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LA POLEMIQUE DES SATIRES

Mais le critit[ne, pour nous, dépasse le poète, ou l'artiste : et la raison eîTest (juici Hoîleau ne représenté pIîrs~cTâns son œuvre son ti^mpéramenl personnel, mais le génie de son siècle, et la commune essence des grandes œuvres.

L'oMivre critique d<> Hoileau se divise en trois parties, qui correspondent à trois périodes de sa vie littéraire : dans les Satirjcs, il attaque la littérature à la mode; dans l'.Ar^ paHiquc, il définit sadocirine; dans les ïh' flexion)!, sur Lonrjin, il la défend.

Hoileau fonda dans les Satires ia critique littéraire, à peu près inconnue avant lui. On avait des Poétiques, des Arts, ou traités généraux et didactiques : et l'on avait, contre les œuvres particulières, des libelles, injurieux ou venimeux. On ne trouve d'examen impartial que chez Corneille, parlant de ses propres pièces, et chez d'Aubignac, qui mêla dans sa Pratique du thôùtre la critique à la théorie. Sous cette réserve, Boileau fut vraiment le premier il se constituer conseiller du public dans le jugement des écrits, à (iitreprcndn;, sans passion personnelle, pour de pures raisons <le goiU, de démolir (tu d'élever les réputations littéraires.

I.e public fut sur|)ris d'abord de la vigueur et de l'insistance di^ ses attaques, et nombre de gens le priient pour un médisant forcené : Montausier mit vingt ans à lui pardonner. Mais parmi la foule des auteurs (juc le^ Satires altciguaient, certains noms plus cruellement raillés, plus impitoyablement ramenés sous les yeux du public, indiquaient l'intention du pucte et le sens général ile ses attaques : dans la satire I, Saint-.Amant et Chapelain; (iliapciain dan> la satire VI; dans la sallic il, (J'ii'iault et

Scudéry; Chapelain dans la fameuse parodie du Cid; Cliapelain dans la IV^ satire ; Chapelain dans le Discours nu Roi, Chapelain dans le Dialogue des hc'ros de roman, avec Mlle de Scudéry et Quinault ; Chapelain encore, et Quinault, et Mile de Scudéry et l'abbé Colin dans la Satire III; dans la satire VIH. Cotin; dans la IX« enfin, dans cet admirable et terrible abatage de réputations, Cotin et Chape lain, avec Quinault, Saint-Amant, Théophile, et vingt autres.

Ce que Hoileau immole, ce sont les maîtres de la littérature précieuse, leurs genres et leur goût : les froides épopées avec Chapelain efScudéry, les romans extravagants avec Mlle de Scudéry, les petits veff alambiqués avec Cotin, la tragédie doucereuse avec Quinaull; c'est la poésie sans inspiration et sans travail, la négligence prosaïque et prolixe, la fantaisie subtile ou emphatique, les sentimenls hors nature et les expressions sans naturel. Il fait le proci's à toutes les œuvres où manquent et la vérité et l'art. Il oublie le burlesque, qui est. pourtant une des principales voies par où la fantaisie aristocratique s'est tirée loin de la nature : mais le burlesque aura son fait dans ÏArt poétique.

Cependant Boileau donnait nettement à entendre ses préférences. Il offrait à l'auteur de VÉcole des femmes des stances courageuses et la satire II; il opposait l'auteur (ï Alexandre à l'auteur d'Asirate; et dans une dissertation en prose, il osait humilier l'Arioste devant l'imitateur de sa Joconde. Racine, Molière, La Kontaine, ces choix étaient un programme. Peu à peu, le public prit conscience de la valeur exacte des Satires : elles l'aidèrent à débrouiller son propre goût, elles en fiàtèrent la maturité et en fixèrent l'orienlalion. Il y prit le courage de s'ennuyer librement, et de se plaire sans scrupule, scion la propre et intrinsèque vertu des œuvres.

Mais les battus n'étaient pis contents, et rendirent coup pour coup. Colia, Goras, tJoursault, Carel de Sainte-Garde, Saint-Sor'lin, Pradon, Bjnnecorse ', de 1666 à 1689, tentèrent d'écraser l'auteur de ces meurtrières Satires. Ils ne surent tiu'injurier grossièrement ou chicaner puérilement. Chapelain, pratique et sournois, tout en déchargeant sa bile dans un sonnet et dans des lettres privées, fit retirer par Colbert à Despréaux le privilège, que le roi lui rendit ensuite, pour l'impression de sesœuvres. Mlle de Scudéry cabala pour fermer l'Académie au railleur de Cyrus.

1. La Satire des satires et la Critique désintéressée, de Colin (16(:)6-1607); le Satirique berné en vei's et en prose, do Coras (1668); la Satire des satires, comédie, dj Bour.-^^uU(1669); Défense des beaux esnrils de ce temps par un satirique, de Carel de Saiule-Garde (1671); Défense du poème héroïque, et remarquff sur les œuvres héroïques du sieur Despréaux, de Desrnarels de Saint-Sorlin (1671) ; Nouvelles Remarques sur les ourraf/es du sieur D., de l'radon (168r)) ; /e Triomphe de Pradon sur les Satires du sieur D. (1686; ; Lutrigut, de Boiinecor'se (1686) ; le Satirique français expirant, de Prailou (1683).

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Roilouii ne it-pondil à aucune allatiuc ' : à quoi bon se jiistilier d'avoii' l'ail servit- sur une lalilc parisienne des alouettes au mois lie jitin'f ou d'avoir pillé Horace et Juvénul? a (|iioi bon démontrer qu'il n'avait j)as manqué à la majesté du roi, ou qu'il n'était pas allu'o, ou (|u"il n'avait pas été h.llomié? Les deux idées sérieuses ijtril pouvait di>tin;j!uri- parmi les invectives et les sottises, qu avaitil à y répondre? puisipi'aussi bien l'une était un éloge : c'esf quand i'radon lui doime le talent de poindre « en vers frappants » la réalité vulgaire; — et l'autre exprimait bien Cf* fiu'il était et voulait être : c'est quanti tons, successivement, lui reprochaient de n'élre (pTun fiourgeois, et de n'entendre rien an sublime des ruelles. Il suivit donc bonnement sa voie, et quand il eut ridiculisé ses adversaires, par des traits si justement assenés qu'ils sont devenus inséparai)les de leur mémoire, et partie intéjtjrante de leur délinition, il ex|)osa les principes de son f^oùt dans son Art pot'lique, auquel la neuvième Épilre se joint nécessairement.

il n'y a pas à réhabiliter les victimes de Boileau. 11 y eut dans sa polémique des exagérations, des brutalités, des exécutions somin;iires : nous qui voyons i|uelle(euvrc il faisait, où il tendait, nous ne pouvons lui en vouloir d'avoir un peu vivement prié les (Chapelain et )rs Saint-Amant de faire place aux Uacine et aux La P'ontainc. Entre les deux luttes qu'il soutint, au temps de son triomphe incontesté, iii 168;{, Hoilean a concédé du mérite à Chapelain, de l'esprit à Ouinaidl, du génie à Saint-Amant, à Brébeuf, à Scudéry : est-ce assez? En 1701 , il a donné du génie à Cotin même : n'est-ce pas trop? On a tenté en notre siècle bien des n^hnhilitiHi ans : on a pu rel 'ver iliéophile, Saint-.\inanl ; mais les grandes victimes surqui s'acharna Di'spréaux, il les a tuées pour jamais, et si bien tuées qu'il ne dépendait pas de lui-même de les ressusciter dans ses heures de clémence, (le (jue l'on peut dire de mieux en fav«'ur de quelquesuns, c'est que Boileau leur était redevable et continuait leur œuvre. Chapelain fut en son temps un des ouvriers de la doctrine classique. Mais, en 1660, il arrêtait le mouvem<Mit, loin d'y aider. Par indécision de goût, par complaisance d'homme du monde, il couvrait de son autorité la poésie à la mode, les précieux, les négligés : il n'était plus fju'un obstacle, dont il fallait à tout prix débarrasser la littérature. Kt de la, la complète, et nécessaire, et irrévocable exécution des Satires.

1. II se donna \c. lorl (loiirlanl dfi recourir ii 1 aiilorilô pour empiîchnr la rcpréseulallon de la remédie de Boiirsault.

ÛOlLEAU DESPRÉAUX. 40

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