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L PROGRES ET CARACTERE DE MALHERBE

Les premiers vers de Malherbe (loTo) sont d'un provincial pour qui Vauquelin est un grandhomme *. Ses Larmes de saint Pierre (lo87)

1. A consulter : Lolhcisscn, Ge-^chiclde dcr franz. Literalur im xvii Jakrhundert, Wien, 1877-84, 4 vol. in-8.

2. Biographie : François de Malherbe naquit à Caen en 1555 d'une famille de magistrats locaux, l'aîné de neuf enfants. Son père élait protestant dès 1541 : quatre de ses frères et sœurs furent baptises dans TEirlise léformée. Malherbe resta catholique, s'attacha au duc d'Ançrnulême, fils naturel de Henri II, et le suivit en Provence comme secrétaire, en 1576. Il avait fait 1 année précédente ses premiers vers, a. l'occasion de la mort d'une jeune fille, Geneviève Rouxel. Il se maria en 1581 à la fille' d'un président au Parlement de Provence, Madeleine de Coriolis, deux fois veuve déjà: il en eut trois enfants. ;i qui il survécut. Après la mort du duc d'Angoulême (1586). Malherbe vécut en Normandie, a^sez frêne, il fil imprimer en 1587 ses Larmes ie saint Pierre, qu'il dédia a Henri III. Il habita de nouveau en Provence de 1505

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sonl <li^iit's de Despoitos ; l'oiigiiial est ilHlicii, vl la Iradurtiun en rend à mervoillc raffrterie hrillaiile. I>a oonsolalioa ii ûu l'crier (lo'J9) et l'ode à Marie de Médicis (1600) marquent une iiK'illcure manière, et plus orij^inale. Malherbe suit son siècle : il inaiclie vers la simplicité et vers le naturel; ses vers ont cette altondance aisée, cetle mollëssê^aimaHe, ces vtves couleurs «jui sont les i|ualités communes de la littérature au temps de Henri IV. l'ne touche plus Terme, certains accents de vij.Mieur, et surleut la beauté achevée du travail révèlent la personnalité de l'écrivain. La Prière pour h; roi allant en Liinoiisiu, par la douce alline de la slrojihe lleurie d'images, n>st encore que la perfection du style des Montchiétien et des Rertaut: ruais déjà dans l'ode sur l'attentai de Jacques deslsles(l()0ij), plus sensiMemcnt dans l'ode sur le voyage de Sedan (1007), le sjjle se serre, se tend; les iniaj^es se ramassent en traits énergiques et pn'cis; l'elt'ortde l'artiste qui veut égaler son expression à sa pensée se trahit par une sorte de brusquerie nerveuse; cette poésie forte, pleine, un peu dure, trouvera ses plus complètes expressions dans la Paraphrase du Psaume CXLV oX dans VOde à Louis XIII allant cMtier la Rébellion des hochelois (1628).

Voilà le progrés de Malherbe, qui aboutit à la création du style dont la première génération des classiques du xvm« siècle usera. Il n'avait pas un tempérament très riche. Chapelain estime qu'il « a ignoré la poésie », et le met, pour le génie naturel, au-dessous de Ronsard, ce qu'accordent aussi La Bruyère et Hoileau. En cflét, si l'on regarde les quatre mille vers qu'il a écrits, ce n'est ni l'abondance des idées, ni la force de l'imagination, ni la profondeur du sentiment qu'on y peut admirer. Ce poète lyrique n'a

à 1598 et (lo 1599 à 1605. En 1600. h Aix, il offrit son Ode déjà de bienvenue à Marie de Médicis. Iji lfi05, Djs Yvoleaiix lo présenla au roi, à qui Dti Perron l'avail loué, cl sur la recominnndalion de Henri IV, le prand écuyer, M. do BcUepardp. donna une charge d'écuyer du Hoi au poêle, qui fut aussi Kenlillionime de la chambre. Il fui bien Irailé de la r('';,'enle, (jui lui donna une i)ension. Il élait assez Apre solliciteur, et savait se faire payer de ses vers. Louis XI II lui donna 500 crus pour un sonnet, et Richelieu le fit trésorier de France. Séparé amicalement de sa femme, qui vivait en Provence, les f^rands chagrins lui vinrent par son Uls Marc-Antoine, qui se flt condamner il mort |xiur duel, et qui, à peine gracie pour cotte affaire, était tué dans une autre querelle en 1626 : le vieux Malherbe )iiiursuivit éncrtriquemenl le meurtrier et ses conipapnon", qu'il accusait d"assas9iniil. Il mourut en UWS.

Éditions: fKw<rrs, Paris, 16:îO, in-1; éil. Lalanne (coll. des Grands Ecrivains), Ilachelle. 5 vol. in 8, 1862. - A consulter : Sumte-Beuve, Poésie au xvi» siècle. Uonn- Al))heran, Hvcherclics hioijraphiques sur Mnihcrhe, Aix, 1810, in-S De Oournay. Éliitic sur la vif et les trurres de Mnllierhe {M'im. cle r.\c,'id. de Cacn), IS52. A. Gasté. In Jeunestr df Mallierlir, Caen, IS'JO, in-8. ti Allais, A/iil/ierhc, IS0\ K. Hruuot, la Doctrine de AJiilherbc. Paris, 1891. in-8. F. Hiuneticre, lu liéforme de Mulkerhe et l'évolution des (j cures. Hevue des Deux Mondes, I" diSrembre 189"2. .\\\\quA, Anecdotes inédites sur Mnlherlw. sup^dèment de la vie de Malherbe par Hacau, Paris, I8th?. V. Uuurrieuuo, .Valherlie, l'oints obscurs et nouvenuxdcsa vie normande, Pari», in-8, 1896

guère parle' île la nature; il n'en tire même pas beaucoup de comparaisons, ou d'ima^'cs; celles dont il use le plus volontiers, et qu'il répète iurati|^ablenient, il les prend moins dans la nature que dans ia mytliologie et l'histoire. Il a Timagin-ation livresque de l'honnête iionime (]ui a fait ses classes et vécu à la ville. Il a parlé de l'amour, plus souvent qu'il ne l'a ressenti : plus ingénieux encore, plus guindé il plus aiambiqué, quand il adresse ses propres soupirs à la viconiitsse d'Auchy, que lorsqu'il porte ceux du roi à la princesse de (,onli. il a parlé de la mort : toujours on sent Horace, ou Sénèque, ou la Bible derrière lui. Il n'a guère varié les éléments de sa poésie : toutes ses grandes odes, à Henri IV, ù Marie de Médicis, a Louis XUl, au duc de Bellegarde, présentent les mêmes matériaux et le même argument : éloge des actions passées, prédiction des prospérités futures, développements moraux et applications mythologiques. Jamais il n'a pu parler à Henri IV sans lui promettre la conquête de l'Egypte.

Mais méfions-nous : Malherbe a pourtant une personnalité vigoureuse. C'est quelqu'un, c'est même un étrange original, que ce gentilhomme de Normandie, si fier de sa race, d'un si robuste orgueil, au verbe rude et incivil, autoritaire, brusque, indifférent en religion, mais respectueux de la croyance du prince et de la majorité des sujets, très soumis à l'usage et très épris de raison, disputeur, argumenleur, philosophe et fataliste, plus stoïcien que chrétien, très matériel et positif, au demeurant honnête homme, et de plus riche sensibilité qu'on ne croirait d'jbord. La mort de son fils Marc-Antoine l'aflbla : bien des années auparavant, il avait écrit à sa femme, sur la mort de leur fille, une lettre déchirante. Sa poésie est plus étroite et plus sèche que sa nature. Il n'a guère laissé passer dans ses vers que les parties de son humeur qui étaient inséparables en lui de toute pensée : il a retenu, renfermé tout ce qu'il a pu de ses émotions intimes. S'il a donné un sonnet h Marc-Antoine, ce consolateur de Du Périer n'a pas fait un vers sur sa propre fille, qu'il pleurait tant. Je 9ens chez Malherbe, dans le choix des idées et des thèmes, un effort pour écarterje particulier, le su.bj.ectif : il choisit les sujets où son- espTîl" communie avec l'esprit public, les sujets d'intérêt commun. Il chante la paix rendue à la France, l'ordre restauré avec la monarchie, la haine de la guerre religi'euse et civile : choses qui lui tiennent au cœur, mais à tout le- monde avec lui. Il dit aussi les grands lieux communs de la vie et de la mort; il les dit en apparence g:ans intérêt personnel, dérobant la particularité de ses expériences sous l'impersonnelle démonstration de la vérité générale. Qu'estce à dire, sinon qu'il élimine le lyrisme au profit de l'éloquence, qu'il donne à la raison la préférence sur le sentiment, et qu'enfin

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il rst d'un temps où le moi commence à paraître haïssable? Prenons Malherbe dans ses bonnes pièces, dans ses odes historiques et ses stances relif,'icuscs : ce sont des (inivres fortes et sim- Sies, où il y a, en vertu même dfs sujets, plus de cunviclioû qxie ë'passion. plus de raisonnement tpiè d'ilTusion; lu niouvetnenl, la chaleur viennent surtout de rintelligenCe. Cela est sombre, juste, fort, exactement proportionne et solidement équilibré : en un mot, cela est cxniipld. Bonnes en elles-mAmes, ces pièces sont excellentes surtout par les leçons qu'elles donnent : et Mailnrbe a bien entendu qu'il en fûl ainsi. Sa [iratique n'est qu" le reflet et l'effet de sa théorie, où l'ont amené, aux environs de I an lOOO, sa réflexion, le besoin profond de son espiit, et sans doute aussi 1*^ contact d'une inlellif,'ence telle qu'était celle du pivsident Du Vair.

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