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'2. Il fut arrclé lu 16 mai; cette foi:», lu pièce coupable u était réuUemeut pas de lui.
LA JEUNESSE DE VOLTAIRE. b'.H
des (grands hommes qu'il admirait alors docilement avec le monde : La Motte; J.-B. Kousseau, Ciébilloii. Il (luit (Edipc, il coinineiiça la Hcnriade. En six ans (I718-172i), il va su l'airo reconnaître connue le plus grand poète lraj,'ique du temps, comme le seul poêle épique de la France. Il e.xcelle à préparer ses succès. Avant d'imprimer sa Henriade, il la porte de château en château, il en fait des lectures, il fouette la curiosité publique.
Cependant, après l'ombrageux despotisme, il éprouve la rassurante faiblesse du gouvernement. Le bonasse Héyeiit, qui l'avait embastillé, s'était laisse tirer une pension par une dédicace; et plus lard, au moment où le ministère venait de le contraindre à imprimer clandestinement à liouen sa Hcnriade, dont les exemplaires entraient la nuit à Paris dans les fourgons de la marquise de Bernière, Voltaire poussait sa première pointe à la cour, il recevait une pension sur la cassette île Marie Leczinska; cette petite dévote se laissait ensorceler par l'esprit du poète, â (jui la tête tournait en s'entendant appeler familièrement par la reine : c mon pauvre Voltaire ».
Une bourgeoise hérédité de sens pratique l'empêcha pourtant de se repaître de fumée, et tourna ses pensées vers les solides acquisitions. Voulant traiter d'égal avec ce monde hors duquel il ne pouvait vivre, il comprit qu'il ne fallait pas se mettre à la discrétion des grands ni aux gages des libraires; il voulut être riche pour ne dépendre que de soi. Utilisant ses relations avec les frères Paris, qui l'intéressèrent dans certaines entreprises, appliqué et entendu aux affaires d'argent, guettant les bons placements, il commença dès ce temps a se faire la plus grosse fortune qu'on eût encore vue aux mains d un homme de lettres.
Ces heureux commencements furent interrompus par un fâcheux accident. Voltaire se laissait aller à croire qu'il était à sa place naturelle dans le monde aristocratique où l'on accueillait son esprit : il devenait familier, impertinent. Quand le grand seigneur était un sot — cela arrivait même en ce siècle — et ne valait rien aux assauts d'esprit, il ne pardonnait pas à ce petit Arouet d'avoir pris sa noblesse pour plastron. Un chevalier de Rohan, en ^J^ïx lui fit donner des coups de bâton à la porte du duc de SijÏÏy^ chez qui il soupait. Le duc de Sully n'en fit qge rire. Voltaire appela le chevalier en duel. Cela parut outrecuidant; et la famille de Rohan obtint qu'on mit le poète à la Bastille. Voilà encore une des expériences décisives qui fournirent à Voltaire ses idées sur le gcHvernement de la France.
Au bout de cinq mois, on lui ouvrit la Bastille : mais à condition qu'il ne chercherait pas le chevalier de Rohan, et qu'il irait habiter l'Angleterre. Les trois années qu'il y passa furent une
contre-expérience qui précisa toutes les notions déjà élaborées en lui. L'Angleterre n'a pas créé Voltaire : elle l'a instruit. H aimait trop les lettres pour ne pas s'apercevoir qu'il y avait là une grande littérature : il découvrit Shakespeare, et Milton, et les comiques de la Restauration, Wycherley, Congreve. L'époque de la reine Anne était faite pour lui plaire : c'est le temps où linefTaçable originalité de l'esprit anglais se déguise le mieux sous le goût décent et la sévère ordonnance dont nos chefs-d'œuvre classiques donnaient le modèle. Ce que Dryden, Addison avaient de français, l'induisait à goûter dans une certaine mesure leurs qualités anglaises. Dryden lui donna l'idée d'un drame plus violent; Addison, par son Catoti, l'instruisit à moraliser la tragédie, à y poser nettement la thèse philosophique.
Mais il fut frappé plus encore du développement scientifique que de l'activité littéraire : sa curiosité vola de tous côtés, se portant de Newton à l'inoculation. Les sciences ne l'avaient guère préoccupé jusqu'ici : il y reconnut l'œuvre essentielle de la raison et son arme efficace. D'un philosophisme aventurier, à la Montaigne, tout en saillies et en ironies, il passa à la réflexion systématique, aux questions définies, aux recherches méthodiques, en lisant bacon, Locke, Shaftesbury, Collins. Il n'avait eu que des instincts: il se bâtit une doctrine. 11 admira dans l'Angleterre un pays où la liberté de penser était en apparence illimitée, où toutes les variétés du doute et de la négation se rencontraient : Swift satirique et sceptique, mais croyant; Pope déiste; Bolingbroke brillamment incrédule; Woolston publiant des discours contre les miracles de Jésus-Christ, qu'un jury condamnait, mais où quantité de gentlemen applaudissaient. Derrière les aimables groupes des sceptiques mondains, il n'aperçut pas les masses compactes, inentamées, de l'Angleterre brutale, grave, puritaine : ce qu'il en entrevit, ce furent les contradictions et le fanatisme des sectes protestantes. Le fanatisme lui fit horreur, les contradictions l'amusèrent : le tout l'affermit dans son irréligion.
Tous ses instincts de luxe et de richesse furent séduits par l'Angleterre industrielle et commerçante. Son amour-propre d'écrivain fut flatté, avec d'amers retours sur ses aventures antérieures, à la vue de Newton enterré à Weslminsler, de Prior chargé de missions diplomatiques, d'Addison amené au ministère.
Quand le duc de Maurepas termina son exil en 1729, Voltaire revint en France tout plein de ce qu'il avait vu, armé, excité, il déploie une activité étonnante : il fait des tragédies, imprime Charles XH, entame le Siècle de Louis XLV, écrit sa lettre à un Premier Commis, publie en anglais ses Lettres philosophùjues^ où étaient résumées les impressbns de ses trois années de séjour'en
Angleterre. En 1734, des exemplaires français des IsUres pénétraient dans Paris : le libraire était mis à la Bastille, et Voltaire, contre qui un ordre d'arrestation avait été lancé, se sauvait en Lorraine, d'où il revenait au bout d'un mois, avec une permission tacite du ministère, s'installer à Cirey, chez Mme du Ghâtelet.