‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 114 sur 504 · S1 P0É8I8 ÉRUDITE ET ARTI8TI0UE · texte numérisé non relu

S1 P0É8I8 ÉRUDITE ET ARTI8TI0UE

Faille de celte idée directrice, il hésite, il s'embronille, il patauge, ils'ôgaro. Il n'arrive pas plus que Du Bellay à définir nullement ce qu'est le ronouveilctnfMit des ihèmesd'inspiration qu'il lente: la l'iéiado n'a fait rien moins que île placer dans le st-ntituent la soiiire de la po(^sie, qui jusque-là était placée dans l'esprit. Ce que Villiin seul avait l'ait en deux ou trois endroits, d'exprimer les plus intimes réactions de l'individualité au contact de la vie, de mettre par conséquent une sincérité sérieuse au fond de l'ieuvre poétique, Ronsard et son école en tirent la loi et comme l'essence de la poésie moderne. Par eux elle fut apte à devenir, selon la belle formule que M. Rrunetière a donnée du lyrisme, la réfraction de l'univers à travers un tempérament.

Mais ici Ronsard n'a pas eu une nette conscience de l'œuvre à laquelle il travaillait. Toutes ses formules sont vafiues ou fausses. Il demande « une naïve et naturelle^ poésie ». En bon classique, il préfère la vraisemblance à la vérité, c'est-à-dire la vérité générale à la vérité particulière, les êtres normaux aux monstres accidentels. Mais quand il veut s'expliquer, il ordonne au poète « d'imiter, inventer ou représenter les choses qui sont ou qui peuvent être » : voilà qui va bien, mais il ajoute : « ou que les anciens ont estimées comme véritables ». Kt cela gâte tout. Car bien qu'il n'ajoute cela que pour justifier l'emploi de la mythologie, je sens là une erreur générale : Ronsard pose les anciens à côté d(! la nature, non comme- oITrant déjà la nature, mais comme égaux à la nature dans les choses même où nous n'y trouvons ni raison ni vérité, où leur nature enfin n'est pas la nôtre. Et du coup la sincérité de la poésie reçoit une grave atteinte.

De là vient cette stupéfiante Préface de la Franr.iadc, où, précisant le retentissant appel de Du Bellay, il enseigne à faire le pillage méthodique des trésors de l'antiquité, à mettre les Grecs et les Romains en coupe réglée; où l'imitation se fait un décalque servile, matériel, irraisonné; où, sans plus regarder la nature, sans entrer non plus en contact avec l'àme des anciens, on leur arrache ce qu'ils ont d'extérieur, de relatif, de local. La poésie devient comme un magasin de hric-à-hrac gréco-romain, où sont entassés péle-méle toute sorte d'oripeaux et d'accessoires : et il est étrange (pie Ronsard, qui avait le bon ^'oùt d'aimer « la naïve facilité d'Homère », n'ait pas vu que le meilleur moyen de ne pas rcssenibltM" à Homère était précisément, pour un homme du xvi« siècle..., de s'habiller, de parler, de marcher comme le lointain aède des temps lii'roi(|ues. Cependant, ici encore, il n'y a cpie demi-mal, si la force du tempérament est capable de soulever ou d'écarter la masse énorme des réminiscences. C'est ce qu'il nous faut maintenant demander aux œuvres de la Pléiade.

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