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l'influence de chateaubriand

11 y a des parties mortes dans l'œuvre de Chateaubriand : ses idées philosophiques, son style empire, et — ce qu'il faut regretter — son romantisme classique, sa vision pittoresque de la civilisation grecque el romaine. On laissera tomber tout cela : et l'on ne prendra que les parties franchement modernes de son inspiration. De celles-ci coulera tout le romantisme, histoire et poésie.

Il a donné des leçons d'individualisme, dont nos romantiques s'inspireront; et à travers Byron, ce sera encore Chateaubriand qui leur reviendra. Le héros romantique, victime de la destinée sombre par état et désespéré, est sa création. II y a même dans René un dilrttante de la révolte et du crime qui se fait une volupté d'être seul contre toute la société : « Se sentir innocent et être condamné par la loi était dans la nature des idées de René une espèce de triomphe sur l'ordre social ». L'ennui, la mélancolie, tout le vague de l'âme de Chal.eaubiiand, séparé de sa puissance pittoresque, formera le courant lamarlinien *. A chaque instant, dans une lecture rapide, se notent les thèmes auxquels il ne manque que le vers de Lamartine. Et quand Chateaubriand écrit en vers, il semble remplir rialcrvalle entre Fontanes ou Chênedollé

t. Génie, I. v, 7 et 12; Itinéraire, I, éd. Garnier, p. 193; JUartyrs, 1. XIX (oH. O., p. 263). et Itinéraire. III.

2. Dans lifué et les \atclwz, l'inspiiMtion <l«i VIsolement el en général dos Méditatious. I,a méditation de Kené voyapeant. et la pièce de VHoinme. adressée h Byron. Jocehjii s'atUche an Cénie, p. IV, I. I, ch. 7.8, 9, et l. III, oli 2, el à Pi-né. Los Alémoires d' outre-tombe sont loul plein» de thèmes lamartiniens (I, 214 ; 111, 207, elc), DiaiSf vu la dale de leur publicalion, il y a ici ueulement barmoaie.el duq iotluenco.

CHATEAUBRlAiND. 'JOô

et Lamartine. La tristesse pessimiste, séparée du sentiment chrétien, se retrouvera dans Vigny : sans compter qu'un chapitre du Génie du Christianisme me parait bien lui avoir indiqué Éioa ' .

De Chateaubriand aussi procède Hugo, par les descj-iptions pittoresques -, par les visions épiques, par l'usage de l'érudition historique. Il ne me parait pas' douteux (:jue Chateaubriand n'ait fourni à Hugo le premier modèle de ces énumérations prestigieuses, de ces narrations grandioses où il se plaît ^. Il y a dans la conception même des Martyrs et des Natchez l'idée d'une Légende des siècles, et V. Hugo la dégagera par l'élimination du romanesque. De ce romanesque enveloppant l'épique, il fera ISotre- Dame de Paris ou les Miséi'ablcs, le monde du moyen âge et le monde contemporain, et deux mondes dans chaque monde, truands et seigneurs, pauvres et riches. La destination première des Mémoires d'outre-tombe me paraît même avoir suggéré à Hugo l'idée de cette résurrection périodique qu'il s'est préparée en réglant la publication de ses œuvres posthumes.

Le bas romantisme, le romantisme orgueilleusement atroce ou scandaleux, peut aussi, je l'ai indiqué, se réclamer de lui. „^

D'une façon générale, la place que, dans le roman, dans la^ pensée, dans l'histoire même et les ouvrages de philosophie ou ) d'érudition, tient aujourd'hui la peinture de la nature, de Sand à 1 Loti et de Michelet à Renan, cette place a été marquée par Cha- / teaubriand *. c

Avec les motifs d'inspiration, il a révélé la forme : il a rétabli , l'art et la beauté, comme objets essentiels de l'œuvre littéraire. Il ; a offeK sa phrase artiste, harmonieuse, expressive, simple, tantôt ^ nerveuse, tantôt onduleuse, tantôt large et calme; et sa prose a . fait. eaJ^ndre ce que pouvaient être des vers. Il a indiqué des modèles, Dante, Milton, surtout la Bible, qui par lui a été classée définitivement comme un des « classiques » de la littérature uni- ( verselle, qu'on n'a- plus le droit d'ignorer. \

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