‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 67 sur 504 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES .XIV ET XV^ SIECLES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES .XIV ET XV^ SIECLES

L'avènement des Valois (1328) marque véritablement la fin du moyen âge. Le xiv« et le xv^ siècle forment entre le moyen âge et la Renaissance une longue époque de transition, pendant laquelle tout l'édifice intellectuel et social du moyen âge tombe lentement, tristement en ruines, mais pendant laquelle aussi pointent, de ci

l'»V> DÉCOMPOSITION DU MOYEN AGE

(Je là, [(>s germes épars encore et chf^tifs de ce renouvellement universel qui sera la Iteiiaissance. Plus on va, plus la décomposition s'avanct^ et s'élale aux yeux les moins i-lairvoyants; la f'açadi', <jui longlomps se maintient, ne cache plus r-elVondiemenl iulcnie: mais plus aussi l'avenir mêle ses lueurs aux reflets du [tassé : ri cependant rien ne se fonde, et le xv" siècle se clôt, en laissant riin[iression d'un monde (jui finit, d'un avorlement irrémédiable et désastreux '.

L'ànie du monde féodal se dissout : les principes qui faisaient sa force, se dessèchent ou se corrompent. Il semble que leur fécondité soit épuisée, sauf pour le mal. La noblesse féodale fournira des mérites, des dévouements individuels : mais, à la prendre en corps, son rôle bienfaisant est (lui; elle fait décidément banqueroute à l'intérêt public; elle devient l'obstacle, l'ennemie, et réunit contre elle la bourgeoisie et le roi, rendant dès lors inévitables ces deux étapes du développement national : la monarchie absolue et la Révolution. Elle n'a plus de Rolands ni même de Lancelots : à force d'élever, de raffiner l'idéal chevaleresque, elle l'a résolu en un héroïsme de parade, pompeux et vide. Sous prétexte d'épurer le sentiment de l'honneur, on l'a séparé de tous ses elfets pratiques; on a exclu la considération grossiéie et avilissante de l'utilité. Mais, le service du roi, de la France, n'étant plus la lin de la bravoure, la prouesse n'ayant d'autre objet qu'elle-même, d'abord toutes les folies de Crécy, de Poitiers, de Nicopolis, d"Azincourt,en ont résulté, et la chevalerie s'est révélée, non plus seulement itmtile, mais funeste.

Puis comme cet héro'isme à vide n'est pas compatible avec la réelle humanité, voici comment le roman s'est transcrit dans la vie : derrière la façade théâtrale des vertus chevaleresques, toute la brutalité de l'égoïsme individuel se donne cours. Belles paroles, riches habits, fêles somjttueuses, cirrénées largesses, folles aventures, grandes démonstrations d'homieur , de générosité, de loyauti! : voilà le dehors, le masque. Le dedans, c'est vanité, cupidité, sensualité, scepticisme moral et absolu égoïsme. La guerre est pour les seigneurs un moyen de gagner, et le seul : de la cette fureur de combats, ces éclatantes prouesses, mais aussi cet âpre raïuonnemenl des prisonniers, ce dur pillage des provinces. Lt de là, quand man(|ue l'ennemi national, la lièvre des lointaines aventures, ou les ligues contre le roi, pour le bien public : entendez, comme on l'a dit, que le bien public est le prétexte et la proie. Le lien féodal, bien relâché, n'oblige ni n'i'in-

1 A consulter V. Lo Clerc et E. Uenac, Histoire lilléranv de la Franco au

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