JOACHIM DU BELLAY
Du Bellay • précéda Ronsard : en même temps que sa Défense^, il publia son Olhr et son Recueil. Il offrait au public le sonnet etl l'ode : il donnera aussi le premier modèle de la satire régulfèrejf à la romaine.
C'est un doux et fin poète, fluide et facile, d'ime grâce sérieuse 'i et souvent mélancolique : aussi dissemblable que possible de ; Marot, et d'une inspiration toute lyrique et personnelle. Quand il ' songeait à Mellin de Saint-Gelais, iT^îsait bien du mal du pétrarquisme : quand il mit son amour en sonnets, il pétrarquisa. Il
1. 'Biographie: Joachim du Bellay, ruiusin du cardinal et du sire de Lan^ey; le grand évtjnement de sa vie est ce séjour de trois ans qu'il fît à Rome, comme intendant du cardinal. Il mourut à trente-cinq ans, en 1560. Son petit Lire est h 48 kil. d'Angers, à un demi-kil. d'Ancenis. ville bretonne, que son patriotisme angevin n'a jamais consenti à nommer une fois.
Éditions : La Défense, VOlive, le Recueil, 1540. (Le privilège de VOHve et de h Défense est daté du 20 mars 1548.) Œuvres, Paris, 1569 et 1573; Rouen, 1590; éd. .Marly-Laveau.x, 2 vol. in-8, Lemerre, 1866-67 ; ia />(?/■£«««, éd. Chamard,'in-8, 1904; Œuures poéliquK.s, éd. Chamard (Soo. des textes français modernes, 1. 1, 1908). — A consulter • Sainte-Beuve, ouvr. cité. Turquéty, Bulletin du bibliophile, 1864. Léon Séché, J. du Bellay, iu-t2, Paris, 1880. De Nolhac, Lettres de J. du Bellay, Paris, 1883. FaKuet, XVI" Siècle. Brunetière, Évolution de la critique, leçon I. }f. Chamard, J du Bellay, 1900; Vianey, les Sources italiennes de l'Olive, 1900; Villey, les Sources italiennes de ta Défense, 1908.
2. L'école de Marot, comme on sait, fit une réplique à la Défense : celle critique, ■ le Quintil Boratian, a été attribuée à Ch. Foolaine, qui donne le livre comme de Barthélémy Aneau (cf. H. Chamard, Revue d'Iust. lill- 15 janv.
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ne se piquait pas trune inflexible raideur. Il eût pu dire qu'il ne firenait pas Pôlrarqu*; tout à Tait du mt^me cflté que Saint-lielais : et malgré loulcs les mièvreries et mignardises de KUiic, il est vrai que le côté tendre, ému, sincère de Pétrarque ne lui a pas échappé, et qu'en l'imitant il a exprimé <lans ses sonnets une façon d'aiintr sérieuse et ardente, un idéalisme sentimental, qui ne ressemblent guère au pélrarquisme grivois de Saint-(ielais. Pour l'ode, Du Bellay, comme toute l'école, s'efface et s'absorl»».' I dans Boiisard, et de lui comme de Ronsard il sera vrai de dire que I ses meilleures odes sont des chansons ou des élégies.
11 restera dans notre poésie, comme un des maîtres ju^^onnet ; Yion pas par son Olive, malgré des pièces exijuises, mais par ses Regrets et ses Antiquit('s romaines. Exilé à Home dans son poste d'intendant du cardinal Du Bellay, triste d'être si loin de son « petit Lyre », et ne pouvant penser sans larmes à la « douceur angevine », son àme endolorie n'en était que plus sensible aux impressions de ce monde étrange où elle languissait. Et toutes ces impressions se fixaient dans de pénétrants sonnets : sonnets satiriques, plus larges que des épigrammes, plus côndërî^êS^qTïê" des satires, expressives images des intrigues de la cour romaine et des corruptions de la vie italienne; sonnets pittoresques, où la mélancolique beauté des ruines est pour la première fois notée, en face des débris de Rome pa'ienne; sonnets élégiaques enfin, où s'échappent les plus profonds soupirs de cette àme de poète, clfusions douces et tristes, point lamurtiniennes pourtant : elles ont trop de concision et de netteté, et il y circule je ne sais quel air piquant qui prévient l'alanguissement.
Enfin, dans quelques pièces, Du Bellay se révèle comme un excellent ouvrier de rythmes vifs et délicieux : tout le monde connaît ces Vœux iVxin vainieur' de blé au Vent, un petit chefd'œuvre d'invention classique, je veux dire de cette véritable invention qui ne consiste pas à créer la matière, mais à lui donner àme et forme.
Toutefois Du Bellay n'avait pas l'étoffe d'un chef d'école : il avait I trop de déUcatesse, trop de facilités à suivre tous ses goûts; pas lassez d'orgueil, de force et, si j'ose dire, de volume. Il ne pouvait Vque jeter quelques charmantes œuvres dans le cours de la poésie française, non pas le détourner ou le rectifier. D'autant qu'il ne faisait pas l'expérience complète et décisive : son imitation n'abordait |»as de front la grande antiquité; il allait à Virgile plutôt qu'à Homère, à Horace plutôt qu'à Pindare; il s'amusait aux Italiens, comme Pétrarque, aux modernes latinistes, comme Pontanus \pu Naugerius.
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