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l'art poétique

\JArt poi'tique a ses défauts : une Jacijjc de l'esprit de Boilcan y apparaît. Son exposition est incohérente, alors que sa doctrini' est d'une parfaite cohésion. 11 pense par saillies; il n"a pas la t'acultc oratoire d'enchahier, de subordonner, de l'aireconverger ses idées. Elles jaillissent séparées, rayonnant autour de quelques foyers principaux. Quand il veut les relier directement I une à l'autre, ces ponts quil établit, et qui sont ses transitions, sont aussi maladroitement jetés que possible : rien de plus ridicule que les Irait' sitions du second chant. Le quatrième chant tout entier est un appendice dont on ne sent pas d'abord l'utilité : il n'y est pas question de littérature, mais de morale. Fùn voici le sens : Boileau n'a garde de poser la moraJilc comme un des éléments consiifutifs de l'œuvre d'art : seulement, il l'exige de ra.rl|ste. Si la vérité, la sincérité sont les lois suprêmes de l'art, if n'y a plus lien, dès que l'artiste est honnête homme, d'exiger qu'il ait le dessein formel et particulier de faire une ojuvre morale : quoi qu'il fasse, il la fera morale, en vertu de sa nature. Et voilà pourquoi Bodeau poursuit le débraillé, le parasitisme, l'envie, la bassesse chez les poêles, comme les chevilles ou le galimatias dans les vers. Mais il n'a pas marqué nettement la liaison de ses con.seils moraux à ses règles esthétiques.

Quant au fond, Y Art poétique préjuge une grande question : y a^^ t-il une beauté, partant un goût absolus? Boileau n'en doute pas, et n'estime pas que certaihe7s Tonnes littéraires soient liées à certains états de civilisation, ni que l'idéal poétique puisse être relatif et variable selon le génie des peuples. Aussi ne s'est/-il pas soucié de ce qu'on appelle l'histoire littéraire, l'élude du dé\^ropperaent des littératures et des genres, l'examen des conditions et des jnUicnx, qui dans une certaine mesure déterminent la diiection du génie littéraire et les formes de son expression. Cela se sent dans VArt pvéliqne : il ignore tout ce qui n'est pas la littérature, et une bonne partie de la littérature. Tout le mo^en âge lui échaj[)pe, comme à presque tous ses contemporains : il voit Ih' xvr siècle moins netlement que Chapelain ou Colletet. .Même dans l'antiquité, il se représente très confusément, très inexactement, d'après Horace et Arislole, la naissance et les progrès du théâtre : il n'a Itas l'iiléc de ce qu'est une ode de Pindare et de ce qui la différencie d'une ode de Malherbe; il n'a pas sur Homère les inquiétudes ingénieuses d'un abbé d'Aubignac '; Homère est un très

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