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DES PERSONNAGES SECONDAIRES

Autour de ses héros, représentants de cette force infinie qui est en nous et dont la plupart de nous font si peu d'usage. Corneille place des âmes moyennes, telles que la vie en présente à chaque instant; ces caractères de second plan sont souvent d'une observation curieuse, d'une vérité originale et fine. On n'a jamais assez remarqué ce qu'il y a mis de réalité familière. Il ne les saisit guère

1. Nicoméde suit £ki7i Sanche, qui lui est identique, mais le sujet, dans Z>0)» Sanche, était enveloppé de romanesque espagnol.

dans l'ctut do passion, dont il ne connait pps bien la particulière essence ni le nii-iMiiisme spécial. Ce qu'il aime, ce sont les demi- Icinles, les demi soiilinu'uts, les afTeclions simples et domesliques, les inclinations paisibles ou contenues, oii entre autant de connaissance que de passion; ou bien les caractères renfermés et compli(|ués, parfois les âmes égoïstes et médiocres : des amours de vieillards ', profonds, discrets, point du tout ridicules; des amiliés de frères *, coidiantes et fortes, contre qui l'ambition même et l'amour ne prévalent pas; des alTections de cour, composées d'intérêt ou (ramour-[)ropre, mais aussi de ^'oût sérieux et sincère ■' chez d'honnéles gens qui ont de la raison et de l'expérience; des intrigues ilc ministres ambitieux, de courtisans retors, de funclionnaires égoïstes, toute la mécanique des cours et des cabinets de princes *. Sauf une réserve pour la décence, il estimait qu'on pouvait présenter dans la tragédie toute espèce de caractèies, et il a été jusqu'à la bassesse presque comique.

Les dernières pièces de Corneille se caractérisent par l'élimination de plus en plus complète de la passion, même de Pexaltation : il ne reste guère que des volontés plus ou moins fortes, désintéressées et droites. Corneille s'est plu à y pei ndreces milieux politiques, où les sentiments sont nécessairement compliqués et modérés, tout au moins obligés à se manifester toujours avec modération, sans éclat, à «lelni-voix : il excelle à les rendre. Ces pièces sont nécessairement peu dramatiques : mais, sauf peut-être A(jt'sitas, elles ne sont pas m<''j)risables. Il y en a de singulièrement vraies, comme Othon, comme Pitkkérie, comme Suréna : c'est là qu'il faut aller chercher le roman vrai des mœurs politiques du xvm<' siècle, celui qui se dégagerait des mémoires et des correspondances diplomatiques. Ce bonhomme de (iorneille, par une admirable intuition, voit aussi clair que llelz, qui était de la partie.

Cette vérité, si simple, si peu accidentée, toute dans l'analyse line des caractères et l'exacte répartition des forces, est une vèi-ité (le roman, non de drame. Corneille l'a bien senti, et il a cherché une compensation à rinsuflisance dramatique de l'action morale pai' Pénergie dramatique de l'action extéiieure. Il choisit, comme suite des causes psycTiologiques, des faits extraordinaires qui secouent violemment ou saisissent fortement l'imagination : ainsi ce terrible cin(iuième acte de Uodogune, amené par quatre actes qui, malgré Cléopàtre el, ses éclats furieux, restent en somme

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