‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 13 sur 504 · POUR LES ONZIÈME ET DOUZIEME ÉDITIONS · texte numérisé non relu

POUR LES ONZIÈME ET DOUZIEME ÉDITIONS

Voici bientôt vingt ans que la première édition de cet ouvrage a paru.

Pendant ce temps, mes recherches, mon enseignement ne m'ont pas apporté seulement des connaissances nouvelles : j'ai dû, connaissant plus et mieux ma matière, abandonner quelques-uns de mes premiers jugements.

Des corrections et des additions importantes ont été faites dans toutes les éditions; la bibliographie notamment a été tenue au courant. Toutefois ilme devient de plus en plus difficile, ce volume ne pouvant se dilater à l'infini, de signaler toutes les publications nouvelles qu'il est utile de connaître. Je prie le lecteur de compléter les notes de ce livre cl l'aide de mon Manuel Bibliographique de la Littérature française moderne (1500-1909), qui ne tardera pas à être achevé.

Dans la septième. édition, en 1902, j'ai cru devoir donner quelque chose de plus. J'ai remplacé le dernier chapitre par une étude en grande partie nouvelle.

Depuis 1894,1a situation littéraire s'était éclaircie. Le sens du mouvement s'était précisé; des œuvres étaient venues donner clarté et garantie aux théories. Il était doncpossii)lc de substituer aux indications flottantes et aux points d'interrogation auxquels j'avais dû me résigner d'abord, des vues d'ensemble plus nettes et des jugements plus fermes.

J'ai corrigé, dans ces deux éditions nouvelles comme daus les précédentes, les inexactitudes ou les erreurs de faits. Lors que de récents travaux ou mes propres études m'ont amené à

"^^Ill AVERTISSKMENT.

fairodes inocliliialiDnsoudes addilionsimporlanlesj'ai place enirc crocliols le texte nouveau ou refait. Mais, dans les matières de sentiment et d'opinion, il m'a paru qu'il serait dangereux de me borner à. substituer un jugement à un autre; il y aurait de quoi dérouter les jeunes gens qui rencontreraient des affirmations dilTérenles, selon qu'ils prendraient une édition ancienne ou récente. 11 m'a paru meilleur pour leur éducation littéraire de leur montrer moi-même en quoi j'ai varié : j'ai donc laissé subsister en général mon premier texte, et j'y ait joint une note indiquant brièvement dans quelle mesure et pourquoi j'ai changé davis'.

Je serais disposé actuellement — est-ce l'efTet de Tàge? est-ce parce que je me prèle plus souplement à toutes les œuvres? — à détendre certaines sévérités. J'ai peut-être exagéré autrefois limporlance de « l'intelligence » (entendez la capacité d'analyse et d'élaboration des idées abstraites), dans la littérature, et j'ai été peut-être trop dur à certains artistes dont l'esprit, inhabile à l'abstraction, n'opérait jamais que sur des images et des symboles sensibles. Je puH» rendre aujourd'hui plus de justice à cette forme de pensée, impropre aux démonstrations, mais fortement suggestive.

J'ai peut être aussi trop aimé la métaphysique, et trop estimé les écrivains acharnés à sonder l'inconnaissable aux dépens de ceux qui se renfermaient dans le monde ne l'expériencf^ Je comprends mieux et je goiHe davantage aujourd'hui les esprits positifs, réalistes, et pratiques, qui n'attachent de prix aux idées qu'en raison des faits qu'elles expriment et de la [)rise qu'elles donnent sur les faits.

Ainsi Vintelligenrr d'un Hugo et l'in^t'/Zi^ence d'un Voltaire me sont toutes les deux devenues plus sensibles, et je les vois avec plus de sympathie.

:iU Juillet 190'J — 14 Juin l'.li2.

I. Ces notes de ropi-nlir on de noiivorsion soroni, sipiialéf s par l'inrlicalion : //• ou 12* f!d. Elles no si^nalnnt qiicli's v.irintions iinpoi-lnntes. Je ne me suis pas interdit les menues relourhes qu'il eùl clé fastidioux de souligner toujours.

Page 1