‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 177 sur 504 · VIE DE PASCAL. ' L · texte numérisé non relu

VIE DE PASCAL. ' L

S'il est inutile pour comprendre le théâtre de Corneille d'étudier les circonstances de sa vie, la biographie de Pascal est inséparable de son œuvre; il n'y a pas d'écrivain (]ui soit plus engagé dans ses livres de toute sa personne et de toutes les parties de son humanité.

Biaise Pascal * est né à Clermont, le 19 juin 1623, troisième enfant d'Etienne Pascal, piésidenl à la cour des aides de Clermont. Kn 1631, son père s'établit à Paris; il s'occupe de sciences physiques et mathématiques; et des savants, le Père Mcrsenne, Robervnl, fréquentent sa maison. A douze ans, le petit Biaise, dont on ménageait la délicatesse, donne de telles marques de son goût pour les mathématiques, que son père se décide à le laisser s'y appliquer librement : à seize ans, un de ses travaux, un traité des srclions coniques, étonnait Descartes; puis il s'occupe d'applications pratiques; il construit une machine à calculer. Son instrjiçlion littéraire parait avoir été fort courte; de ce côté Pascal est un " ignorant » de génie : c'est l'efTet qu'il produira plus lard à tout le ujonde. De bonne heure, dés 1641, épuisé de travail, il ressent les atteintes de la maladie qui n'aura pas sur le fond de son œuvre l'inlluence capitale qu'on prétend parfois, mais qui, du moins, exaspérant sa sensibilité, donnera à son style un frémissement singulier.

1. Nic;olt'.(lt'r.'8-lC05) suivit Araauld nii exil, mais se lassa el obtint de l'archovéque lie Paris la |)erniisaion fie reiiirer :\ Paris. Los premiers lissai* de morale et inslruotioiti tliéolof/iijvcê iiariircnl en 1(571,

2. ËaiUoas : i'roomciaies : édilious séparées, eu feuilles, du 23 janvier IfôO au

[.a famille Pascal était pieuse : un accident la donna au jansénisme. Etienne Pascal, devenu intendant à Rouen, s'étant cassé la jambe sur la glace, fut visité par deux gentilshommes normands qui tirent lire au jeune Biaise Jansénius, Saint-Cyran, Arnauld. La logique de la doctrine séduisit l'esprit du savant : il se jeta dans le jansénisme avec tout l'emportement de sa fougueuse nature; ot pour première marque de son application à la théologie, il dt'-nonça à l'archevêque de Houen un certain frère Sainl-Ange, dont la philosophie ne lui semblait pas orthodoxe. Il se fit aussi apôtre dans sa famille : il convertit son père et sa sœur Gilberte (Mme Périer) ', natures pondérées, et sérieuses sans violence, qui furent jansénistes avec une fermeté paisible; mais son autre sœur Jacqueline, une âme de même étoffe que la sienne, flère et ardente, médita dès lors de quitter le monde.

A partir de ce moment, Pascal est acquis au jansénisme. Mais il reste dans le monde, et continue ses travaux. En t648, il fait et fait faire à Paris, à Rouen et à Clermont les fameuses expériences qui mettent en évidence la pesanteur de l'air. Il écrit sa Préface d'un traité du Vide, le morceau fameux où, rejetant le culte de l'antiquité dans les sciences, il expose la théorie scientifique du progrès. A u milieu de ces travaux, chaque crise qui froissait son àme maladive int't à nu la profondeur de sa foi janséniste : de là la Prière pour le ion usage des maladies (1648), et de là la Lettre sur la mort de M. Pascal le père (1651). Même le germe de la conception qui inspirera les Pensées, de ce qu'on appellera inexactement le scepticisme de Pascal, existe déjà dans son esprit : la Préface du traité du Vide admet l'impossibilité d'atteindre à la certitude autrement que par

24 mars 1657; recueils, Colopne, P. de la Vallée [Amsterdam, Elzévier], 1657; Colocrne, N. Schoule, 1659. Trad. latine de Wendrocke (Nicole), Colofïne. N. Schoule (Amsterdam, Elzévier], 1658. Pensées : éd. de Porl-Royal, 1670; éd. de Coudorc.et, 1776; éd. de Boss'-'.. 1779; éd. Franliu, 1835 (revue en 1853); éd. Faugère {1'^ édit. conforme au manuscrit, sif/nalé par le rapport de V. Coushi), 184 i; éd. Havet. 1851; 2» édit., 1866, Paris, Dela^rave, 2 vol. iii-8; éd. Asiié, Paris et Lausanre, 1857 ; éd. V Hocher, Marne, 1873; éd. Molinier, Lemerre, 1877; éd. Michaud (dans l'ordre du manuscrit;, Fribourg, iQ-4. 1896. Les Provincialei, éd. Kaugère, Coll. des Grands Écriv., 2 vol. in-S, 1887-95 Œuoie.i coiapletKs, l""* série (jusqu'au AJémoriaL de 1654), p. p. L. Brunschvicg etP. Boutrou.K, 3 vol. iu-8, 1908, 3" série {Pensées) 3 vol. in-8, 1904 (Coll. des Ur. Écriv.), E. Juvy, Pascal inédit, 1908. — A consulter . ■Voltaire, Bemarques sur les Pensées de Pascal, A. VLnel, Études sur Pascal, la-S, 1846, Bel II and, /"ascai, in-8, 1890; Droz, le Scepticistne de Pascal, 1886; brune-'- Uère, Études critiques, t. I et 111; V. Giraiu], Pusml . Ihonune et l'a-Kvre, 1899, E. Boulrou.t, Pascal, 1900; F. Mathieu, Pascal et l cxpi'-rience du Puy-de Dùme, Rcv. de P.uis, 1906-1907; F. Strowski, Pascal et son temps, 190M908, 3 vol.

1. Gilberla Pascal (1620-1687) épousa en 16il Floiiu i'crier, conseiller à la cour des Aides de Clorniont; Marguerite Puri. r, la niiracul,:-e, et Etienne Peiier, l'auteur de la Préface de 1<)70, sont seri eulants. - Jacqueline Pascal (loi".- 1661), espn', vif, imagination de feu, lut comme une lufaul piodiye, obtint à treize ans un vvxr dé

la révf^lation. en matit-re de théolopie; la raison niAme, an progn-s de laquelle il croil ot travaille, n'a point ici de njôlliode qni vaille.

Cependant il mène une vie assez mondaine, a Clernlonl cl à Paris. La mort de son père a relâché autour de lui les liens de la famille, flilberte est en Auvergne, mariée à un magistrat. Jacqueline, dés la mort de son père, a déclaré sa volonté d'entrer à F'ort- Hoval. Chose étrange : c'est Pascal qui s'y oppose. Il y eut là une lutte pénible, (jue compliquèrent dts questions d'inlérét : enfin Jacqueline l'emporta et devint la Sd'ur Sainte-Kuphémie (16g5j. Hesté seul et libre, il se répandit davantage dans le monde. De ce temps serait ce Discours des passions dr imnour qu'on lui attribue : certaines propositions et le ton général de l'ouvrage sentent l'épicurien ; cette fois, le jansénisme de Pascal fut sérieusement en danger. Il songea même à se marier. C'est dans cette dissipation mondaine qu'il rencontre et fréquente des libertins, tels que Desbarreaux et Miton ; mais l'homme qui eut alors sur lui le plus d'influence, ce fut le chevalier de Méré', un fat de beaucoup d'esprit cl d'une intelligence singulièrement pénétrante, qui lui fournit le principe de quelques-unes de ses vues les plus profondes.

Une grande question semble avoir dès lors fortement préoccupé son intelligence : il cherchait une certitude, et si vraiment, comme le disaient les théologiens, il n'y en avait pas hors de la vérité révélée. C'est lace qu'il demandait aux philosophes, ;i Kpicléte, à Montaigne.

Mais surtout il aspirait au bonheur: il le réclamait; ileniii'mandait la voie au.\ philosophes; il le cherchait dans la science, par l'exercice de la pensée; il le rêvait au moins dans la vie mondaine, par la jouissance des passions. Un accident de voiture, où il fut sauvé par miracle, auprès du pont deNeuilIy, très certainement aussi l'évolution naturelle de ses idées-, l'impossibilité d'atteindre le bonheur permanent, infini où il as[)irait, et enfin l'insoluble mystère — psychologique ou théologique — de la gr;\ce amenèrent la crise définitive : cette nuit du 23 novembre 1654, nuit tl'extase et de joie, où face à face avec son Dieu, Pascal se tlonne à lui, et pour toujours. L'engagement en est consigné dans celte prière enflammt'e (}ue Pascal depuis porta toujours sur lui, cousue dans la doublure de son habit. Cette fois il avait, non pas exécuté définitivement l'abdication de son intelligence, mais trouvé la vérité supérieure qui pouvait mettre l'unité dans sa vie intellectuelle et morale, la vérité où étaient compris toute certitude et tout bonheur.

poi^sie. Après la mort dfi son père, elle entra h Porl-Royal, le 4 janvier 16.V2. Elle fi]l (les plus opposées au formulaire. — A consulter : Lettres, opuscules et mémoire* de Mme Hi'rier et de Jacqueline . etc., par P. Faugère, iu-8, Paris, 1845.

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