‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 230 sur 504 · VUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE

^. Caractères généraux du xvii* siècle litréraire. — 2. Caractères génénaux du xvm" siècle littéraire. Contraste et continuité des deux é]Ojues. — 3. Deux moments principaux dans le xviii" siècle.

Le conlraste est .saisissant entre le xvii« siècle et le xviii'^ : et cependant celui-ci sort de celni-là, et le continue. La liaison est aussi étroite que ropposilion est grande. Pour nous eu rendre compte, il/aut nous remettre sous les yeux les traits s*^'n<^raux de. l'une et l'autre époque '.

i. I.E- DIX-SEPTIEME SIECLE.

A le prendre dans les œuvres les plus apparentes de sa littérature, le XYH" siècle est chrétien et monarchique. Son principe trorganisation lui est fourni par le souvenir toujours présent du xv!*" siècle, et par la volonté de ne pas le recommencer. De là la reconnaissance des pouvoirs qui «èglent,en dominant, la subordination de l'individu à la société.

1. A consulter : Vinel, Histoire de la littéra/nre française an .xvm' siècle, Paris, 1853, 2 vol. in-8 (l'Introduction). Brunetière, la Formation de l'idée de progrès, au t. V desÊtudes critiques. Fagnet, XVIII' siècle. Lecèno et Oudin, 1890, in-1'2(avantpropos}. G. LansoQ, Hevuc îles Cours, 190S-1900. — J'ai retouché re l" diaijiire d'après mes récentes études : les développements nouveaux ou refaits sont signales par des crochets {//" éd.).

622 LF.S ORIOINES DD DlX-HUlTlfcMR Slftf.LR.

Le xvii" siècle est splemlidemcnl, pcul-élre |)lulùl que profondément, chrétien. La liltcralure religieuse fournil presque tous les chefs-d'œuvre de notre prose; l'éloquence religieuse est toute noire éloquence. .Nos grands poètes tragiques sont chrétiens. I^a philosophie cartésienne, dont l'esprit est foncièrement hoslilc à la foi, se développe dans une forme concihable avec les dogmes de l'Église, chez Descartes, dans une forme hélérodo.ve, mais plus chrétienne encore, chez Malebranche. L'n courant de libre positivisme, de nîitiiralisme anlichrétien traverse bien le siècle, visible dans les OMivres de deu.v grands écrivains et dans certains cercles mondains. Mais nulle voix ne met directement en qm-stion les piiucipesde la foi : nulle voix surtout n'attaque la puissance de l'Eglise dans l'ordre temporel. La dispute est entre les églises, entre les sectes; il ne s'agit que d'orthodoxie et d'hérésie.

La royauté est maîtresse absolue. Les brouillons féodaux qui essaient de troubler les deux régences, sont mis en demeure de sacrifier à leurs intérêts personnels les prétentions traditionnelles de leur caste. Le peuple, sauf un seul jour, ne parait pas. Tout cède au roi, incarnation de l'Ltat. Aucun mysticisme politique ne se mêle dans le culte de la personne royale * chez tous les penseurs du temps, la royauté est reçue comme garante et protectrice de l'ordre. Sa fonction la fait sacrée. Ecartons la flatterie intéressée des courtisans, les servîtes théories des commis. !.,e culte du roi est la forme du sentiment national : on aime le roi par ce qu'il assure de prospérité, de grandeur, de gloire à la France. Mais Louis XIV absorbe et aiTéte trop en lui-même ces sentiments, taudis qu'un plus pur patriotisme se faisait sentir chez les écrivains antérieurs à 16G0.

Le roi dispensant les hautes classes de travailler au bien public, ce loigir développe les relations sociales, et donm' un éclat intense ù la^e de société. Les salons, où régnent les femmes, prennent autorité sur la littérature, à qui ils fournissent un public : ils l'obligent à se clarifier en s'étrécissant peut-être».

Cependant, dans ses plus belles œuvres, la littciature échappe à l'exclusive domination des salons. De précieuse, elle devient cinasiqite; et j'ai dit ce quêtait proprement le goût classique, une combinaison de la laison positive et du .sens esthétique. Les rcfy/es, dérivées de la tradition i,'réco-romaine. sont les conditions d'élaboration de la vérité intelligible en forme dart.

La vérité, scientifique ou philosophique, est toujours générale. La nature, qui est la même dans l'antiquité et dans le xvu'" siècle (puisque c'est sur cette identité que se fonde rimitation des anciens), ne peut être aussi qu'une nature générale. El ainsi

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l'exceptionnel, le particulior, est, en principe du moins, éliniini'. Par ici périt l'histoire, et le lyrisme se résout en éloquence. l.;i nature pittoresque, aussi, n"est pas objet de littérature.

Le xvii" siècle, intellectuel, raisonneur, oratoire, s'intéresse surtout à l'homme, et, dans l'homme, ;i l'âme. Sa littérature est essentiellement psychologique. Les uns analysent les passions, les caractères, les forces, .'es états de l'àme : d'autres construisent le formes générales qui contiennent et classent l'infinie diversité des tempéraments individuels. Les genres créés par le xvii'- siècle, maximes et portraits, sont des appareils enregistreurs de l'observation psychologique. ^

La littérature n'est pas militai^^e; elle respecte les cadre-; sociau.^Ia hiérarchie, les pouvoirs temporels et spirituels; elle tient pour résolues, ou elle écarte les grandes questions métaphysiques, qui sont essentiellement révolutionnaires. Elle exprime sereinement, impartialement, le monde et la vie, dans leur commune réalité, sans aspirer à en changer les conditions actuelles. Mais il ne faut pas croire qu'ene soit dédaigneusement arlislique, curieuse de beauté, et indifférente au reste : les résultats pratiques des vérités énoncées l'iatéressent. Cela n'a pas besoin d'èlre démontré pour la littérature religieuse; mais la littérature laïque est imprégnée du même esprit. Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Boileau, chacun a sa « morale », c'est-à-dire une conception des» règles qui doivent déterM^ner la conduite de l'individu, et des fins auxquelles s'adaptent ces règles. La société est faite : ils ne prétendent rien y changer; mais l'individu, qui vivra dans cette société, est toujours à faire : c'est cet individu à qui tous nos écrivains veulent imposer une forme.

La langue s'est façonnée à l'image du siècle : la langue diffuse, riche*, colorée, populaire, du xvi"^ siècle a disparu. La langue littéraire du temps de Louis XIII, encore pittoresque et empanachée,s'est réduite. Lhonnéte homme des salonsjgj fait une langue selon son besoin. 11 se distingue de ce qui est peuple : les ternies populaires sont exclus. Il « ne se pique de rien », « n'a pas d'enseigne », de marque de métier : éliminés donc les termes techniques, il cache son tempérament intime, les mouvements de sa sensibilité, s'il en a : il ne doit offi ir à la société que ce qu'il a de commun avec elle, et de communicable, sa- raijfOn. ses idées. La langue bannit donc.le^Kléments sensibles, émotifs ou pittoresqueson cherche à parler comme loflt le monde; on groupe les élément::, du langage selon les lois universelles.de l'usage, plutôt que selon la loi particulière de la personnalité. On fait une langue claire, simple, régulière, fine, tonte en nuances, et d'une exactilpdfk merveilleuse dans sa précision un peu sèche. ^

Lanson. — Histoire de îa Littéi-atnre fraaçaisp. ~l .

!\ LES ORIGINES DU DlX-Bl'lTlftMK SIÈCLE.

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