‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 63 sur 504 · HoMAN l>i; l.A lltoK. JKAN DE MELNG · texte numérisé non relu

HoMAN l>i; l.A lltoK. JKAN DE MELNG

Joan (;lo]jin('l, de Mciinf^-sur-Loii-e, élail aux environs île l'an i:^(K> un ;.'ravo et sage homme, îles plus considérés, riche, possédant une maison dans la rue Saint-Jacques et le jardin de la Tournelle, estimé des plus nobles et meilleurs seigneurs; il avait traduit de savants ouvrages, luChevalcrif. (De remiUlari) de Végèce, la Consulation de Boèce; il avait fait un Testament en vers français, très pieux, où le prud'homme réprimandait fortement les femmes et les moines. H était mort, semhle-t-il, avant la lin de l'an 130a> Il serait tout à fait oublié aujourd'hui, lui et son œuvre, si, vers 1277, âgé de vingt-cinq ans ou environ, au sortir des écoles, il n'avait donné une lin au poème de Guillaume de Lorris, qui depuis tantôt un demi-siècle restait inachevé.

Il ajouta un peu plus de 18 000 vers aux 4 669 de son devancier. Je n'exposerai point par quels enchaînements d'incidents, par quelle suite de péripéties l'amant arrive à cueillir le tant aimé, tant désiré boulon de rose dans le verger d'Amour. Aussi bien n'imporle-t-il guère, et l'auteur à chaque moment oublie, suspend et nous fait perdre de vue sa fiction. L'action allégorique que Guillaume de Lorris avait entrepris de déduire, devient, entre les mains de Jean de Meung, une sorte de roman à tiroirs, roman philosojjhique, mythologique, scientifique, universitaire, ou, pour parler plus justement, roman encyclopédique : car cette seconde partie du lionian de la liose est en etfet une encyclopédie, une somme, comme on disait alors, des connaissances et des idées de l'auteur sui- l'univers, la vie, la religion et la morale.

C'est une couipilalion, tout d'abord. Notre écolier dégorge sa science avec complaisance et même avec coquetterie. Il cite, traduit ou imite Platon ', Aristote, Ptoléniée -, Cicéron, Salluste, Virgile, Horace, Tite-Live, Lucain, Juvénal, Solin, saint Augustin, (ilandien, Macrohe, Geber, Roger lîacon, Abailail, Joan de Salisbury, André le Chapelain, Guillaume de Saint-^mour : ses livres de chevet, où il puise sans cesse des idées, des sujets et des cadres de développement, sont la Consolalion de Boèce, le De plamiu nuturx du scolastique Alain de Lille, VArt d'aimer et les Métamorphoses d'Ovide. Sur 18 000 vers qu'il a écrits, on en a pu rendre 12000àses auteurs, dont 2000 au seul Ovide. Il est pédant avec délices, et tous les artifices de la pétlanterie lui sont fami-

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