l'erreur de la plél\de
Son but, c'est par les rythmes, par le choix et l'ordre des mots, de créer une forme belle. « Tu te dois travailler, dit-il, d'être copieux en vocables, et tirer les plus nobles et signifians pour servir de nerfs et de force à tes carmes, qui reluiront d'autant plus que les mots seront significatifs, propres et choisis. » Voilà qui est excellent. Mais, dans sa fuite de la platitude, Ronsard force la construction française : il dira « l'enflure des ballons », à la mode des .vers latins, pour les ballons enflés. Le tort qu'il a eu, c'est d'essayer. Icela deux siècles et demi trop tôt : nos romantiques ont légué à Mios naturalistes le goût des substantifs abstraits mis à la place des adjectifs classiques. Une erreur plus grave de Ronsard, c'est! d'avoir méconn'u la~v'aleur poétique de ce que M. Taine appelle si/ bien les mots de tous^ les jours. Entraîné par son préjugé aristo-' cratique, ce gentilhomme poète trouve plus de beauté, de grandeur dans les termes de guerre, et dans tous ceux qui désignent les occupations de la vie noble. C'est confondre fàghsusement la qualité sociale avec la dignité esthétique.
D'autre part, si curieux qu'ait été Ronsard de s'éloigner du vulgaire, il n'a jamais hésité à condamner les auteurs turbulents qui, « voulant éviter le langage commun, s'embarrassent de mots et manières de parler dures, fantastiques et insolentes ». Il veut que Ton soit clair, en n'étant pas commun ; et, qu'il s'agisse de l'élocution ou de la conception, il hait l'extravagant et l'inintelligible.
On a tort de lui jeter toujours à la tête le quatrain qui précède la Franciade : car il a posé nettement pour règle que les inventions du poète devront être « bien ordonnées et disposées, et bien qu'elles semblent passer celles du vulgaire, elles seront toutefois telles qu'elles pourront être facilement conçues et entendues d'un chacun ». Tout au moins d'un chacun qui soit honnête homme, de bon esprit et suffisamment cultivé.
On oppose généralement Ronsard aux classiques : il serait plus juste de noter combien déjà le jugement de Ronsard est classique. Ce qui lui échappe, et à tous encore, c'est le trait d'union de l'antiquité et de la vérité, le principe qui concilie, réunit l'imitation et l'originalité : ce sera la grande trouvaille du xvn" siècle, et de Boileau, de fonder en raison le culte des anciens. Ronsard n'a pas vu nettement que les anciens sont les modèles, parce que la nature est fidèlement exprimée en leurs œuvres, et qu'ainsi de s'adresser à eux, ou à la nature, c'est la même chose : que du moins ils nous guident dans le choix des objets et des moyens d'imitation.