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DESCARTES

A la différence de Balzac et de Chapelain, Descartes * est tout indépendant du monde; je dirais même qu'il est indépendant de

1. Biographie : René Descaries (1596-1650) fait ses études chez les jésuites, à la Flèche ; puis il s'en va servir comme volontaire sous Maurice de Nassau et sous le duc de Bavière : il parcourt lu IlolIanJe, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne, la

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la litttM'ature de son temps. II n'est pas cause des œuvres mnlenlporaines de son œuvre : il est très peu cause (cause directo, hien entendu) des œuvres qui ont paru apr^'S son oMivre. Mais il est coinino la conscience de son siècle : j'aperçois chez lui nettement ce (ju'il faîTilTâîr Iic"aucoTip~de peine et de temps poui- analysai' dans la société et dans la littérature du temps; il révèle certains dessous, qui expliquent les caractères apparents. A ce litre, on ne saurait lui refuser une place ici.

L'écrivain, en Descaries, a peut-être été surfait. Il a une phrase longue, enchevêtrée d'incidentes et de snbonlonnées, alourdie di' relatifs et de conjonctions, qui sent enlin le latin et le collège. Il la manie avec insouciance, la laisse s'étaler sous le poids de la pensée, sans coquetterie mondaine et sans inquiétude arlisticpie. il est demeuré étranger au souci de ses contemporains, qui travaillaient la forme : il n'a ni la phrase troussée de Voiture ni l'ample période de Halzac. 11 retarde sur eux : il en est resté à Montchrétion, à François de Sales, aux néirli^ences faciles. .An reste, il a de ffrandos qualités, une plénitude vi|,'oureuse, une justesse exacte, *t ceilaines fusées d'imagination qui l'ont d'autant plus d'effet, éclatant parmi les lignes sévères des raisonnements abstraits.

Deux ouvrages de Descartes marquent surtout dans l'histoire littéiaire : le Discours de la Méthode (1637) et le Traité des Passions (1640!. Ils se complotent par la cornspondance.

I,e Traité des P'fss/o?»s, qu'on a trop souvent le tort d'abandonner aux philosophes, est du plus haut intérêt. Je fais abstraction de la physiologiiî fantaisiste qu'il contient, et qui est celle que le lemi^s permettait : notons-y pourtant la fermeté de la conception générale, qui lie tous les faits moraux à des mouvements de la matière. Descaries ne perd jamais de vue que les passions de l'âme sont accompagnées de modifications physiologiques, qui se traduisent par certaines contractions ou au contraire certaines (lélcntes de certains muscles, en d'aulros termes par une sorte de

Suisse, ritftlie. Il rentre à Paris nn 1635, et s'y cache pendant deux ans a tous ses amis, pour tauvcr son temps et son iiidopciulanco. lin KW9, il part ponr In Uolisndr. et réside à Leyde, à Utrecht, à Amsterdam, jiiMiu'a ce que, tourmenté par les lliéolo!.'i'!ii» do Leyde, il an-eple les oITres de la reine Christine : il se rend .luprès d'elli- (>ii lOiO, et meurt en Sm-de. Il avait stippriniû en 163^5 son Trait''' du momlr. elTr.iyqu'il était pur la (condamnation île Gulilé-'. ut c'est pour suppléer i>ii .piclque façon ù ce Rpand ouvrafie, qu'il donaa son Discours de ta Méthode. — Éditions : Œurns fuMplùlcs, éd. Coubin, Paris, lfrî4. 10 vol. iii-S. Œuiires, p. p. Ch. Adaniol P. Tonnery. I-IV, correspondance, Cerf, 18',»7-1901, in-4. k consulter : Krautz, Kisai sio '^'hi'-tii/ue de IJexcnrles, Paris, 18S2, in-S; Brunotiém, J-Jtudrs critiques, et(!., t. Il: iV; Fouilléo, iJescarles, Paris, llaclielle, in-IC, 1893; Liard, Descartes, Alcan, 11) 1^, 1881; K. Bouillier, llisloirç de ta phHoso/thie cart-'sienne.'i ■^^A. in-lS, 1S(S* 2° éd. ; G. Lausou, lloi'dtfs ri Lirrf.i (le Héros cornélien et le Gcuereux sulon !>».-.carle:^), lS\>b. iu-l2 ; L'in/h'ruce de Descurh's sur la tilt. fraiiç(iis,\ Hcvuo du Metaobybique, juillet iS96.

TROIS OUVRIIilRS DU CLASSICISME. 397

mobilisation partielle ou générale des organes en vue de certains cffels Cette concordance continue du physique et du moral produit cette conséquence, que Descartes ne considère pas les pas sioris du point de vue sentimental, mais du point de vue prati(pie r elles ne valent pour lui que par l'action qui les suit; il ne songe pas à en composer la vie de l'âme, abstraction faite du reste.

Il n'a point de respect pour elles, n'y voyant que le reflet m<^ntal des impressions physiques; et sans s'arrêtera en mesurer la qualité, la délicatesse, à noter la grâce de leurs frissons ou la majesté de leurs ondes, il les traite comme de brutales impulsions de l'instinct, qui se classent selon leur conformité à la raison et aux « jugements fermes et déterminés touchant la connaissance du bien et du mal » que la raison fournit. Ainsi, dans l'amour : « lorsque cette connaissance est vraie, c'est-à-dire qu^ les choses qu'elle nous porte à aimer sont véritablement bonnes, l'amour ne j saurait être trop grande, et elle ne manque jamais de produire la - joie. Je dis que cette amour est extrêmement bonne, pour ce que, ' joignant à nous de vrais biens, elle nous perfectionne d'autant * ». Et dans une à me bien faite, l'amour qui n'est que le désir du bien, se i portera toujours au plus grand bien connu : et le degré de l'amour

!sera en relation avec la perfection connue de l'objet; il sera' goût, amitié, dévotion. « On peut avoir de la dévotion pour son prince, pour son pays, pour sa ville, et même pour un homme particu- I lier, lorsqu'on l'estime beaucoup plus que soi )>; mais « son prin- < cipal objet est sans doute la souveraine divinité, à laquelle on ne [ saurait manquer d'être dévot lorsqu'on la connaît comme il faut ^ ». > Il arrive souvent (pie, conmie les animaux déçus par des appâts l sont conduits par la nature à leur mal, les passions se portent à ^ de faux biens. La raison n'a pas elle-même de force pour faire f dominer ses jugements : c'est le rôle de la volonté, à laquelle il r appartient de déterminer ceux « sur lesquels elle résout de conduire les actions de la vie ».,

La théorie de la volonté est l'âme du Traité des Passions, et elle est fort remarquable. La volonté n'agit pas directement mv les passions, mais elle les modifie indirectement à l'aide de l'imagination, elle les réduit les unes par les autres, enfin elle est toujours maîtresse d'en suspendre les effets extérieurs : elle commande l'action, avec, sans ou contre les passions. « I-es âmes les plus faibles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point à suivre certains jugements, mais se laisse continuellement emporter aux passions pré.sentes, lesquelles étant souvent contraires

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