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REFORME DE LA LANGUE ET DE LA POESIE

Avec une très claire conscience du possible et du nécessaire en l'état prcrsent des choses, Malherbe lit la liquidation générale du xvi*^ siècle, il fut grammairien autant que poète; il se donna poùfr mission de réformer la langue et le vers, et d'enseigner aux poètes a manier ces deux outils du travail littéraire. Avant toute chose, il est de son temps; et c'est pour cela qu'il réussit. Il ignore Ic^ Grecs, et méprise Pindare; il est plutôt latin; ou mieux il est tout français, et donne autorité à ceux des' Latins qui lui offrent des modèles de son goût intime : aux orateurs tels que Tite-I.,ive, aux moralistes tels que Sénèque, aux gens de savoir et d'esprit tels que Stace. Il [néprise les Italjens, en théorie, onrore qu'il se laissr aller trop souvent à faire des^Kunles. 11 ne distingue la poésie de la prose que par le mécanisme, non point par la nature de l'inspiration. Dans l'une comme dans l'autre, il demande les mêmes qualité» de conception et d'exécution, il poursuit le même résultat, qui est Y éloquence. Aussi sa doctrine, en dehors des règles techniques du vers, s'applique-t-elle à toute la littérature aussi bien qu'à la poésie.

Es|)rit exact plutôt que vaste, minutieux, formaliste, il s'attache passionnément à perfectionner la langue. Dans sa chambre de l'hôtel de Uellegardo, dont les six ou sept chaises étaient toujours occupées, il donnait des arrêts qui décidaient du sort des mots : de quel ton brusque et rogue, c'est ce que les lourdes incivilités du Commcntiiire sur Desportes nous permettent aisément d'imaginer. Tout ce qui regardait la pureté du langage était pour lui affaire d'importance. « Vous vous souvenez, dit Balzac, du vieux péda-

gogue de la cour et qu'on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes, et qui s'appelait lui-même, lorsqu'il était en belle humeur, le grammairien à lunettes et en cheveux gris.... J'ai pitié d'un homme qui fait de si grandes dilférences entre pas et point, qui traite FalTaire des gérondifs el des participes comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de l'autre, et Jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire avait accoutumé de dii'e que depuis tant d'années il travaillait à dégascoHuer la cour et qu'il ne pouvait pas en venir à bout. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période, et l'an climatérique l'avait surpris délibérant si erreur et doute étaient mascuhns ou féminins. Avec quelle attention voulait-il qu'on lécoutàt, quand il dogmatisait de l'usage et vertu des participes? »

xMalherbe s'était doimé pour tâche de nettoyer la langue française : il voulait mettre dehors les archaïsmes, les latinismes, ii^s mots de patois, les mots techniques, les créations arbitraires, mots composés ou dérivés, entin tout ce dont l'ambition du siècle précédent avait surchargé, encombré la langue. 11 voulait la réduire aux mots i^ureincni français, comme disait Du Bellay. Est-ce à dire qu'il nous ramenait à Marot? Non, et bien au contraire; car sa règle était l'usage, l'usage présent et vivant sans doute, non pas l'usage des gens qui étaient morts depuis trois quarts de siècle. Cela revient à dire que Malherbe acceptait précisément les innovations que l'usage avait consacrées, repoussait celles que l'usage avait condamnées : il n'appauvrissait pas la langue, il la débarrassait. La langue qu'il mit à nu, dans sa beauté nerveuse, c'était celle même que le xvi^ siècle avait formée : il ne lui enlevait que ce qu'elle se refusait à assimiler, ce qui la chargeait sans la nourrir. On peut blâmer ses décisions dans le détail, et il y en eut d'injustes, de bizarres, d'ineptes : en principe, par l'esprit général, son travail était excellent.

Mais où Malherbe prenait-il l'usage? Il semble se référer toujours au langage «courtisan », et d'autre part nous savons qu'il donnait autorité aux crocheteurs du port Saint-Jean, ce qui semble assez contradictoire. Mais rappelons-nous qu'il s'acharnait, comme dit Balzac, à dégasconner la cour, et nous comprendrons que le " courtisan », au nom duquel il blâmait Desportes, était pour lui un idéal plus qu'une réalité. Le « courtisan », c'était sans doute la forme exquise de la langue que le peuple de Paris offrait à l'état brut et non raffiné ; les crocheteurs de la Grève devaient fournir l'étofTe, et la cour y mettre la façon; mais il n'est pas au pouvoir de la cour, ni même du roi, de faire français ce qui n'est pas du français de Paris.

L'usage aussi lui fournissait la règle du sens et du genre des

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