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COMÉDIE ET VAUDEVILLE : SCRIBE

Depuis la fin du xyiii^ siècle, la comédie se traîne : la gaieté de Beaumarchais est perdue, la profondeur de Molière se retrouve encore moins. La comédie, quand elle ne ' reste pas un exercice littéraire, aimable et puéril, dans le style des Epilrcs de Boileau plus ou moins mouillé de sentimentalité, tourne au vaudeville, et cherche à forcer l'intérêt ou le rire par l'ajustement d'une intrigue curieuse ou par la cocasserie des mots, des types et des situations.

Sous le premier Empire, le grand homme du genre est Picard ^ qui dessine avec quelque verve d'assez grossières caricatures de caractères sans portée : comme ce tatillon qu'i. a nommé Monsieur Musard (1803). Lorsqu'il veut peindre les mœurs, et faire la satire

1. Elisa Rachel Félix (1S20-185S). Elle quiUa la Comédie-Française en 1855.

<2. L.-B. Picard (176Î>-I8'28) : Médiocre et rampant (1797); le Collatéral ou la Diligence à Joigny (17tt9); Duhautcow» ou le Contrat d'I'nion (1801). les Marionnettes (1806); la Vieille Tante (1800) - ÉdlUon Théâtre, 1891, 8 vol. ia-8.

des vices de son temps, il est superficiel, étriqué, vulgaire, parfois puéril. Rien de plus anodin que sa Pr.lite Ville (1801), délayage d'un mot de La Bruyère: et quant aux trop fameux Ricochets (1807), le ressort « psychologique » joue avec la précision d'un jouet mécanique : il n'y a pas là ombre de vie ni de vraisemblance.

De la tentative de La Cliaussée et de Diderot, il n'était guère resté, conformément au sentiment de Voltaire, que la comédie mixte, où des scènes attendries et pathétiques alternent avec les scènes plaisantes. Les gens qui écrivent en vers pour la Comédie- Française retiennent cette forme; l'œuvre la plus célèbre en ce genre est VEcole des vieillards de C. Delavigne (1823), pièce morale en vers maussades.

Le xviii" siècle avait connu une sorte de comédie historique : on sait le succès qu'obtint Collé avec son ennuyeuse Partie de chasse de Henri AV. Lemercier dans Pinto (1800) avait indiqué une façon assez originale de traiter en comédie les grands événements historiques, en montrant l'envers, les dessous, et comme les coulisses de la politique. Les comédies historiques se multiplièrent dans la première moitié du siècle, favorisées par le mouvement romantique et par la publfcation de tant de Mémoires et de Chroniques qui renouvelaient l'histoire. Le vaudeville même fit une consommation inouïe de personnages historiques, et les pièces anecdoliques ou plaisantes atteignirent, parfois dépassèrent l'extravagante fantaisie du drame romantique; qui veut s'en assurer lira les comédies de Mme Anceiot. A ce genre se rattachent, dans l'œuvre de Dumas et de Scribe, des pièces telles que Mademoiselle de Belle-Ile et le Verre d'Eau. La. comédie de C. Delavigne Don Juan d'Autriche (1835) est un compromis entre ce genre et le drame romantique : c'est un mélange de scènes pathétiques, invraisemblables ou fausses, et de gaietés vaudevillesques où l'esprit est laborieux et lourd, mais les effets faciles et sûrs.

La comédie ne devajt^.guère tenter les romantiques : ils avaient l'àme trop sombre, et prenaient trop au sérieux leur mission ou leurs souffrances. Dumas y vint, après que sa fièvre de 1830 fut calmée, lorsqu'il fut rendu à son naturel de bon enfant qui amiait à conter des histoires, et à son tempérament d'homme de théâtre, apte à faire jouer tous les trucs qui tirent le rire et les larmes. Musset nous a donné la seule comédie qu'on puisse nommer romantique, celle de Dumas n'étant autre chose que le vaudeville agrandi ou le drame dégradé, comme on voudra, selon les formules et par les procédés de Scribe.

Voilàle grand nom du théâtre comique dans la première moitié du siècle '.Scribe inonde toutes les scènes de son infatigable pro-

1. E. PTibri M7P1-1''61), fil» .I''in rnnrfhanii de la ruf. Saint-Denis, eut sa CTande

duction pendant cinquante ans (1811-1862). Fournisseur ordinaire du fiymnase depuis sa fondation (1820), applaudi souvent à la Comédie-Française, il offre à la bourgeoisie exactement le plaisir et l'idi'îal <|u'elle réclame : elle se reconnait dans ses pièces, où rien ne d<''roule son intelli;.'ence.

Scribe est un artiste : en ce sens d'abord que ses combinaisons dramatiques n'ont d'autre fin qu'elles-mêmes. Le théâtre, pour lui, est un art qui se suffit; il n'y a pas besoin de jpensée, ni de poésie, ni de stjle : il suffit que la pièce soft liien construite Le métier, la technique sont tout à ses yeux; et il y~est rnâllie. Les faits et les caractères ne sont pour lui que des rouages dont il compose sa machine : il ne cherche ni à représenter la vie, ni à étudier les passions, ni à proposer une morale '. Vraies ou fausses, invraisemblables ou banales, il prend indifféremment toutes données; il n'a souci que de les ajuster, de les emboîter, de les lier, de façon qu'à point nommé se décroche la grande scène du m, et que le dénouement s'amène sans frottement. Il a le génie des préparations, si l'on entend par là, non les préparations morales qui font apparaître la vérité des effets dramatiques, mais les indications de faits qui doivent servir à faire basculer soudainement l'intrigue.

Au reste, tirez-le de là; essayez de le prendre hors de ses combinaisons de vaudeville. II est plus maigre, plus plat, plus superficiel que Picard dans la comédie de mœurs : rien de plus enfantin que cette Camaraderie, où ce favori de la bourgeoisie a voulu flageller les mœurs de son public, que ce Bertrand et Raton, où il a cru tirer la philosophie des révolutions. Ses pièces pathétiques sont des vaudevilles lamentables. Advienne Lecouvreur, Une chaîne sont inférieures à Michel et Christine et au Mariage de raison de toute la supériorité de leurs prétentions.

Le type parfait de cette comédie, c'est Bataille jle Dames : cela ressemble aux petits jeux de société, où l'on fait trouver~ïïn objet caché : il s'agit d'escamoter, ou de découvrir un proscrit politique. | Sera-t-il pris? ne sera-t-il pas pris? toulM'intérèt est là, dans le fait douteux, dans la recherche, dans la devinette, car on ne s'intéresse même pas au personnage, qui n'est qu'un mannequin -.

vogue entre 1815 ot 1S50. De 18-20 à 183il il travaille surtout pour le Gymnase : Michel et ChtWiA/; (TR20), le Mariage de raison (1826). A la Comédie-Française, Bertrand el Raton (1833); la Camaraderie (1837); la Calomnie (18i0); le Verre d'ea\i (1840); Une chaîne (1841); Adrienne Lecouvreur (1849). — Édition : Dentu, 76 vol. in-12, 1874-85 (9 vol. de comédies et drames; 3:1 vol. de comédies et vaudeviUe*).

1. Le Colonel : nne jeune fille déguisée en colonel du 12« hussard» est acceptée pour telle par les officiers du régiment; la vue d'un pistolet la fait évanouir et reconnaître

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