LA COMÉDIE : EMILE AUGJER
La comédie proprement dite, étouffée entre le vaudeville à prétentions de Scribe et le drame à grand fracas des romantiques, reparut avec éclat vers 1850, quand Augier donna sa Gabrielle (1849) et Dumas fils sa Dame aux Camélias (1852) : non point la comédie classîqlïêTjôyêusè él générale, mais une comédie drama-
1. Offenbach (II'IQ-ISSI), né à Cologne. H. Crémieux lui donna le livret d'Orphée aux Enfers (1S61).
2. Ludovic Halévy (1834-1908), a écrit, avec Meilhac (né en lB'iZ)Jai Belle ffélène (1865), la Vie pajisienne {iSG&), la Grande-Duchesse de Gerolstein (1867). les Brigands (1869). lis ont fait quelques comédies, dont Froufrou (1869) et la Petite Marquise. — De L. Halévy on a des études satiriques, des nouvelles et des romans qui sont d'un écrivain délicat; de Meilhac, diverses comédies d'une fantaisie originale.
tique, enveloppant quelque thèse morale dans une peinture exacte des mœurs contemporaines, une comédie émouvante et réaliste, qu'influençait fortement le voisinage du roman de Balzac.
Deux noms caractérisent de 1850 à lS80ou 1885 révolution de la comédie : les noms de MM. Augier et Dumas. Si l'on n'écoutait que le bruit des succès, il faudrait leur joindre M. Sardou '. Mais ce vaudevilliste éminent, à qui n'a pas manqué une verve amusante, encore qu'un peu grosse, de caricaturiste 2, n'a apporté dans la pièce sérieuse que le goût des eTTets qui forcent l'applaudissement, le génie des trucs^eTTtes-tieciiesrPeinture des mœurs, description des caractères, invention du pathétique, tout est machiné, artiticiel, « insincère », dans ces œuvres dont le brillant déjà s'écaille de toutes parts. Elles jouent à la grande comédie, et l'on n'y sent rien qu'un faiseur qui spécule sur la vulgarité intellectuelle et morale de son public, sans donner d'autre but à son art que de faire cent ou deux cents fois salle comble. Nous nous en tiendrons aux vrais artistes, à MM. Augier et Dumas.
Emile Augier ^ a fait des pièces en vers et des pièces en prose : celles-là sont la partie morte de son œuvre. Augier, esprit solide et bourgeois, fait le vers en bon élève de Ponsard, qui serait nourri de Molière; son style poétique a quelque chose de lourd, de pénible, rieîi du poète. Mais sa prose est ferme, nette, toute pleine de pensée et chaude de sincérité. C'est par son œuvre en prose qu'il faut le mesurer, non par Feloquence gauche de ï Aventurière (1848) ou les grâces vieillottes de PhUiberte (1853).
Augier est un bourgeois : et son théâtre exprime les idées d'un bourgeois de 1850, qui aurait l'àme saine, sens droit, volonté ferme, moralité intacte. Le romantisme d'abord lè^Tévolte : il démasque dans Gabrielle (1849) la fausseté de l'idéal romantique, le danger de la passion effrénée et souveraine. Aux sentimentalités issues du romantisme, aux réhabilitations hypocritement ou naïvement attendries de la courtisane, il oppose le Mariage d'Olympe (1855). Mais ce n'est pas pour mettre à l'aise le matérialisme bourgeois qui fait passer l'intérêt et l'argent avant tout : contre ce qu'on pourrait appeler le scribisme, contre l'immoralité décente des classes moyeiines, il maintient la nécessité de fonder le jnariage sur l'amour. La dot devient la misère des jeunes
1. M. Victorien Sardou (1831-1908) a donné sa première pièce en 1854. Principales pièces : Nos Intimes (1861); la Famille Benoiton (1865); Sérapkine (1868); Patrie, drame (1869); la Haine, drame (1875); Daniel Hochât (1880); Fédora. — ÉdlUons : C.ilmann-Lévy, in-18. (Pièces séparées; celles des dernières années, non imprimées.)