissance nette du mérite essentiel par où valent les œuvres antiques.

Marot est plus exquis que large : il est loin de remplir notre idée de la poésie. Il ne remplissait pas même celle des liommes de son temps. Beaucoup cherchèrent alors à traduire dans des vers les hautes conceptions de leurs intelligences, les inquiétudes profondes de leurs âmes : à leur rafllnement, à leur obscurité, à leur laborieuse aversion du vulgaire naturel, on serait tenté de ne voir en eux que la « queue » des grands rhétoriqueurs. Ils sont autre chose pourtant, car ils ont le sérieux et la sincérité. C'était le cas déjà de Marguerite : c'est celui d'Heroet, le subtil, mystique et platonicien poète de la Parfaite Amye, c'est celui de Pelletier, le chercheur de voies ignorées, le curieux ouvrier de formes et de rimes.

Mais la transition de Marot à Ronsard se fait surtout par l'école Ijonnais.e : Despériers s'y rattache, et par ses longs séjours à Lyon, et par ses vers dont la médiocre qualité laisse pourtant apercevoir quelque profondeur sérieuse de sentiment et certain effort d'invention rythmique. Lyon, dans notre histoire littéraire, a eu des destinées particuhères ; l'Allemagne, l'Italie, la France y

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ni(Moiit li'urs génies; l'activité pratique, l'industrie, le commerce, les intérêts et les richesses qu'ils créent n'y étoulTent pas les ardeurs mysliques, les exaltations âpres on tendres, les vibrations profondes ou sonores de la sensibilité tumultueuse : c'est la ville de 'Valdo et de Ballanche, de Lajirade el de Jules Favre. Au xvi" siècle, Lyon avait do plus des imprimeries florissantes : des souffles y parvenaient qui mettaient biea du ttirps à atteindre Paris, et la pensée s'y exprimait plus libremf>nt, loin des théologiens soiboniques et des inquisiteurs toulousains. La vie de l'esprit y était intense : dans ce monde inquiet et ardent, les poètes étaient nombreux, et les poétesses piesque autant. Deux noms lésument les tendances du groupe : Maurice Scève, compliqué, savant, singulier, obscur, avec une sorte d'ardeur intime qui soulève parfois le lourd appareil des allusions érudites et de la forme laborieuse; Louise Labé, la fameuse cordière, qui fit le sonnet mignard aussi brûlant qu une ode de Sapho '. Dans l'école lyonnaise apparaît comme une première ébauche de l'esprit de la Pléiade.

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