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prosp! ol surtout qu'ellf est oxactcnirnl à iiotrr? mesure, h nous iiitrt'S Français. Son nian<|uc, c'est notre manque. De tous les écrivains de notre xvn*' siècle, Molière est, en effet, // pcnl-Otre le plus exaelement, largement et comjtlètement IVanrais, ' ' plus njème que La Fontaine, trop poète pour nous n-prèsenler. Au lieu que le ^énic de Molière n'est que les qualités françaises portéfs à un degré supérieur de puissance et *\e netteté. De là son -iiccès, qui fut très t,Tand de son temps, en dépit de ses ennemis, .i.imai'î ils ne purent lui aliéner le roi, ni même les marquis : ces iiiilu|(ins et petits maîtres dont il se raillait si joyeusement lurent les plus ardents à l'applaudir. Tout au plus, dans les dernières années, trouva-t-on que décidément il revenait trop souvent à la peinture des monirs bourgeoises, au lieu de présenter les mœurs de cour : il n'y avait pas assez de marquis dans ses dernières pièces! A peine fut-il mort, toutes les attaques, et les jalousies, et \cs réserves cessèrent; il fut classé comme un génie ininiilable et sans égal, et jamais peut-être réputation ne s'est soiilenue aussi constamment que la sienne.
• >. coniemi'ohains et successeurs de moliere.
.Molière n'était d'aucune école : il n'a par. fait école non plus, (lonime il n'avait pas apporté une théorie nouvelle, ni une foime nouvelle de son art, et que les qualités personnelles de son génie faisaient la valeur de son œuvre, il n'exerça pas l'influence qu'or, aurait pu croire. 11 contrihua — bien jnalgré lui — à enfoncer dans les esprits une idée fausse, née d'une élude superficielle de son théâtre : l'idée tl'une comédie de caractères, sans lableau.v de mii'urs, au comiqut; noble et conlenu, et qui serait la forme ^iipéiieiire de la comédie. .Ius(|u'à notre siècle, l'idée de la eoniédie de caractères, abstraite et sérieuse, hanlera le cerveau d'excellents écrivains. Et d'autre part, ceu.v qui n'auront pas de si hautes ambitions ne chercheront plus à donner une valeur universelle ni une portée moial* à leurs peintures de mœurs ou à leurs folles fantaisies : ils s'amuseront à des pochades et à des bdufl'oimeries sans conséquence.
beaucoup pilleront Molière, lui déroberont des traits, des scènes, des mots : nul ne chercherai sérieusement à prendre un sujet comique de la mène piise que ce grand maître. En somme, audessous de lui, après lui, la comédie continue son développement presque comme s'il n'ei"kt pas existé. Thomas Corneille ' donne
1. Thoni.is Corneillt! ( HV>:)- 1709). pntîli; Irapique el comique, et irrnmm.iiriftn ; /<« <''^mti's.%r il'Orijuril. /<■ /luron d'Àlbikrac, Don César d'Avalos. — Édition : Œiinfx,
toujours ses comédies à Tespagnole, de plus en plus joussées vers 'éiiormilé j^'rolesque des types : ou croirait qu'il n'apprécie dans Molière que Pourceauf^nac, si ce n'était simpleuicnt Scarron qu'il continuait. Montfleury rivalise avec lui de verve épaisse et copieuse : il charge les portraits, niul'ipiie les contorsions et lr>s travestissements, grossit la plaisanterie jusqu'à l'extravagance clTrénée ou l'indécence énorme, vrai lils, lui aussi, de Scarron. Nombre de comédiens * se mêlent d'écrire, et font prédominer dans leurs œuvres, selon la tradition offerte parle répertoire qu'ils jouaient ordinairement, l'intrigue à surprises et la bouffonnerie haute en couleur.
Il n'y a de peinture des mœurs, dans tout cela, que pour les travers les plus particuliers de certaines professions ou classes, qui sont les plus faciles à charger : médecins, gentilshommes campagnards, fanfarons de Gascogne. A ce genre appartienneni les Plaideurs de Racine, comédie demi-aristophanesque, énorme et superficielle d'invention, délicate et légère de style, grosse farce écrite par le plus spirituel des poètes. On pourrait laire une place à part à Quinault, pour sa Mère coquette : il y a une observation vraie et fine dans cette idée d'une mère jalouse de sa fille qui la vieillit -. Plus tard, dans les vingt années (|ui suivent la mort de Molière, c'est Baron ^ qui, dans son Homme à bonnes fortunes^ donne le plus considérable document sur les mœurs françaises, sur cette égoïste sécheresse qu'il sera du bel air désormais de porter dans l'amour : il dessine un don Juan au petit pied, sans ampleur et sans scélératesse, précurseur des méchants et des jolis hommes du xvui'' siècle.
Une forme de comédie trouve alors grande faveur : c'est la comédie en un acte, légèrement intriguée, suite de scènes plai- 3ant(;s reliées et dénouées au petit bonheur, forme littéraire en somme de la farce, dont elle garde le libre mouvement et l'absence de prétention. Molière s'y plait ; les poètes comédiens s'y tiennent 1^ plus souvent. Celte forme est employée souvent à mettre en scène des anecdotes : la comédie nous fournit pour ainsi dire le journal satirique et bouffon de la vie parisienne. A l'occasion
") vol. in-12, Paris, 1722. — A consulter : G. Reynier, Th. Coi-neille, sa vie et c:>r. temps. Harhette, in-S. 'i893.
1. Brécourt, Poisson, Hosimoat, Champmeslé, Hautéroche, Raisin, Guérin, etc.
■i. Le lalenl de Quinault est plus comique que trafique. 11 eut été un psintra déliDil lies sentiments uns et modérés. Ses tra^rédies abondent en traits et en rouplets (jui foni rofjrctter qu'il n'ait pas résolument rejeté, comme plus tard Marivaux, la forme de la trafrédie.
,3. .Micliel Boyron, dit Baron (1653-1729), illustre acteur, appartint d'abord à la troupe de Molière. A la mort de celui-ci, il passa a l'Hôtel de Bourgogne; puis il fut de la troupe formée, en 1080, paf la réunion des trois troupes de l'HAi.o), du l'aiais-Royal et du Marais, réunion d'où date la Comédie-Française — A consulter • B f.. Young, .Viiliel liuron, IQOi,
5;rJ , LKS OII.\M»S AUTISTKS cl.AsMni KS.
le ta«lrc j.'a^'raniiil : lk)iirsaull ' porte le premier sur le théâtre le joiirnah'smo, puissance nouvelle et mœurs nouvelles; il fait défiler les originaux c|ui assiègent le bureau du Mercure galant : avec assurance, il met le doigt sur la plaie, sur ce coup de fouet donné à la vanité par la publicité alTriolante du journal, sur la passion de léclame qui va corrompre jusqu'aux plus obscurs et moindres inéiiles. Thomas Conieille et de Visé, qui sont des journalistes, se distinguent parla j)restesse avec laquelle ils découpent en pièces faciles et médiocres le scandale ou l'événeinent du jour ',
Une tentative plus originale qu'intéressante se produit à la fin du siècle pour rendre à la comédie la valeur d'une instruction morale : par malheur il n'y a rien de plus contraire au dramatique, et au plaisir, que ce délilé de Tables dont les situations de la pièce ne sont que le prétexte ^ Uien n'est plus significatif que de voir, à la fin du xvii'- siècle et pendant le xviii"^, tous ceux qui essaient de renouveler la comédie, s'adresser l'un à La Kontaine, un autre à Boileau, d'autres à La Bruyère : personne à Molière.
La comédie se relève dans les vingt-cinq dernières années du règne de Louis XIV : elle finit biillamment avec Hegnard, Dancourt et Lesage. Regnard * est un vaudevilliste qui a du style, un Ouvert qui aurait le vers de Molière. Son Joueur, son hégatairc, ses Ménechmea ne sont que des folies. Il ne vise qu'au rire. Son sujet posé, il en tire tout ce qu'il contient de rire, avec unedogique extravagance, sans aucun souci de la réalité ni de la vraisemblance. S'il part d'une idée juste, d'une observation vraie, il se lu\te de la fausser, pour forcer le rire. Regardez le Joueur : il est naturel qu'un joueur oublie sa maîtresse, quand la chance le favorise, naturel aussi qu'il se retourne avec attendrissement vers elle, quand il est décavé, en jurant de ne plus jouer. Mais celle idée, qu'en fait Regnard? il la sent plaisante, et pour l'épuiser, il imprime à sa comédie ce mouvement symétrique de bascule, qui est le plus déplaisant des artifices du vaudeville.
Regnard n'a jamais songé à peindre les mœurs : s'il est le
1 . E. Boiirsaull (1038-1701), serait moins connu s'il n'avait clé rennemi de Boileau, ce Molière et de Kaciuo : circonslanoo fAcheuso pour son esprit, car son caractère est d'un très bonnèlc homme. — Édition : Théâtre, 3 vol. in-12, Paris, 1694 et n2â
2. La Devineresse (1679) qui exploite le scandale du procès de la Voisin.
3. Dans les l'ables d' Esope (1690) et /isoiic à la cour, de Boursauit.
'». J.-K. Hegnard (1055-1709), né à Paris, (ils d'un riche boiirpeois, voyacea en Italie, en Alger (où il fut esclave), en Hollande, eu Pologne, en Suède, en La|)onic, eu Allemagne; il écrivit pour la Comédie- Française, pour les Italiens et pour la Foire. Le Joueur, i&M; les Folies amoureuses, 170 i; les Ménechmes, 1705; le Légataire, 1708. — ÈdiUons : Ribou, 1731, 5 v. in-lî; Brière, 6 v. in-S, 1823. — A consulter : V Toldo, J':tudcs.iur le t/iMlre de /lefjnard {/ievue W /Jist. lUt., I90i-i90b); J. Guyol, le Fuite Rcytiard en son chdleaa de Crntlon, 1907.
témoin, malgré tout, des mauvaises mœurs de la fin du grand siècle et du commencement de cette joyeuse corruplion à^ laquelle la Régence attachera son nom, c'est sans le vouloir, parce que sa fantaisie est bien forcée d'aller prendre des matériaux dans la réalité. Aussi présentera-t-ii de jolis chevaliers et d'aimahles marquis sans le sou, joueurs, coureurs de dots et d'héritages, des filles délurées et impatientes de prendre leur vol, de rusées marchandes à la toilette : tout un monde débraillé et cynique, dont il s'amusera en toute innocence, sans faire le satirique ni le grognon, comme si c'étaient là les mœurs les plus naturelles du monde. Il jettera là-dessus son intarissable gaieté, ses mots imprévus, d'une fantaisie extraordinaire, ses couplets éclatants de chaude couleur et de verve pittoresque. Et il fera illusion; on le croira le successeur de Molière.
Dancourt * manque de style : il écrit à la diable, et ne fait guère que des pochades. Mais celui-là a voulu voù' et su voir : c'est un réaliste, sans amertume et sans prétention. Paysans de la banlieue rusés et cupides, escrocs de tous les mondes, notaires dignes des galères, procureurs âpres, joueurs et joueuses, bourgeois enrichis et avides de s'anoblir, gentilshommes i^uinés, avides de se refaire, chevaliers entretenus, comtes à vendre aux veuves que la roture ennuie, bals, tripots, foires, lieux de rencontre et de plaisir, tous Jes originaux marqués, tous les endroits à la mode, toute la vie du temps : voilà ce que donne Dancourt dans ses pièces anecdotiques, et dans ses grandes comédies, avec une verve toujeurs en haleine, avec une sûreté singulière dans le coup de crayon qui note un geste caractéristique, ou fait sortir une silhouette vivante.
Il a marqué le détraquement de ce xvni<' siècle naissant, il en a vigoureusement indiqué le trait essentiel et saillant, cette toutepuissance de l'argent, qui enfièvre tout le monde, déchauie toutes les convoitises, justifie toutes les bassesses et tous les orgueils. Dans ses œuvres les plus considérables, dans le Chevalier à la mode et les Bourgeoises de qualité, il a plaisamment mis en scène le nivellement social que produit l'argent, en dépit des préjugés héréditaires et des habitudes invétérées : l'équilibre maintenu par le prestige de la qualité, et de ce chef, le mendiant ou l'escroc titré reprenant l'avantage sur la bourgeoisie, qui se demande parfois si ce qu'on lui vend, amour ou nom, vaut bien les bons écus qu'elle
1. Dancourt (1661-1725) entra à la Comédie-Française en 1685 : le Notaire obligeant OH les Fonds perdus, 1685; la Di'-solation des joueuses, 1687; le Chevalier à la mode, 1687; la Loterie, 16J7; les Bourgeoises de qualité, M W; le Galant Jardinier, 17Û4, etc. — Édition : 1760, 1-2 vol. in-12. — A consulter : J. Lemaître, la Comédie après Alolière et le Théâtre de Dancourt, 1882, iu-16.
534 ^t-S UHA.NUb Aia'lSrti) CLAiblUltS.
làcJii>; «Miliii, lascensioii obstinée île l«)iil cc' qui a f;aj.'iié on volé, vers la nohiosse, vers les olïi<-ts el les alliances qui décrassent. II y a là (les jeux d'intéréls; de vanités, (jue Dancourb a décrits sans rien altétnier, et sans rien prendre au trafique.
Ce' réalisme bon enfant n'est pas celui de Turcaret (1709), la piincipale, on pourrait dire l'unique comédie de Lesape '. C'est le chet'-tra'uvre du réalisme dramatique. I ne baronne d'aventure qui |)ille le traitant Turearel, un clievalier qui pille la baronne, un valet et une soubrette qui volent la baronne, le chevalier et Turcaret, un M. Halle qui aide Turcaret à faire une usure effrontée et le plus impitoyable brigandage, voilà les originaux que Lesage nous présente, peints d'aj)rès nature, parfois même plus vrais que nature. Le réalisme cruel faU sonjLppaxiliûlLavec Lesage : il met dans la bouche de l'épais, impudent et vaniteux Turcaret de ces mots nature, qui font récrier, et qui sont des mots — plaisants et cinglants — d'observation satirique. Ainsi dans la fameuse scène où Hnfle rend compte à Turcaret des affaires dont il est chargé, le mol tant de fois cité, mot d'une na'iveté comique et d'une portée effrayante : « Trop bon, trop bon! Eh! pourquoi diable s'est-il donc mis dans les afl'aires!.... Trop bon! trop bon ! ^ >, Toute la pièce est écrite dans ce Ion, avec une verve âpre et triste, en sorte que l'on a peine à rire dans cet enchevêtrement de friponneries, sans éclaircie et sans arrêt, où seuls un valet balourd, un marquis ivre et une revendeuse forte en bec représentent les honnêtes gens. I.esage ne fera plus rien d'aussi serré ni d'aussi amer. Nous le retiouverons dans le xviii« siècle, auquel il ajipartient. Mais Turcaret est du xvn*" siècle, et ne peut se séparer des œuvres de Regnard ou de Uancourt, dont il est contemporain.
I. sur Lesace, cf. plus bas, p. 0C8 el suiv. — Turcaret fut donné au milieu de la iruerro de la succession d'Kspapm', dans le temps où le poupli' •^Inil h bout, et repnrdiiil les traitants comme les auteurs principaux de sa ruine. De là le tnn d'nmerlumi- (le l:i comédie, si ditréreul du Ion ordinaire do Lesaee. — A consulter : Brunetiôrc, f^pnq. </" '/'• /'''■- 8" conf. IJntilbac. /^sage, l" p., ch. Jii.
•.?. Turcaret, III, S.