‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 164 sur 504 · Annen Thi'àtre françnii:i, Bfbl. rlziv. , l. NUI · texte numérisé non relu

Annen Thi'àtre françnii:i, Bfbl. rlziv. , l. NUI

LA TRAGÉDIE DE JuUELLK A I.UILNKILLE. 421

pour coiilenter le peuple >k Cependant, dès lors, les unités ont cause gagnée. Pendant quelques années on semble chercher un moyen terme entre Tunité et la multiplicité, soit par la juxt;ii)Osition de lieux réellement contigus, soit par une certaine indétermination du lieu. Enfin, à partir de 1640^,on^eu^tjdire^ue la doclrim classique. règne dans toute sa rigueur.

L'établissement des unités aristotéliciennes fut certainement une victoire pour la critique érudite. Elle a, par là, fortement agi sur l'évolution de l'art dramatique en lui fournissant la formule de ses œuvres. Cependant il ne faut pas s'y tromper : Aristote n'a pas tyrannisé le goût français, il n'a point jeté notre tragédie hors de sa voie naturelle. Bien au contraire, à qui lira attentivement les tragédies de Hardy, ou la Mélite de Corneille, il apparaîtra que le drame français tendait à se conceatrer, et que, laissé à lui-même, Il sOùt, un peu plus tard peut-être, mais un jour certainement, régularisé. 11 eût retranché l'excès de mouvement extérieur qui détourne de l'explication des causes morales. Les unités n'ont fait que hàlcr et servir la définition de la forme où tendaient secrètement les auteurs et le public : et ce ne sont pas les érudits, c'est l^,.JH522~ûiîi~^~^.i^ triompher Aristote sur notre scène. « Je dis~ que les règles du théâtre ne sont pas fondées en autorité, mais en raison. » Celui qui parle ainsi est l'un des plus entêtés défenseurs des règles, c'est l'abbé d'Aubignac dans sa Pratique du théâtre '.

En venant au théâtre, la société polie y avait apporté sa sécheresse d'imagination et son instinct rationaliste. Sur cette itiisérable scène de l'Hôtel de Bourgogne, à la maigre lueur des chandelles, le contraste de la réalité signifiée et de l'image figurée était trop fort; on remarqua que la forêt était un arbre, la mer un . bassin; on s'étonna que rAlleiuagne et le Danemark, ou même la place Royale et les Tuileries ne fussent séparés que par quelques toises, et qu'en une heure le héros eût vieilli de trente ans. Cela ne parut pas raisonnable, ni croyable. Les extravagances romanesques des tragi-comédies ravissaient : mais l'insuliisance de l'imitation scénique choquait. On ne sut pas passer du décor simultané au décor successif, qui pourtant ne fut pas fout à fait inconnu. Les unités offraient une idée qui séduisit les honnêtes gens : celle d'une imitation exactement équivalente à la réalité, et capable ' ainsi de l'aire illusion. En leur vrai sens, elles représentent le minimum de convention qu'on ne peut retrancher dans la reprcsentcition de la vie : on suppose que le plancher de la scène est un autre lien quelconque du monde, mais toujours le même lieu, et que les doux heures du spectacle peuvent contenir [q-a évene-

1. Éditions : Iu-4, Pans, 1657; AnisUrdaui, 2 vol. in-JÎ', nSô.

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ments d'une journée : mais l'idéal où Ion tend, cesl de réduira la durée de l'action à la durée de la représentation. Ainsi l'établissement des unités fut en réalité une victoire du réalisme sut l'ima^'ination : et voilà pourquoi elles s'implantèrent chez nous, et non en Espagne, ni en Angleterre.

Partout, lorsqu'on discute sur les unités, c'est bien la question du réalisme de la mise en scène qu'on discute : et chez Tit-so '-t chez Sidney nous en avons la preuve. Chez nous, dès le xvi« siécl»;. Scaliger avait posé nettement le problème, lorsqu il ne traitait deunités qu'à propos de la vraisemblnncc Tout énidit qu'il était, r ne suivait p;is Aristote, mais la reiison, lorsqu il impliquait dani'unité de temps l'unité de lieu dont la Poctique n'avait rien dit, e'. lorsqu'il réduisait l'unité de jour à cinq ou six heures pour la rapprocher autant que possible de la durée réelle du spectacle. Ce; règles donc, qui sont devenues cause de tant d'invrais^^mblano'?dans la déca'i^nce du théâtre classique, se sont imposées comni»,condition nécessaire de la vraisemblance : on en méconnaîtrait le caractère si l'on perdait de vue un seul moment a quel état de la mise en scène elles se rapportent. Il suffit de hre la Pralique du th^dtre [>our s'apercevoir que d'Aubignac bataille contre une forme de drame qui est celle des mystères, et pour comprendre que, dans les règles aristotéliciennes, le rationalisme classique a trouvé un moyen d'éUminer de la scène les derniers vestiges de la fantaisie jadis naïve du moyen âge. Il s'en est servi pour resserrer le poème dramatique dans l'espace et dans le temps, c'est-à-dire pour pbicer l'intérêt dans l'action rtorale et dans le mouvement des caraclères plutôt que dans l'agitation des corps. On peut diri. que par les unités l'esprit classique s'est construit la forme littéraire la plus apte à l'exprimer; et sans doute il n'était pas nécessaire que Corneille écrivit le Ci'l en 1C36 : mais du moins, pour l'extraire du drame de Guillen de Castro, il lui fui utile de se sentir lié par ces lois nouvelles qui obligeaient de concevoir ia tragédie autrement que comme un roman découpé en scènes.

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