CIIARI.KS D'nlil.ÉANS
Les premières années du règne de Charles VII appaiiiennent surtout au groupe des humanistes qui commencent à cpeler avec un accent nouveau les auteurs tant de fois compilés et cités par le pédantisme des siècles précédents. Ne nous arrêtons pas à l'excellente Christine Pisan ', bonne Mlle, bonne épouse, bonne mère, du reste
1. Biographie: Née à Venise vers 1363, flllo de Thomas Pisani, aslrolopiiie de Charles V, elle fui amenée en Franire par son père en 1368. Elle épousa un Picard, Klienne Caslel, qui la laissa veuve de bonne heure nvei' plusieurs enfants. Elle connut la misère sous Charles VI. Cependant elle refusa d'.iller à la cour du roi anplaia Henri IV, et chez le duc de Milan. Oalé/is Viscoutl. Elle mourut après HM. Elle écrivit contre le Homan de la Rose.
Éditions : k Livre des faits et bonnes niTurs du roi Charles V, coll. des Mémoires
un des plusautlieuliques 6rts-6/t'«s qu'il y ait dans notre littérature, la première de celle insupportable lignée de femmes auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte, et qui pendant toute la vie que Dieu leur prête, n'ont affaire que de multiplier les preuves de leur infatigable facilité, égale à leur universelle médiocrité. Il faut reslinior, étant Italienne, d'avoir eu le cœur français, et d'avoir rendu un dévouement sincère et désintéressé aux rois et au pays dont longtemps les bienfaits l'avaient nourrie; le cas n'est pas si fréquent. Elle y a gagné du reste d'avoir écrit dans de beaux élans d'affection émue cinq ou six strophes ou pages qui méritent de vivre '. Cette Italienne qui sait le latin a quelque souci de la phrase, et quelque sentiment des beaux développements largement étoffés. L'effort est plus marqué et parfois plus heureux dans les œuvres d'Alain Chartier'^dontle nom surnageant presque seul au xvi" siècle dans le naufrage de tout le passé, a usurpé longtemps une estime trop glorieuse : il n'est pas si au-dessus de son temps qu'on l'i^naginait jadis. Rien ^ ne subsiste de ses vers sans âme, prosaïque produit de la frivolité chevaleresque, où le fond est vain sous la forme fausse. Mais sa prose française est d'un homme qui a vécu avec les anciens : dansces cadres* qu'il emprunte encore un peu trop volontiers au goût du moyen âge, dans ces visions pédantesquement allégoriques où ratiocinent interminablement de sèches abstractions, le détail du style, le moule de la phrase viennent de Cicéron et de Suétone : surtout Chartier imite Sénèque, et s'essaie, parfois avec bonheur, à en retrouver la brièveté nerveuse et le trait ^. Ce choix de Sénèque comme modèle de style est un des signes avantcoureurs de la Renaissance où l'on peut le moins se tromper.
de Pelilot; idem, coll. Michaud et Poujoulal, le Dit lié de Jeanne d'Arc, poème inséré par Quiiiherat dans le Procès de Jeanne d'Arc, 1841-49, 5 vol. in-8 ; le Livre du cliemin de long étude, Berlin, in-S, 1881 ; Œuv. poétiq. (Soc. Ses Ane. textes), t. I et 11, 1886-91. — A consulter : H.Thomassy, Essai sur les écrits politiques de Christine de Pisan, Paris, 1838, in-8.
1. Notamment dans le Ditlié de Jeanne d'Arc et dans le Livre de la Vision.
2. Biographie : Né vers 1394, fils d'un bourgeois de Bayeux, frère cadet de Guillaume qui devint évéqiie de Paris, il servit Charles VI et Charles Vil. 11 fut chargé d'une mission en Bohême, auprès de l'empereur Sigismond, en 1423 et 1424. Il mourut après 1439.
Édition : André Duchesne, in-4, Paris, 1617. ("L'Histoire de Charles VI ef de Char- Irs Vif, placée en tête de cette édition, n'est pas de Chartier, mais du héraut Berry, Gilles le Bouvier.) — A consulter . Delaunay, Etude sur Alain Chartier, Paris'. 1876, in-8.
3. Ou presque rien :. notez quelques beaux vers oratoires, dans le Livre des quatre dames, écrit après Azincourt (1415).