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QUERELLE LES ANCIENS ET DES MODERNES

gnait Boileau comme V « Envieux Parfait ». Celait la Préface du Saint-Paulin (1686), où Charles Perrault saisissait l'Art podlique par son point faible, par l'otroilc théorie du merveilleux païen. La force du parti des modernes était dans les Perrault : ils étaient trois frères ', amateurs de lettres et de sciences, intelligents, présomptueux, actifs, remuants, mondains, pourvus do bonnes places et de la confiance de Colbert. Le plus jeune, qui entra le dernier en ligne, tut l'adversaire de Despréaux.

La querelle des anciens et des modernes éclata par son poème du Siècle de Louis le Grand, qu'il lut à l'Académie le 26 janvier 1687,

Les Régniers, les .Maynards, les Gombauds, les Malherbes,

Les Godeaux, les Racans,...

Les galants Sarrazins et les tendres Voitures,

Les Molières naïfs, les Rotrous, les Tristans,

étaient mis au-dessus des poètes grecs et romains. Après cette éclaftinte aflirmalion de sa thèse, Perrault en entreprit la démonstration : de 1688 à 1697 il lit paraître ses Purallèles des anciem et lies modernes, dialogues ingénieux et superficiels, d'un tour léger et mondain et dans lesquels sétalaient à la fois beaucoup dassulance et beaucoup d'ignorance. Un abbé, à qui Perrault attribue du génie, et qui le représente lui-même, défend les modernes rentre un Président qu'il donne pour savant et idolâtre des anciens, et qu'il fait imbécile : l'abbé est soutenu d'un chevalier, sot à boutades, à qui l'auteur confie le soin de lancer les énormilés paradoxales qu'il veut insinuer, et n'ose pourtant avancer sérieusiMuont. A travers les délours du dialogue, et les défaillances on les lacunes de l'exécution, voici l'argumentation qui se reconnaît : la loi de l'esprit humain, c'est le progrés; dans les arts, dans les sciences, nous faisons mieux, nous .savons plus que les anciens; donc dans l'éloquence aussi, et dans la poésie, nous devons leur être supérieurs. Les anciens étaient des enfants en tout : en tout,

1. Le quatrième frère, Nicolas Perrault, théologien janséniste, était mort depuis 1601. Pierre, le receveur frÔDéral, mourut en 1C80 : Claude, le médecin, larchitefite, le traducteur de Vitruve, mourut en 1688. Charles, prtimier commis de la suriutendance des bâtiments du roi, de l'Académie française depuis 1670, de l'Académie des belleslettres depuis la fondation, eut une grande part dans les mesures de protection et il'encouragement que prit Cojbert en faveur des sciences et des savants. H était en disgrâce, et vivait dans la retraite quand il lit le Saint Paulin et ses ouvrages postérieurs. Il mourut en 1703.

Éditions : Parallèles des anciens et des modernes, '« vol. iii-19, 16S8 1697; les Hommes illustres qui ont paru en finance pendant le xvii" siècle, 2 vol. in-fol. ; 3* édil. 2 lol. in-12, 1701; Mémoires, p. p. P. Bonoefon, 1909. Contes de ma mère l'Oye, petit in-12, 1697.

598 LA FIN nP, L'AGE CLASSIQUR.

les modernes représentent la maturité de l'esprit humain. L'étude des ouvrages littéraires vérifie cette généralisation. M. Le Maître l'st plus magiiili(|ue que Denioslluiie ; Pascal est au-dessus de Platon; Despréatix vaut Horace et Juvénai, et << il y a dix fois plus (Tinveiition dans Cijrus «pie dans l'Iliade. » Il y a six causes cpii font les modernes supérieurs aux anciens dans la littérature : le seul fait"d'étre venus les derniers, la plus grande exactitude de leur psychologie, leur méthode plus parfaite de raisonnement, liniprimerie, le christianisme, et enfin la protection du roi.

Aux cùlés de Perrault s'était rangé dès le premier jour Fontenelle, qui avait lancé son exquise el suggestive Diyre^i^ion sur les tiurlens (l les iitoilerncs ', où la question était traitée et résolue a jiviori. La nature est toujours la même, inépuisable en sa force, constante en ses effets : donc il nait autant de bons esprits aujourd hui que jadis. Chaque âge de l'humanité lègue aux suivants ses découvertes : donc les bons esprits d'aujourd'hui possèdent toutes les pensées des bons esprits de l'antiquité, et de plus celles qu'ils peuvent former eux-mêmes. A vrai dire, certains climats sont meilleurs (pie d'autres pour certaines productions, soit physiques, soit inlellecluelles; à vrai dire aussi, il y a des époques de recul, où les circonstances (guerres, etc.) étouffent les semences naturelles du génie : il nait une foule de Cicérons qui ne viennent pas à maturité. Somme toute, et en tenant compte de toutes les conditions, il se peut qu'en fait les poètes anciens n'aient pas été dépassés; s'ils ne l'ont pas été, ils peuvent l'être, ils iloivent l'être. Voilà la conclusion qu'avec toutes sortes de précautions insinuait Fontenelle : et les modernes le poussaient à l'Académie, où sa réception était la coufusion des anciens.

Ceux-ci pourtant avaient leur revanche : après avoir entendu le Siècle de Louis le Grand. La Fontaine rimait sa charmante Epitre à Huet, où il faisait hommage de la perfection de son œuvre aux anciens, où il les proclamait ses maîtres, où il disait nettement leur mérite essentiel, le naturel, et le |iéché mignon des modernes, l'esprit. La Bruyère, dans ses Caractères, soutenait la même cause, et forçait les portes de l'Académie, où son discours de réception était un éclatant hommage aux modernes qui s'étaient mis à i'ccole de ranti<|uité.

Ce|)eiidant Moileau, qui ne st- tenait pas de rage pendant la lecture de Perrault, Boileau n'éclatait pas. 11 grognait, lâchait dos

1. Kllu puiul en jauvier 1GS8, avatil It's i^dnilli'li's de Pcrraull, dnnl le 1" vol. est (!<■ la lin de l'année. I^a di^'resHon faisait comme suite à un ffiscoitrs sur la nature (lu rÉfflogue, où Foiilenelli' discutait tivs librement sur le mérite de Viririle et de Thi'orrile. Cf. aussi les Dialogues des morts (1683) : Socrafe el Montaigne, Krasiilrale et Hervé, Apicius el Galilée, etc.

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