Ex. le style de Taine
3. Feuilles d'automne, II (la Glaneuse), XIlI (au début), XVIII (au milieu). Voix intérieures, XX VI II (passim). Notez, par ex., les étoiles des chars, pour les lanternes
[des voitures {F. d'aut., 35)
4. Cf. F d'aut., 34 : par habitude, par tradition, le poète s'astreint à commencer et finir par une pensée : au reste les mots ne sont plus poar lui que des couleurs.
5. Ils servent à accuser plus vigoureusement la qualité de l'objet, l'accident sur lequel l'artiste veut fixer notre regard. Maupassant s'est moqué du procédé, qui ne doit pas se juger par l'abus (Préf. de Pierre et Jean).
Lanson. — Histoire de la Littérature française. 31
on s'en ©et senri pour des effets larges, mais précis, d'une puissanr»^ singulière. Hien ne permet mieux de mesurer le chemin parcouru
I.os romantiques s'arrfHèrent au vocabulaire : ils l'éJargircnt reintéf,'rèrent tous les éléments populaires et techniques que I goùl classique avait exclus'. Ils groupèrent ces éléments avec 1' anciens sans nul souci des traditions et des bienséances qui liaient autrefois l'imagination : leurs images filreiit insolites, haidics, déconcertantes. Mais ils respectèrent la syntaxe . sans purisme, ils eurent soin d'être corrects. Ils déposèrent leurs sensations dans les mêmes phrases, qui avaient contenu les idées des classiques ils dressèrent exactement comme leurs devanciers l'appareil des conjonctions et des relatifs, des propositions subordonnées et coordonnées; ils composèrent selon les règles les groupes des SMJets, des verbes et des régimes. V. Hugo se contentera longtemps de multiplier les épithètes et les appositions : à la fm seulement, dans les œuvres de la période postérieure à 1830, la notation impressionniste, sans phrase faite, par juxtaposition de mots expressifs, se rencontrera chez lui; et ce sera par exception *.
Parallèlement à la restauration de la beauté formelle de la langue se poursuit celle de la versification '. A travers la grande variété de rythmes que les romantiques innovent ou restaurent, on aperçoit que leurs préférences vont à l'octosyllabe et à l'alexandrin : l'alexandrin, tantôt continu, tantôt assemblé en quatrains ou sizains, tantôt alternant avec le vers de six ou de huit; ou bien quatre alexandrins suivis d'un vers de huit; ou cinq alexandrins suivis d'un vers de six; ou deux alexandrins, un vers de six ou de huit, deux alexandrins encore suivis d'un vers de six ou de huit, ces six vers formant une stance *, etc.; l'octosyllabe, tantôt disposé en quatrains, sizains, dizains ou douzains, tantôt mêlé selon diverses lois au vers de <}uatre ^ Mais en ce genre, la caractéristique du premier âge romantique, que conservera V. Hugo dans presque toute son œuvre, c'est, me semble-t-il, la préférence ^minée à l'harmonie sur la symétrie.
Les romantiques d'arrière-saisoa et les parnassiens sont revenus
1. Ils ont lenlé de faire revivre quelques archaïsmes. Th. Gautier s'applique k dir.î vavrer pour blfsser.
2. Cf. Art d'être grand-père (Fenêtrea ouvertes. Le malin en dormanlt
3. A consulter : W. Tenint, la Prosodie de l'École moderne, 184i. Becq de Fouquières, Traité de vertification framaite, 1H79 G. Pellissier, Fs»ai» de litt contpmpor'aiiie, 1893 (p. 117-157). Fapii.l, A7.V tiède {V. H^go, p. 237-5.5). M, Grammonl, te Ver* français. 1904. On »o reportera à ces éludes pour les exemples que les liinile» de uet ouvrage ne me penneLlenl po» de donner.
4. Formules (le nombra dos syllabes étant représenté par le.« cliidresj • 19, 6, 18, 6. — 12. 8, 12, 8. — 12, 1-2, 12, 12, 8. — 12, 12, 12. 12, 18, 6. — 12, 18, 6, 12. 6, etc.
B. Formules : 8, 8, 4 «, 8. 4. — 8, 4, 8, 4. 8, 4. — Pour le vers de 6 syll. : 6, 4. 6, 4 et des iiualrains ou sizains. — Pour les vers de 7, de» sizains, des huilains, et là forme : 7, 3, 7. 7. 3, 7 (IM.'.i/ de Unileau).
aux formes fixes, unitaires, ou variées selon une loi constante. C'est précisément ce que les premiers romantiques avaient fui. Ils ont aimé les suites indéfinies d'alexandrins, ou les couplets inégaux, pareils aux laisses de nos chansons de geste, mesurés par l'idée ou l'inspiration '. V Hugo se plaît à changer le mètre dans l'intérieur d'un poème . il fait alterner les vastes couplets alexandrins avec les strophes agiles de petits vers; et dans ces diverses parties, aucune égalité, aucun souci de tomber sur un nombre uniforme de vers ou de strophes *. Dans chaque pièce, et dans chaque partie, la pensée est génératrice du rythme, qui s'y colle étroitement, se resserrant, s'étendant, variant avec elle.
Lorsque l'on passe de Delille ou même de Casimir Delavigne à Lamartine et Hugo, on sent d'abord une extrême différence, qui ne tient pas à la structure du vers : car elle subsiste dans les vers les plus classiques des Méditations ou des Feuilles d'automne. Le vers de Lamartine et de Hugo chante. En dehors de toute modification des règles de la versification, il y a là une différence considérable. De ce vers qui n'était plus qu'un mécanisme, une simple loi de combinarson des mots pour produire, avec des difficultés en plus, les mêmes effets qu'on cherchait dans la prose, de ce vers atone, les romantiques ont fait une volupté de l'oreille. Us ont rappelé les mots à leur fonction de sons, et dans la qualité de ces sons ils ont cherché un caractère, une expression, un plaisir. Ils ont assorti les sonorités aux sens, leurs successions et leurs rapports aux mouvements et aux phases de la pensée : ils ont senti et révélé la valeur sentimentale des syllabes graves ou aiguës, lourdes • ou légères, traînantes" ou rapides.
Dans ce réveil des sonorités du vers, la rime a été reconstituée pleine, riche, éclatante à la fois par le sens et par le son du mot qui la porte : de sorte qu'elle est devenue pour eux l'élément prépondérant du vers ^.
Ed réalité, ils ont pourtant donné tout autant d'importance au rythme; et ils ont fait faire un progrès décisif à l'alexandrin. Ce grand vers en était resté où Malherbe, puis Racine l'avaient laissé : séparé en deux hémistiches égaux qui eux-mêmes, théoriquement, se divisaient en deux éléments encore égaux, assemblé en distiques que liait la rime *. Dans la pratique ce type trop carré et /symétrique était voilé par de fréquents prolongements de la
1. Lamartine, ^o Méditation. Vigny, Moïse, etc. Hugo, Pensar, dudar ; Sagesse; Ce qui se passait aux Feuillaiitin^g//^
2. Hugo, Navarin, Prière jff/^ous. Dicté après Juillet 1830, A la Colonne, etc. I.amartioe, les Laboureurs dans Jocelyn.
3. Sainte-Beuve, la Rime. Th. de Banville, Traité de prosodie française (1872).
4. C'est Vénus | tout entière || à sa proie | attachée. (Racine.)
94(i l'époour romantiour.
période, par d'aSsez fréquents déplacements ou aiïaiblissemeiils de la césure, |)lus rarement par l'enjambement, La variété venait surtout de l'inéinalité des éléments qui composaient chaque hémistiche : tantôt une syllabe d'un côté et cinq de l'autre, ou deux et quatre, ou quatre et deux, ou cinq et une; et d'un hémistiche à l'autre, d'un vers à l'autre, le j,'roupement se taisait différemment. Si dans un vers classique on lie le second élément du premier hémistiche et le premier du second de façon à supprimer la césure médiane par le sens, on obtient un vers qui se coupe en trois parties, non plus en quatre. ' ~^'
N'avait-on — que Sénèque et moi — pour le séduire? (Racme.) Toujours aimer — toujours souffrir — toujours mourir. (Corneille.)
Ce type, rare chez les classiques, déformation accidentelle de la forme pure du vers, fut l'alexandrin romantique : il est composé de trois éléments égaux (4-1-4 + 4), qui sont remplacés par des éléments inégaux, de façon que la mesure ternaire subsiste'. Jamais les romantiques n'abusèrent de ce vers : ils le mêlèrent discrètement à l'alexandrin classique, pour le diversilier; ils le ménagèrent précisément en raison des elTets qu'on en peut tirer.
Puis ils prolongèrent le sens de l'alexandrin dans une partie du vers suivant, ils enjambèrent. Enfin, à l'aide des déplacements de césure, des enjambements, ils assouplirent la période; ils évitèrent le distique et le quatrain où lalexandriii classique retombait comme de lui-même, et, par le mélange des phrases, jetant ici un vers de sens complet, là ramassant une idée en moins d'un vers, ailleurs arrêtant le développement grammatical au milieu, aux trois quarts d'un vers, ils donnèrent à leurs alexandrins une diversité de rythmes qui on décupla la puissance expressive. [C'est par la phrase plutôt que par la facture du vers que Victtu- Hugo renouvela la poésie dans ses premiers recueils, il construisit de bonne heure de larges périodes rythmiques où les alexandrins, ne se faisant plus sentir comme unités distinctes, se suivent dans un mouvement continu dont l'uniformité est rompue par la diversité des pauses et des accents. Il a soin de séparer par le sens les vers qui riment ensemble dans les pièces en rimes plates, de façon que chacune des deux rimes apparlienije à des membres dilTérenls de la phrase].
1. On trouve 3-1-5-1-4, '4-f-5-|-3;3 +i + 5, 0-|-6-l-4, 1 + 6 4. 5, etc.
Uo la flour, | de l'oiscnn r.haiilnnt, | du roo inucl. (3 -|- 5 -}- i)
Car partout | où l'oiseau vo | le, la chèvre y grimpe. (3 -J- 4 -f- 5) On eutondail | aller et venir | dans l'enfer, etc. (4 -|- 5 -j- 3)
La transformation se fit plus lentement qu'on ne croit, quand on se rappelle Vesca'ier- dérobé de Hernani et certaines gamineries de Musset. C'étaient des pétards qu'on tirait pour cifarer les classiques et les bourgeois. En réalité, il n'y eut de révolution rapide qu'au théâtre, parce que le drame, violent et pittoresque, nécessitait la dislocation du vers • tout comme Racine dans les Plaideurs, Molière, dans les Fâcheux et ailleurs, avaient dû altérer fortement le type classique. Hors du théâtre, le vers romantique chante : mais sa structure reste presque classique. Le rythme ternaire est rare; la dislocation, l'enjambement sont des effets exceptionnels. Les alexandrins de Gautier sont romantiques par la couleur, non par la structure interne. Hugo même, jusqu'en 1840, ne fait guère usage que des rythmes égaux du vers classique *
Ceux qui ont étudié le vers romantique ont pris leurs exemples presque exclusivement dans les Châtiments et la Légende des siècles : c'est là seulement en effet que le poète a dégagé tout à fait ses rythmes originaux. Là sont les déplacements hardis de césure, là les enjambements expressifs, les plus 'puissants surtout et les plus audacieux, les enjambements d'adjectifs. Et voilà pourquoi beaucoup de vieillards n'ont pu suivre le poète au delà des Rayom et Ombres : jusque-là l'oreille habituée à la musique de Racine pouvait ne pas trouver l'harmonie de Hugo trop discordante. 11 faut une autre éducation pour jouir des recueils suivants.
Dans leur recomposition de l'alexandrin, les romantiques, et Hugo même, n'ont pas été jusqu'au bout de leur principe. Supprimant la césure de l'hémistiche, ils ont continué d'y exiger un accent tonique, c'est-à-dire qu'ils ont continué de séparer le vers pour l'oeil en deux parties égales, tandis que pour loreille ils le coupaient en trois. Hs n'ont jamais consenti à faire tomber la sixième syllabe du vers au milieu d'un mot, ce que leurs successeurs ont pu faire sans grande difficulté, en conservant dans sa pureté la forme rythmique qu'ils en avaient reçue.
Dans la double transformation de la langue et du vers, que je viens de décrire sommairement, tous les romantiques n'ont pas eu un rôle égal. Lamartine est trop amateur, Vigny trop penseur, Musset trop mdifférent : Hugo et Gautier sont les grands ouvriers de ce travail, Hugo surtout: mais^âùtier aussi, et Sainte-Beuve à qui son sens critique faisait sentir la valeur de , tous les détails de facture dans l'œuvre "^d'art.
1. M. Pellissier évalue à un sur dix le nombre des vers romantiques dans V. Hugo Pour la période antérieure à 1850, ii faut en rabattre sensiblement. — Pour les enjambements, cf. Feuilles d'aut.. Il'
if8 L lil'ÛQUE HOMANTlyUfcl.